Depuis près de cinq ans, les côtes italiennes subissent l’invasion d’un crustacé d’origine américaine, Callinectes sapidus, plus connu sous le nom de crabe bleu. Introduit accidentellement dans les eaux méditerranéennes, ce prédateur vorace s’attaque désormais aux élevages de palourdes, provoquant des dégâts économiques majeurs, comme le rapporte Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Callinectes sapidus, ou crabe bleu, colonise les côtes italiennes depuis environ cinq ans sans que les autorités ne parviennent à enrayer sa prolifération.
  • Dans la zone de Sacca di Goro, au cœur du delta du Pô, la production de palourdes a chuté de 71,8 %, entraînant une perte annuelle estimée à 65 millions d’euros.
  • Malgré plusieurs tentatives d’éradication – pêche intensive, subventions, exportations –, aucune méthode n’a encore permis de réduire significativement les populations de crabes bleus.
  • Une solution inattendue émerge : l’utilisation de poulpes comme prédateurs naturels pour limiter l’expansion de ces crustacés.

Selon nos confrères de Courrier International, qui s’appuient sur des médias italiens comme Il Post et Il Giornale, les tentatives menées jusqu’à présent par les pouvoirs publics se sont révélées inefficaces. « On a essayé des systèmes de capture et des techniques de pêche plus agressives, on a essayé de stimuler le marché en vendant les crabes bleus à l’étranger et en baissant son prix en Italie, on a institué un fonds public pour ceux qui le pêchent et on a même nommé un commissaire », détaille Il Post. Aucune de ces mesures n’a permis d’inverser la tendance.

Le phénomène est particulièrement marqué dans la région du delta du Pô, où les élevages de palourdes subissent de plein fouet cette invasion. Les données officielles révèlent une chute vertigineuse de la production locale. « Dans la zone de Sacca di Goro, la production de palourdes a chuté de 71,8 %, ce qui a engendré une perte économique d’environ 65 millions d’euros par an », précise Il Giornale, citant des sources locales. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise qui frappe un secteur autrefois florissant.

Face à l’échec des méthodes traditionnelles, une piste originale est désormais explorée : recourir aux poulpes comme prédateurs naturels des crabes bleus. Cette solution, encore à l’étude, s’inspire des mécanismes de régulation biologique observés dans les écosystèmes marins. Les poulpes, dotés d’une intelligence et d’une force physique adaptées, pourraient constituer une alternative écologique pour limiter la prolifération des crustacés invasifs.

L’idée n’est pas nouvelle, mais son application concrète dans le contexte italien reste à valider. Les scientifiques et les autorités locales étudient actuellement la faisabilité d’une telle approche. « Contre le crabe bleu, les poulpes tueurs arrivent », annonce Il Giornale de manière quelque peu provocante, soulignant à la fois l’urgence de la situation et l’originalité de la solution proposée. Pour l’instant, les détails techniques et les protocoles à mettre en place restent flous.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de gestion des espèces invasives en Méditerranée. Le Callinectes sapidus, originaire de la côte atlantique américaine, a probablement été introduit via les eaux de ballast des navires ou l’aquaculture. Une fois relâché dans son nouvel environnement, il a trouvé des conditions idéales pour se reproduire rapidement, en l’absence de prédateurs naturels. Sa carapace solide et sa capacité d’adaptation lui ont permis de coloniser des zones comme le delta du Pô, où les fonds marins riches en nutriments favorisent son expansion.

Les conséquences ne se limitent pas à l’économie. L’impact écologique est également préoccupant. Les palourdes, filtreuses essentielles à la qualité de l’eau, jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes lagunaires. Leur déclin menace la biodiversité locale et pourrait avoir des répercussions sur d’autres espèces. Les autorités italiennes, conscientes de la gravité de la situation, tentent de sensibiliser la population et les acteurs économiques à l’urgence d’agir.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont désormais envisagées pour endiguer cette invasion. Les autorités pourraient renforcer les contrôles aux frontières maritimes afin d’éviter l’introduction de nouvelles espèces invasives. Par ailleurs, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l’efficacité et la viabilité de l’utilisation des poulpes comme solution de biocontrôle. Une échéance à surveiller concerne les prochains rapports scientifiques attendus d’ici la fin de l’année 2026, qui pourraient préciser les modalités d’une telle intervention.

Reste à savoir si cette méthode, bien que prometteuse, suffira à inverser la tendance. La question de la durabilité à long terme des élevages de palourdes en Italie reste entière. Pour les producteurs, le temps presse : chaque saison perdue aggrave les difficultés financières et menace la pérennité de leur activité.

Le crabe bleu, ou Callinectes sapidus, possède une carapace solide et une grande capacité d’adaptation. Introduit accidentellement en Méditerranée, il ne rencontre aucun prédateur naturel dans cette région. De plus, sa reproduction rapide et son régime alimentaire varié lui permettent de coloniser rapidement de nouveaux territoires, comme en témoignent les chiffres alarmants de Sacca di Goro.