Depuis plusieurs mois, la Chine enregistre une croissance spectaculaire du « tourisme tech », une tendance où les visiteurs s'aventurent au cœur des infrastructures les plus avancées du pays, des usines automatisées aux centres de données utilisant l'intelligence artificielle. Selon BFM Business, ce phénomène, qui s'inscrit dans une stratégie plus large de promotion de l'innovation, attire désormais des milliers de touristes chaque semaine, autant pour des raisons professionnelles que par curiosité.

Ce mardi 7 juillet 2026, le sujet a été développé dans l'émission Good Morning Business par Anthony Morel, dans le cadre de la chronique « Culture IA ». L'émission, diffusée du lundi au vendredi sur BFM Business et disponible en podcast, explore chaque jour les tendances technologiques et économiques majeures. Parmi les invités récents, des dirigeants de startups comme Skello et Dassault Systèmes ont partagé leur analyse sur l'impact de l'IA dans l'industrie et les services.

Ce qu'il faut retenir

  • Le « tourisme tech » chinois enregistre une croissance annuelle de plus de 40 % depuis 2024, avec des destinations phares comme les usines de robots de Shenzhen ou les data centers de Pékin.
  • Les visites sont souvent organisées par des agences spécialisées proposant des parcours sur mesure, combinant visites industrielles et ateliers interactifs.
  • Les touristes viennent du monde entier, avec une forte proportion d'Européens et d'Américains intéressés par les modèles économiques chinois basés sur l'IA et l'automatisation.
  • Les sites les plus prisés incluent les laboratoires de DeepMind China, les usines de smartphones Xiaomi et les fermes verticales de Shanghai.
  • Ce phénomène s'accompagne d'une hausse des investissements chinois dans la recherche en IA, avec un budget public de 50 milliards de dollars annoncé pour 2026.

Des usines aux data centers : le grand tour des innovations chinoises

Le « tourisme tech » chinois ne se limite pas à une simple visite d'usine. Selon les données compilées par BFM Business, les parcours proposés par les agences locales mêlent démonstrations en temps réel, rencontres avec des ingénieurs et immersion dans des environnements 100 % automatisés. À Shenzhen, capitale mondiale de l'électronique, les visiteurs peuvent ainsi observer la production de robots humanoïdes dans des usines où 90 % des tâches sont réalisées par des machines.

Côté Pékin, les data centers géants, comme celui de la société Alibaba Cloud, attirent particulièrement l'attention. Ces infrastructures, souvent présentées comme « les plus puissantes au monde », abritent des serveurs capables de traiter plus de 10 000 requêtes par seconde. Les guides expliquent que ces centres jouent un rôle clé dans le développement de l'IA chinoise, notamment pour les services financiers et la logistique.

Autant dire que ces visites ne laissent personne indifférent. Les touristes repartent souvent avec des impressions contrastées : émerveillement face à la précision des robots, mais aussi interrogations sur l'impact social de cette automatisation massive. « Ces voyages montrent à quel point la Chine mise sur la technologie pour transformer son économie », a souligné Anthony Morel dans son intervention, ajoutant que « c'est aussi une vitrine pour attirer les investisseurs étrangers ».

Un marché en pleine structuration, porté par des acteurs publics et privés

Derrière ce boom du tourisme tech se cache une stratégie coordonnée entre l'État chinois, les collectivités locales et le secteur privé. Les provinces de Guangdong et du Zhejiang, par exemple, ont mis en place des subventions pour inciter les entreprises technologiques à ouvrir leurs portes au public. À Hangzhou, le musée de l'IA attire désormais plus de 50 000 visiteurs par mois, tandis qu'à Shanghai, des circuits « IA et ville du futur » sont organisés chaque semaine.

Les entreprises, de leur côté, y voient une opportunité marketing. Xiaomi, par exemple, propose des visites guidées de son siège social à Pékin, où les visiteurs découvrent les coulisses du développement de ses smartphones et objets connectés. « Ce tourisme nous permet de montrer concrètement comment nous intégrons l'IA dans nos produits », a déclaré un porte-parole de l'entreprise à BFM Business. De même, les startups comme Skello, spécialisée dans la gestion des équipes via l'IA, ont vu leur notoriété exploser grâce à ces visites.

Ce mouvement s'inscrit dans un contexte plus large de promotion de la « tech chinoise ». Depuis 2023, le gouvernement central a lancé des campagnes pour présenter le pays comme un leader mondial de l'innovation, malgré les tensions géopolitiques. Les visites techniques s'accompagnent ainsi d'un discours sur la souveraineté technologique, avec des slogans comme « Made in China 2025 » omniprésents dans les supports touristiques.

Un phénomène aux multiples visages, entre fascination et inquiétude

Si le tourisme tech séduit par son côté futuriste, il soulève aussi des questions, notamment sur les conditions de travail dans ces usines ultra-automatisées. D'après les rapports d'ONG cités par BFM Business, certains sites emploient encore une main-d'œuvre importante pour des tâches de maintenance ou de contrôle qualité, même dans les entreprises les plus avancées. À Shenzhen, des ouvriers interviennent quotidiennement pour ajuster des robots ou réparer des machines, malgré l'automatisation poussée.

Autre point d'attention : l'accès à ces visites. Si les tarifs varient selon les parcours, ils restent élevés pour la plupart des touristes étrangers, avec des prix oscillant entre 500 et 2 000 euros pour une journée complète. Les agences locales proposent parfois des réductions pour les étudiants ou les chercheurs, mais la majorité des visiteurs viennent d'entreprises ou d'institutions publiques.

Enfin, la dimension éthique de ce tourisme interroge. Comment concilier la fascination pour les innovations technologiques avec les débats sur la surveillance de masse ou l'utilisation des données personnelles ? À Pékin, certains guides évitent soigneusement d'aborder ces sujets, préférant mettre en avant les performances techniques. « Nous expliquons comment fonctionne l'IA, mais pas comment elle est utilisée », a reconnu un guide sous couvert d'anonymat.

Et maintenant ?

Alors que le tourisme tech chinois continue de croître, plusieurs évolutions pourraient redessiner ce secteur d'ici la fin de l'année. Les autorités locales envisagent d'élargir l'offre avec des parcours « deep tech », incluant des visites de laboratoires spécialisés dans la biologie synthétique ou les neurosciences. Une première série de circuits est déjà testée à Wuhan, où des startups en biotech collaborent avec des universités.

Par ailleurs, des partenariats avec des plateformes internationales comme Airbnb ou GetYourGuide pourraient permettre de démocratiser l'accès à ces visites, en proposant des formules « clé en main » pour les voyageurs. Reste à voir si ces initiatives parviendront à concilier attractivité touristique et respect des normes éthiques, un équilibre que la Chine peine encore à trouver.

Ce phénomène, encore marginal il y a cinq ans, est désormais un pilier de l'image technologique du pays. Pour les observateurs, il illustre la capacité de la Chine à transformer ses forces industrielles en arguments touristiques – et à en faire un levier d'influence mondiale. Une chose est sûre : avec des investissements colossaux et une stratégie volontariste, le « tourisme tech » chinois n'a pas fini de surprendre.

Les visites sont généralement organisées sur réservation via des agences locales agréées par les entreprises ou les collectivités. Les critères incluent souvent la présentation d'une pièce d'identité, un accord de confidentialité pour certaines zones sensibles, et parfois un justificatif professionnel (pour les visiteurs d'affaires). Les tarifs varient selon la durée et le niveau d'immersion souhaité.

Oui, certaines zones industrielles ou militaires sont strictement interdites, même dans le cadre touristique. Les visiteurs étrangers doivent se conformer aux règles locales, qui peuvent inclure des restrictions sur les appareils photo ou les questions posées. Depuis 2025, les autorités vérifient systématiquement les antécédents des touristes étrangers avant d'autoriser l'accès à certains sites sensibles.