Alors que la Cour suprême sénégalaise a annulé en décembre 2025 le permis d’exploitation d’un gisement de zircon à Niafrang, en Casamance, l’activité minière se poursuit sur place. G-SAND, une société gambienne aux capitaux chinois, continue en effet d’extraire le minerai, malgré une décision judiciaire qui devrait, en théorie, mettre un terme à cette exploitation. Selon RFI, les communautés locales, vent debout contre ce projet, dénoncent une situation qui s’enlise.

Ce qu'il faut retenir

  • Un permis d’exploitation annulé par la Cour suprême sénégalaise en décembre 2025, mais toujours appliqué sur le terrain.
  • L’exploitation est menée par G-SAND, une société gambienne détenue par des capitaux chinois, dans la localité de Niafrang (Casamance).
  • Les communautés locales s’opposent fermement à ce projet minier, en raison de ses impacts environnementaux et sociaux.
  • La Casamance, région du sud du Sénégal, est au cœur de ce bras de fer juridique et politique.

Une décision judiciaire ignorée sur le terrain

La Cour suprême du Sénégal a rendu son verdict en décembre 2025 : le permis d’exploitation accordé à G-SAND était entaché d’irrégularités et devait être révoqué. Pourtant, sur place, à Niafrang, l’extraction du zircon se poursuit sans interruption. Les autorités locales n’ont, à ce jour, pris aucune mesure concrète pour faire respecter la décision de justice, malgré les protestations des habitants.

« La justice a parlé, mais sur le terrain, rien ne change », s’indigne un membre d’une association locale, qui demande à rester anonyme par crainte de représailles. Selon lui, les engins d’exploitation continuent de tourner à plein régime, jour et nuit, comme si de rien n’était.

Un projet minier au cœur de tensions régionales

Le gisement de zircon de Niafrang, situé en Casamance, une région marquée par des décennies de conflits et d’instabilité, cristallise les tensions. Cette zone, historiquement en proie à des mouvements séparatistes, voit aujourd’hui s’affronter des enjeux économiques et environnementaux. Les riverains dénoncent les conséquences de l’exploitation sur leurs terres, notamment la dégradation des sols et la pollution des nappes phréatiques.

« Nous vivons au quotidien avec la poussière et le bruit des machines », explique une habitante du village voisin. « Nos enfants tombent souvent malades, et nos récoltes sont détruites à cause de cette activité. » Ces craintes sont partagées par plusieurs ONG, qui alertent depuis des mois sur les risques sanitaires liés à l’extraction minière dans cette région déjà fragilisée.

Le rôle de G-SAND et des investisseurs chinois

G-SAND, la société à l’origine du projet, est enregistrée en Gambie mais contrôlée par des capitaux chinois. Selon les informations recueillies par RFI, elle bénéficie du soutien d’investisseurs asiatiques pour développer cette exploitation, malgré l’opposition locale et l’annulation du permis par la justice sénégalaise. Les autorités gambiennes, contactées par RFI, n’ont pas encore réagi officiellement à cette situation.

« Ce projet est un exemple de la façon dont les intérêts économiques peuvent primer sur le droit et la justice », estime un analyste en politiques minières basé à Dakar. « La Casamance, déjà marginalisée, devient le terrain de jeu de groupes étrangers, sans que les populations ne puissent faire entendre leur voix. »

Et maintenant ?

La question reste entière : combien de temps les autorités sénégalaises laisseront-elles se poursuivre cette exploitation, en contradiction avec une décision de justice ? Les prochaines semaines pourraient être décisives, notamment si les protestations locales s’intensifient. Une médiation entre les parties pourrait être envisagée, mais pour l’heure, aucune date n’a été fixée pour une éventuelle réunion. Quant à G-SAND, la société n’a pas communiqué sur une éventuelle suspension de ses activités, malgré l’annulation de son permis.

Cette affaire illustre, une fois de plus, les défis auxquels font face les pays africains dans la gestion de leurs ressources naturelles. Entre attractivité économique, respect des décisions judiciaires et protection des populations, l’équilibre reste précaire. À Niafrang comme ailleurs, le débat sur l’exploitation minière et ses conséquences n’est pas près de s’éteindre.

La Cour suprême a estimé que le permis d’exploitation accordé à G-SAND avait été délivré en violation des procédures légales, notamment en l’absence de consultations suffisantes avec les communautés locales et sans étude d’impact environnemental complète. Ces irrégularités ont justifié son annulation en décembre 2025.