Les États-Unis et l’Ukraine discutent actuellement de la possibilité pour Kiev de produire localement des missiles intercepteurs pour les systèmes Patriot, une solution qui ne sera toutefois pas immédiate, a indiqué le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Selon nos confrères de BFM Business, ces négociations s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues entre Moscou et Kiev, où la maîtrise des moyens de défense antiaérienne devient un enjeu stratégique.
Ce qu'il faut retenir
- Les États-Unis négocient avec l’Ukraine l’octroi d’une licence pour produire des missiles Patriot, selon Marco Rubio
- Une telle licence ne permettrait pas de répondre aux besoins ukrainiens à court terme, en raison des délais de construction d’usines
- Donald Trump, lors du sommet de l’Otan à Ankara début juillet, avait évoqué cette possibilité avant de nuancer ses propos
- Les systèmes Patriot sont devenus une priorité absolue pour Kiev face aux frappes russes répétées
- Marco Rubio souligne que les stocks américains doivent également être préservés avant d’envisager des transferts massifs
Des négociations en cours, mais sans solution immédiate
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a confirmé, lors d’une intervention sur Fox News, que des discussions étaient en cours avec l’Ukraine pour lui permettre de fabriquer des missiles intercepteurs pour les systèmes Patriot. « Cela fait l’objet de négociations en ce moment même, mais ce n’est pas une solution immédiate », a-t-il déclaré. L’objectif serait de renforcer les capacités de défense ukrainiennes face aux attaques russes, alors que les frappes se multiplient depuis plus de quatre ans.
Pour autant, l’obtention d’une telle licence ne résoudrait pas les besoins immédiats de Kiev. « Augmenter la production, même avec une licence, prend plusieurs années », a-t-il précisé, évoquant le temps nécessaire pour construire les infrastructures industrielles et maîtriser la fabrication d’armes aussi sophistiquées. Bref, cette piste reste envisageable, mais elle ne changera rien à court terme.
Un revirement de Donald Trump sur la question
La question d’une licence pour la production ukrainienne de missiles Patriot avait été évoquée publiquement par Donald Trump début juillet, lors du sommet de l’Otan à Ankara. Le président américain avait alors annoncé l’octroi d’une telle licence, avant de revenir sur ses propos quelques jours plus tard. « Je ne suis pas certain de pouvoir autoriser cela », avait-il déclaré, invoquant la sensibilité des technologies en jeu.
« Ces armes sont incroyables. Nous devons faire très attention avant de laisser quelqu’un les produire », avait-il ajouté, faisant référence aux systèmes Patriot comme aux missiles Tomahawk. Une prudence qui reflète les réticences américaines à transférer des technologies militaires sensibles, même à un allié comme l’Ukraine.
Les Patriot, une priorité absolue pour Kiev
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022, l’Ukraine subit des frappes massives, notamment des missiles balistiques et de croisière, particulièrement difficiles à intercepter. Les systèmes Patriot, capables de détruire des cibles aériennes à haute altitude, sont devenus un équipement clé pour la défense ukrainienne. « Le monde entier réclame davantage d’intercepteurs aériens », a souligné Marco Rubio, rappelant que la demande dépasse largement les frontières ukrainiennes.
Le secrétaire d’État a également évoqué les besoins croissants au Moyen-Orient, dans le cadre de la guerre entre Israël et le Hezbollah, ainsi que les tensions persistantes avec l’Iran. « C’est devenu le besoin numéro un en matière de défense, pas seulement pour l’Ukraine, mais partout dans le monde », a-t-il affirmé. Une demande globale qui met sous pression les capacités industrielles américaines.
La question des stocks américains au cœur des débats
Si la production locale ukrainienne de missiles Patriot pourrait, à terme, soulager les États-Unis de la pression logistique, Marco Rubio a rappelé que Washington devait d’abord garantir ses propres approvisionnements. « Avant de pouvoir aider les autres, nous devons nous assurer que nos stocks sont toujours suffisants », a-t-il indiqué. Une remarque qui souligne les limites des capacités américaines à soutenir simultanément l’Ukraine, Israël et d’autres alliés.
Les États-Unis ont déjà fourni des systèmes Patriot à plusieurs pays, dont l’Arabie saoudite, la Pologne ou encore la Roumanie. Cependant, la guerre en Ukraine a accéléré la demande, tandis que les stocks de missiles intercepteurs se sont progressivement épuisés depuis le début des conflits, notamment avec l’Iran. La question de la production industrielle, donc, ne concerne pas uniquement l’Ukraine, mais l’ensemble des alliés des États-Unis.
En définitive, si la piste d’une production ukrainienne de missiles Patriot reste sur la table, elle ne répondra pas aux urgences du front. Pour Kiev, chaque jour compte, alors que Moscou intensifie ses frappes et que les victimes civiles se multiplient. La bataille pour la maîtrise du ciel ukrainien, donc, reste plus que jamais ouverte.
Les États-Unis craignent que la fabrication locale de ces missiles ne permette à l’Ukraine de devenir autonome, réduisant ainsi la dépendance aux livraisons américaines. Par ailleurs, les systèmes Patriot intègrent des technologies sensibles dont Washington souhaite contrôler strictement l’accès, afin d’éviter une prolifération incontrôlée.