La solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien n’est plus qu’un «mensonge», a affirmé ce mardi 1er septembre 2026 l’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature en 2004, dans un texte publié la veille sur son site personnel. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, l’auteure de 79 ans dénonce avec véhémence l’illusion d’un État palestinien viable, «au train où vont les choses», en raison notamment des «exactions» commises par les colons israéliens.

Ce qu'il faut retenir

  • L’écrivaine Elfriede Jelinek estime que la solution à deux États «n’existera jamais» dans le contexte actuel de colonisation israélienne.
  • Elle qualifie l’accaparement des terres palestiniennes de «nettoyage ethnique» et dénonce les violences des colons israéliens.
  • Jelinek appelle l’Union européenne à sanctionner les violences commises par ces colons, tout en rappelant son «amour» pour l’État d’Israël.
  • Son texte, intitulé En terre promise, a été publié le 31 août 2026 sur son site internet.
  • Elle évoque également le projet de «Riviera» à Gaza, porté par Donald Trump et Jared Kushner, comme une illustration de la spoliation des Palestiniens.

Une déclaration tranchante sur l’impossibilité d’un État palestinien

Dans son texte intitulé In einem ausgelobten Land («En terre promise» en français), publié vendredi 31 août 2026 sur son site internet, Elfriede Jelinek affirme sans détour que la solution à deux États «se brise contre la réalité des faits». Pour l’écrivaine, cette option politique, souvent présentée comme la seule viable par la communauté internationale, n’est plus qu’un leurre. «On feint d’ignorer qu’il n’y en aura jamais, au train où vont les choses», écrit-elle, soulignant que cette solution «s’est déjà effondrée, elle qui prétendait articuler un 'vivre-ensemble' qui n’existe pas».

Une colonisation israélienne qualifiée de «nettoyage ethnique»

Elfriede Jelinek ne mâche pas ses mots pour décrire la situation sur le terrain. Elle dénonce un «accaparement des terres» de la part des colons israéliens, qu’elle qualifie de «synonyme, je le crains, de nettoyage ethnique». Dans son raisonnement, elle explique que lorsque la terre vient à manquer pour les Palestiniens, «la présence humaine perd son sens – où se tenir, où aller ?». L’auteure autrichienne rappelle que les paysans et bergers palestiniens sont systématiquement «désignés comme des criminels et des terroristes» avant d’être chassés de leurs terres. «Nous les jetons hors de leur lopin», dénonce-t-elle, «car nous avons de meilleurs desseins pour celui-ci, peut-être un de ces fameux complexes hôteliers sortis tout droit des cerveaux de Trump et Kushner».

Cette référence vise le projet de «Riviera» à Gaza, évoqué par l’ancien président américain Donald Trump et son gendre Jared Kushner, qui préconisaient le développement d’infrastructures touristiques dans l’enclave palestinienne. Pour Jelinek, ces projets illustrent la confiscation des terres palestiniennes au profit d’intérêts économiques étrangers.

Un plaidoyer pour des sanctions européennes contre les colons

Malgré son «amour» pour l’État d’Israël – qu’elle justifie par le fait que certains de ses ancêtres y ont trouvé refuge après les persécutions antisémites –, Elfriede Jelinek refuse de taire ses critiques envers la politique israélienne actuelle. Elle estime que l’histoire ne doit pas servir d’excuse pour ignorer les exactions commises aujourd’hui. «Le temps des déclarations niant la réalité est révolu», martèle-t-elle, avant d’appeler l’Union européenne à adopter des sanctions contre les violences perpétrées par les colons israéliens.

Cette position tranchée s’inscrit dans la continuité de son engagement politique, souvent marqué par des prises de parole engagées. Prix Nobel de littérature en 2004, elle avait déjà suscité la controverse à l’époque, certains saluant la puissance de son écriture, tandis que d’autres lui reprochaient la virulence de ses écrits. Son père, juif, avait survécu à la Shoah, un héritage qui, selon elle, ne la dispense pas de critiquer les dérives de l’État qu’il a contribué à fonder.

Un texte publié dans un contexte de tensions persistantes

Le texte d’Elfriede Jelinek intervient à un moment où les tensions entre Israéliens et Palestiniens restent vives. La colonisation israélienne en Cisjordanie se poursuit, malgré les condamnations répétées de la communauté internationale. Les violences entre colons et Palestiniens, ainsi que les raids militaires israéliens dans les territoires occupés, alimentent un climat de défiance persistant. En 2023, l’ONU avait déjà alerté sur l’accélération des activités de colonisation, qualifiées de «violation flagrante du droit international».

Dans ce contexte, les appels à une solution négociée à deux États peinent à trouver un écho concret. Les divisions politiques au sein même d’Israël, ainsi que l’absence de leadership palestinien unifié, compliquent davantage toute avancée vers une paix durable. Elfriede Jelinek, par son intervention, contribue à alimenter le débat sur la viabilité de cette solution, qu’elle juge désormais obsolète.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour la question palestinienne, avec plusieurs échéances diplomatiques à surveiller. L’Union européenne, à laquelle Jelinek demande des sanctions contre les colons, doit se prononcer sur d’éventuelles mesures coercitives. Par ailleurs, les négociations indirectes entre Israël et les factions palestiniennes, si elles devaient reprendre, pourraient relancer – ou au contraire enterrer – définitivement l’hypothèse d’un État palestinien. Enfin, le projet controversé de «Riviera» à Gaza, s’il venait à se concrétiser, risquerait d’attiser davantage les tensions dans la région.

Quant à Elfriede Jelinek, son texte marque une nouvelle étape dans son engagement politique, sans qu’il soit possible d’en mesurer l’impact immédiat sur le terrain. Son statut d’intellectuelle majeure en Europe lui confère une audience certaine, mais la radicalité de ses propos pourrait aussi polariser davantage les opinions.

Une chose est sûre : la question palestinienne reste un sujet brûlant, où les positions se cristallisent de plus en plus, comme en témoigne cette prise de parole sans ambiguïté de l’écrivaine autrichienne.

Il s’agit d’un projet économique proposé par l’administration Trump (2017-2021) et porté par Jared Kushner, alors conseiller et gendre du président américain. Ce plan prévoyait le développement d’infrastructures touristiques haut de gamme dans la bande de Gaza, sous contrôle israélien. Elfriede Jelinek y voit une illustration de la spoliation des terres palestiniennes au profit d’intérêts étrangers, comparant ces projets à des «complexes hôteliers sortis tout droit des cerveaux de Trump et Kushner».