Alors que les questions de justice sociale et d'équité entre les sexes occupent une place croissante dans les débats économiques, la problématique des écarts de pension entre femmes et hommes revient sur le devant de la scène. Selon nos confrères de BFM Business, ce sujet s'impose comme un levier essentiel pour repenser le système de retraite français, dans un contexte marqué par des réformes successives et des tensions persistantes sur le financement des régimes.
Ce qu'il faut retenir
- En France, l'écart moyen de pension entre femmes et hommes atteint 37 % selon les dernières données disponibles, un chiffre qui illustre les inégalités persistantes dans le système de retraite.
- Les carrières hachées des femmes, souvent liées à des congés parentaux ou à des temps partiels, expliquent en partie cet écart, soulignent les experts interrogés par BFM Business.
- Le gouvernement a lancé plusieurs études pour évaluer l'impact des mesures d'équité, sans pour autant annoncer de réforme concrète à ce stade.
- L'Union européenne encourage les États membres à intégrer cette dimension dans leurs politiques sociales, comme en témoignent les recommandations récentes de la Commission.
Un écart qui reflète des inégalités structurelles
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2026, une femme retraitée perçoit en moyenne 40 % de moins qu'un homme dans la même situation. D'après BFM Business, cet écart s'explique par plusieurs facteurs cumulatifs. D'abord, les carrières féminines sont plus souvent interrompues par des périodes de congé parental ou de temps partiel, ce qui réduit le nombre d'années de cotisation et, par conséquent, le montant de la pension. Ensuite, les métiers majoritairement occupés par des femmes, comme le secteur du care ou l'enseignement, sont généralement moins bien rémunérés que ceux où dominent les hommes.
Les syndicats et associations féministes dénoncent depuis des années ce déséquilibre. « Les réformes successives des retraites n'ont pas permis de corriger cette injustice historique », a déclaré Catherine Perret, porte-parole du collectif « Retraites équitables ». Pour elle, « il est urgent d'intégrer des mécanismes de compensation automatique pour les périodes non cotisées liées à la parentalité ».
Des pistes de réforme encore en discussion
Face à ce constat, le gouvernement explore plusieurs pistes pour réduire ces écarts. Parmi elles, la prise en compte systématique des trimestres de congé parental dans le calcul des pensions figure en bonne place. Selon nos confrères de BFM Business, un rapport parlementaire devrait être rendu public d'ici la fin de l'année, proposant des mesures concrètes pour atténuer ces disparités. Une autre piste évoquée serait l'instauration d'un bonus maternité, sous forme de majoration temporaire du montant de la pension pour les femmes ayant élevé au moins un enfant.
Cependant, ces propositions soulèvent des questions sur leur financement. Les caisses de retraite, déjà fragilisées par le vieillissement de la population, pourraient voir leur équilibre menacé par l'application de telles mesures. « Il faut trouver un équilibre entre justice sociale et soutenabilité financière », a rappelé Pierre-Yves Chanu, économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES).
L'Union européenne veille au grain
La problématique dépasse les frontières nationales. Comme le rapporte BFM Business, la Commission européenne a récemment publié un rapport pointant du doigt les États membres qui peinent à réduire les écarts de pension entre les sexes. Dans ce cadre, la France est invitée à renforcer ses efforts pour se conformer aux directives européennes en matière d'égalité salariale et de protection sociale. Les recommandations de Bruxelles pourraient peser dans les discussions nationales, même si leur application reste facultative pour les États.
Par ailleurs, plusieurs pays nordiques, souvent cités en exemple pour leurs politiques d'égalité, ont mis en place des systèmes de compensation automatique pour les carrières incomplètes. Ces modèles pourraient inspirer les décideurs français, à condition d'en adapter les mécanismes aux spécificités du système français de retraites.
Si la volonté politique est là, les défis techniques et budgétaires restent nombreux. Une chose est sûre : la pression sociale et européenne ne fera que s'intensifier dans les mois à venir.
Les secteurs où les écarts sont les plus marqués sont ceux où les femmes sont majoritaires, comme l'enseignement, le secteur médico-social ou encore le commerce. Selon les données de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), ces métiers affichent des écarts de pension dépassant souvent les 50 %.