C’était un après-midi de décembre 2022 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Autour de lui, l’air était lourd, chargé d’une décision difficile à prendre. À seulement 19 ans, Estifanos Mekonnen Adem s’apprêtait à rompre avec celui qu’il considérait comme « l’amour de sa vie ». Une séparation rendue encore plus douloureuse par le mensonge qu’il avait lui-même tissé pendant des mois pour y parvenir. Cette confession, publiée le 9 novembre 2025 dans la chronique « Modern Love » du New York Times, a été traduite et relayée en France par Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Un jeune homme de 19 ans, Estifanos Mekonnen Adem, a menti pendant des mois pour mettre fin à une relation de quatre ans à Addis-Abeba, en Éthiopie.
  • La décision a été prise un après-midi de décembre 2022, dans un café où il attendait habituellement son partenaire.
  • Le New York Times a publié cette chronique dans sa rubrique « Modern Love » le 9 novembre 2025, avant qu’elle ne soit traduite par Courrier International.
  • Cette histoire s’inscrit dans le cadre des chroniques hebdomadaires du New York Times sur les relations amoureuses, publiées chaque dimanche dans le supplément The New York Times Magazine.
  • Le New York Times, fondé en 1851, est l’un des quotidiens les plus influents des États-Unis, avec plus de 13 millions d’abonnés fin 2025.

Estifanos Mekonnen Adem décrit avec une précision chirurgicale ce moment où tout bascule. Ce jour-là, il était assis sur le balcon d’un café, un macchiato au lait de soja devant lui – sa boisson habituelle. Une habitude qui, ce jour-là, contrastait avec l’urgence de la situation. « J’avais devant moi un macchiato avec du lait de soja, comme d’habitude. Je ne suis pas végan, mais je trouve que le soja est plus léger. Moins coupable, plus circonspect », écrit-il. Car il devait justement faire preuve de circonspection : celle de mentir pour mieux rompre.

Il raconte avoir vu son partenaire descendre du bus, vêtu d’une chemise blanche impeccable, comme s’il se rendait à l’église. « Son raffinement m’a toujours rendu humble », confie-t-il. Ces détails, anodins en apparence, prennent une dimension symbolique dans le récit de cette rupture. La description minutieuse de l’environnement – la chaleur étouffante d’Addis-Abeba, la routine du café, la tenue soignée de son compagnon – sert de toile de fond à une scène qui, pour Estifanos, ressemble à une condamnation. « L’air est lourd quand on s’apprête à briser le cœur d’une personne, surtout quand ce cœur a défié les lois du monde malade qui l’entoure pour vous aimer avec douceur, plénitude et bravoure. »

La relation entre les deux hommes avait débuté quatre ans plus tôt, dans un contexte où l’homosexualité reste un sujet tabou en Éthiopie, où les lois punissent encore les relations entre personnes de même sexe. Leur histoire, marquée par des défis sociaux et personnels, s’est construite malgré tout, portée par un amour que le jeune homme qualifie de « doux, plein et brave ». Pourtant, c’est par un mensonge que tout s’est terminé. Estifanos ne précise pas la nature exacte du subterfuge, mais évoque une accumulation de demi-vérités, de silences et de faux-semblants destinés à créer une distance irréversible. « Je voulais le voir arriver pour m’offrir quelques secondes supplémentaires pour respirer, me préparer. C’est comme ça que je survis, en répétant tous les scénarios possibles. C’est un mécanisme d’adaptation dont je n’ai jamais appris à me défaire. »

La chronique, intitulée « J’ai menti à l’amour de ma vie pour le quitter », s’inscrit dans la lignée des récits intimes publiés chaque semaine par le New York Times sous la bannière « Modern Love ». Ces témoignages, souvent partagés par des lecteurs ou des personnalités, explorent les complexités des relations humaines à travers le prisme de l’amour, de la perte et de la résilience. Le supplément dominical du New York Times Magazine, où cette histoire a été publiée, est l’un des plus lus aux États-Unis, avec une audience fidèle qui dépasse les frontières américaines.

Pour le New York Times, ces chroniques ne sont pas de simples histoires personnelles. Elles reflètent des enjeux sociétaux plus larges, notamment en matière de droits LGBTQ+ et de liberté amoureuse. En Éthiopie, où l’homosexualité est criminalisée – passible de peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison –, les relations entre personnes de même sexe restent clandestines et risquées. La publication de ce récit, même à des milliers de kilomètres, participe à une visibilité rare pour ces réalités. « Notre belle histoire d’amour a commencé par un compte joint », écrit Estifanos, évoquant une époque où, malgré les obstacles, leur amour avait trouvé un moyen de s’exprimer, même symboliquement.

Et maintenant ?

Cette confession, bien que personnelle, pourrait contribuer à alimenter le débat sur les droits LGBTQ+ en Afrique, où de nombreux pays maintiennent des législations répressives. Pour Estifanos, l’objectif n’est pas de susciter une polémique, mais de partager une expérience vécue. Reste à savoir si d’autres récits similaires émergeront dans les colonnes du New York Times ou d’autres médias, pour offrir une tribune à ceux qui, comme lui, ont dû affronter les conséquences de choix douloureux dans des contextes hostiles.

La chronique de Estifanos Mekonnen Adem rappelle aussi que les relations amoureuses, quelles que soient les circonstances, sont souvent marquées par des non-dits et des stratégies de protection. Mentir pour préserver l’autre ou se préserver soi-même, est-ce une forme de violence ou une ultime marque d’amour ? La question, posée implicitement par le jeune homme, reste ouverte. Ce qui est certain, c’est que ce récit, publié dans l’un des journaux les plus lus au monde, a le mérite de donner une voix à une expérience humaine universelle, mais aussi profondément ancrée dans des réalités locales complexes.

À Addis-Abeba comme ailleurs, les cœurs brisés par le mensonge ou la vérité ne connaissent pas de frontières. Le New York Times et Courrier International, en relayant cette histoire, offrent une fenêtre sur des vies qui, sans cela, seraient restées dans l’ombre. Une fenêtre qui, peut-être, éclairera d’autres parcours et inspirera d’autres confessions.

Dans sa chronique publiée par le New York Times et relayée par Courrier International, Estifanos ne précise pas la nature exacte de ses mensonges. Il évoque simplement un mécanisme d’adaptation, une façon de se protéger en créant une distance irréversible, dans un contexte où l’homosexualité reste un sujet tabou en Éthiopie. Son récit suggère que mentir a été une stratégie pour éviter une confrontation directe, tout en mettant fin à une relation qui, malgré tout, lui tenait à cœur.