En juin 2023, les premiers signes d’un épisode El Niño se dessinaient dans l’océan Pacifique, confirmant les prévisions des scientifiques. Selon nos confrères de Courrier International, les spécialistes s’attendaient alors à un événement d’une ampleur historique, susceptible de devenir le troisième phénomène El Niño de forte intensité en seulement onze ans. Une situation inédite, qui soulève des questions sur le rôle du changement climatique dans l’évolution de ce cycle naturel.
Ce qu'il faut retenir
- En 2023, les prémices d’un épisode El Niño de grande intensité ont été observés dans le Pacifique, selon Nature.
- Les scientifiques de l’université du Michigan, dont la paléoclimatologue Julia Cole, ont analysé des coraux des Galápagos pour retracer l’évolution du phénomène sur plus d’un millénaire.
- Leurs travaux, publiés dans Science, révèlent que les épisodes El Niño des quarante dernières années sont en moyenne plus intenses que ceux du reste du dernier millénaire.
- Cette intensification s’accompagne de températures plus élevées et de répercussions plus marquées sur les phénomènes météorologiques mondiaux.
- L’étude confirme l’hypothèse d’un lien entre le changement climatique et la puissance accrue d’El Niño.
Un phénomène naturel perturbé par le réchauffement climatique
El Niño, ce courant océanique qui se forme périodiquement dans le Pacifique, influence les régimes de précipitations et les températures à l’échelle mondiale. Selon Nature, les conditions propices à son développement sont apparues en juin 2023, un signe avant-coureur d’un épisode qui pourrait marquer l’histoire climatique. Les prévisions tablaient alors sur un phénomène d’une rare intensité, une éventualité qui, si elle se confirme, représenterait une accélération alarmante des cycles naturels.
Nombre de chercheurs n’ont pas été surpris par cette annonce. Depuis des années, des scientifiques comme Julia Cole, paléoclimatologue à l’université du Michigan, suspectaient que le changement climatique d’origine humaine influençait la puissance d’El Niño. Pourtant, jusqu’à présent, ces intuitions manquaient de preuves tangibles. C’est désormais chose faite grâce à une étude publiée dans la revue Science.
Les coraux des Galápagos, archives naturelles du climat
Pour reconstituer l’évolution d’El Niño sur plus d’un millénaire, les chercheurs ont exploité une ressource inattendue : les coraux des îles Galápagos. Ces organismes marins, vivants ou fossiles, agissent comme des enregistreurs naturels des variations climatiques. Leur composition chimique et leurs stries de croissance livrent des indices précieux sur les conditions océaniques passées, notamment les épisodes de réchauffement ou de refroidissement liés à El Niño.
L’analyse de milliers de coraux – certains datant de plusieurs siècles – a permis à l’équipe de Julia Cole d’établir une chronologie détaillée des événements El Niño. Leurs conclusions sont sans appel : les épisodes des quarante dernières années sont en moyenne plus intenses que ceux observés pendant les neuf cents années précédentes. Autant dire que le phénomène a pris une nouvelle dimension ces dernières décennies.
Des températures plus élevées et des conséquences accrues
Cette intensification d’El Niño s’accompagne de conséquences directes sur les phénomènes météorologiques. Dans leur étude, publiée dans The Conversation, les chercheurs soulignent que les épisodes récents ont entraîné des températures océaniques plus élevées, amplifiant ainsi leur impact sur les régimes de pluie, les sécheresses ou encore les cyclones.
« Nous avons découvert qu’en moyenne, les épisodes d’El Niño ont été plus intenses au cours des quarante dernières années que pendant tout le reste du dernier millénaire, avec des températures plus élevées entraînant des répercussions plus marquées sur les phénomènes météorologiques »,expliquent-ils dans leur publication.
Ces résultats s’ajoutent à un corpus de preuves croissantes liant le réchauffement climatique à l’aggravation des cycles naturels. El Niño n’est pas le seul phénomène à subir cette évolution : les scientifiques observent une tendance similaire pour d’autres oscillations climatiques, comme l’oscillation australe (ENSO), dont El Niño est une composante majeure.
Un avertissement pour l’avenir
L’étude des coraux des Galápagos ne se limite pas à dresser un constat. Elle offre aussi des perspectives pour mieux anticiper les prochains épisodes El Niño. En reconstituant le passé, les chercheurs espèrent affiner les modèles climatiques et affiner les prévisions. Une nécessité, alors que les projections pour les prochaines décennies indiquent une poursuite de l’intensification du phénomène.
Pour les populations vulnérables aux aléas météorologiques – sécheresses en Afrique australe, pluies diluviennes en Amérique du Sud, ou encore cyclones dans le Pacifique –, ces travaux pourraient s’avérer cruciaux. Ils rappellent aussi l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre, dont l’impact sur les cycles naturels commence à se mesurer avec précision.
Cette étude marque une étape importante dans la compréhension des liens entre changement climatique et El Niño. Elle rappelle aussi que les écosystèmes marins, comme les coraux, sont bien plus que de simples indicateurs : ils sont des sentinelles de l’état de la planète. Leur dégradation progressive en fait également des victimes collatérales d’un phénomène dont l’origine humaine n’est plus à démontrer.
Les coraux des îles Galápagos se forment dans une zone clé pour l’émergence d’El Niño. Leur croissance enregistre les variations de température et de salinité de l’eau, offrant ainsi une archive naturelle des épisodes passés. Leur étude permet de retracer l’histoire du phénomène sur plus d’un millénaire.
Un El Niño puissant peut provoquer des sécheresses prolongées en Australie, en Indonésie ou en Afrique australe, tandis que d’autres régions, comme l’Amérique du Sud, subissent des pluies diluviennes et des inondations. Les cyclones dans le Pacifique peuvent aussi gagner en intensité, avec des impacts économiques et humains majeurs.