Helen Lawrence a troqué ses fourneaux britanniques contre ceux d’un village audois, tandis que Nick Lappen a importé l’art du rhum dans une mégapole chinoise. Selon Courrier International, ces deux expatriés ont fait le pari audacieux de créer des entreprises radicalement différentes de leur environnement immédiat : une école de cuisine végane en Occitanie et un bar à spiritueux chinois à Chengdu. Deux aventures qui illustrent comment l’expatriation peut devenir un terrain de jeu pour les rêves les plus inattendus.
Ce qu'il faut retenir
- Helen Lawrence, cheffe britannique, a ouvert Melusine, une école de cuisine végane dans l’Aude, après une carrière au Royaume-Uni et au Canada
- Son projet pédagogique vise à populariser l’alimentation végétalienne dans une région encore très ancrée dans les traditions carnivores
- Nick Lappen, Américain, a lancé la Sugarcane Society, un bar à rhums artisanaux de 20 places à Chengdu, avec un investissement initial de moins de 10 000 dollars
- Les deux entrepreneurs soulignent les défis administratifs et culturels de leurs projets respectifs
- Leurs initiatives reflètent une tendance croissante : celle d’expatriés transformant leur passion en entreprise locale
Une cheffe végane face à une culture du sanglier
Helen Lawrence n’a pas choisi la facilité en s’installant dans le sud de la France. Après deux décennies à exercer comme cheffe dans des établissements britanniques et canadiens, elle a rejoint son oncle près du canal du Midi, dans l’Aude. C’est là qu’elle a fondé Melusine, une école de cuisine végane hébergée dans une maison d’hôte. « En deux ans, je n’ai rencontré que deux végans français », confie-t-elle, soulignant l’écart entre son projet et les habitudes locales. Dans cette région où la chasse au sanglier et la consommation de volaille restent ancrées, Lawrence doit composer avec une méconnaissance presque totale de l’alimentation végétalienne. « La scène végétarienne en France ressemble un peu à celle des années 1980 au Royaume-Uni », observe-t-elle.
Malgré ces obstacles, elle mise sur la pédagogie pour convaincre. Ses clients, souvent des expatriés ou des touristes en quête d’expériences originales, deviennent ses meilleurs ambassadeurs. « Ce n’est pas qu’une entreprise, c’est un combat pour un certain mode de vie », explique-t-elle. Les tracasseries administratives ont ralenti son installation, mais Lawrence reste déterminée à s’investir pleinement dans cette nouvelle vie, même loin de ses proches restés outre-Manche.
Un bar à rhums chinois pour redorer le blason du baijiu
Côté Chine, Nick Lappen a lui aussi transformé sa passion en projet entrepreneurial. Ancien barman à Shanghai, il a ouvert un premier établissement dans la mégalopole avant que la pandémie ne le ramène temporairement aux États-Unis. Mais son attachement à la Chine et à sa culture alcoolisée ne l’a jamais quitté. En 2023, il retourne en Chine et pose ses valises à Chengdu, dans le sud-ouest du pays, attiré par un mode de vie plus calme et proche de la nature.
Avec un budget serré – moins de 10 000 dollars –, il fonde la Sugarcane Society, un bar à rhums qui ne peut accueillir que 20 clients simultanément. Son ambition ? Montrer que les spiritueux chinois, comme le baijiu, n’ont rien à envier aux produits occidentaux. « La qualité des spiritueux, des vins et des bières artisanales produits ici rivalise avec celle des meilleurs produits occidentaux », affirme-t-il. Ce petit établissement est devenu pour lui « un laboratoire » où il expérimente des mélanges innovants, tout en mettant en avant des alcools traditionnels souvent méconnus des Chinois eux-mêmes.
Deux défis culturels aux antipodes
Si les parcours de Lawrence et Lappen semblent opposés, ils partagent une même caractéristique : l’audace de s’attaquer à des marchés où leur offre est quasi inexistante. Pour la cheffe britannique, il s’agit de convertir une région entière à une alimentation sans produits animaux, un défi d’autant plus ardu que les légumes occupent une place marginale dans la gastronomie locale. « Je dois faire preuve de beaucoup de pédagogie avec mes clients, mais aussi avec les habitants », reconnaît-elle.
Pour le barman américain, le défi est tout aussi colossal : éduquer une clientèle habituée au whisky ou au rhum jamaïcain à apprécier les spiritueux chinois. « Je veux faire oublier le rhum jamaïcain à mes clients », déclare-t-il avec humour. Pourtant, son pari porte déjà ses fruits. Deux ans après son ouverture, la Sugarcane Society attire autant d’expatriés que de locaux, curieux de découvrir une autre facette de la culture chinoise.
L’expatriation, terrain de jeu des rêves entrepreneuriaux
Ces deux histoires illustrent une tendance de plus en plus marquée parmi les expatriés : celle de transformer leur expérience à l’étranger en levier entrepreneurial. Selon nos confrères de Courrier International, ces initiatives reflètent un désir croissant d’autonomie et de sens, bien au-delà du simple choix de vie. Pour Lawrence, il s’agit de promouvoir un mode de vie durable et respectueux des animaux. Pour Lappen, c’est une façon de célébrer la richesse culturelle de la Chine à travers ses alcools traditionnels.
Les défis ne manquent pas, entre barrières administratives, méconnaissance des marchés locaux et résistance culturelle. Pourtant, ces entrepreneurs semblent déterminés à persévérer. « À part quelques tracasseries administratives et l’absence de mes proches, je ne regrette rien », confie Lawrence. De son côté, Lappen confie que son projet « le comble » malgré les obstacles rencontrés en chemin.
Une chose est sûre : ces deux parcours montrent que l’expatriation peut être bien plus qu’un simple changement de décor. Elle peut devenir le terreau fertile d’idées entrepreneuriales audacieuses, à condition de savoir naviguer entre défis culturels et opportunités inattendues.
Helen Lawrence doit faire face à une méconnaissance quasi totale de l’alimentation végane dans la région, ainsi qu’à des traditions culinaires très ancrées dans la consommation de viande. Elle évoque également des tracasseries administratives lors de son installation et l’éloignement géographique de ses proches restés au Royaume-Uni.
Nick Lappen a lancé son projet, la Sugarcane Society, avec un budget initial de moins de 10 000 dollars. Il a puisé dans ses économies et son expérience passée dans le secteur de la restauration pour concrétiser son rêve d’ouvrir un bar à spiritueux artisanaux.