Alors que les rayons des supermarchés commencent à montrer les premiers signes de tensions avec des pénuries de salades et une production de tomates en recul de **30 %**, le président du groupement Les Mousquetaires, qui chapeaute les enseignes Intermarché et Netto, alerte sur un risque de flambée des prix alimentaires dès le printemps 2027. Selon nos confrères de BFM Business, Thierry Cotillard a appelé les consommateurs à se montrer solidaires envers les agriculteurs français, tout en annonçant une série de huit mesures concrètes pour amortir les effets des aléas climatiques sur la production.

Ce qu'il faut retenir

  • Une baisse de 30 % de la production de tomates et des pénuries de salades sont déjà visibles dans les rayons des supermarchés.
  • Thierry Cotillard, président d’Intermarché, craint une hausse des prix alimentaires dès mars 2027 en raison des négociations commerciales entre distributeurs et producteurs.
  • Le distributeur relance l’opération « Petits calibres, gros soutien » pour écouler les fruits et légumes dits « moches », autrefois écartés des circuits traditionnels.
  • Intermarché s’engage à acheter à un prix plus élevé les produits français, tout en réduisant ses marges pour faciliter leur écoulement.
  • L’enseigne rappelle les risques liés à l’inflation, notamment ceux liés au coût des matières premières comme le plastique, dont le prix a augmenté de **15 %** en raison des tensions géopolitiques.

Une production agricole sous tension

Les aléas climatiques, à commencer par les canicules et les sécheresses de l’été, ont lourdement affecté les récoltes de cette année. Les tomates, souvent cultivées sous serre, subissent des pertes importantes, tandis que les salades, plus sensibles aux variations de température, peinent à atteindre les volumes habituels. Ces difficultés se répercutent déjà dans les magasins, où certains rayons affichent des étiquettes de rupture de stock. « Il y a aura une crise agricole à gérer », a prévenu Thierry Cotillard lors de son intervention sur BFMTV-RMC, soulignant que les conséquences pourraient toucher d’autres secteurs comme le lait ou la viande.

Cette situation intervient alors que les négociations commerciales entre distributeurs et producteurs doivent reprendre en mars 2027. Un contexte déjà tendu, auquel s’ajoutent les incertitudes liées aux conflits géopolitiques, comme ceux au Moyen-Orient, qui perturbent les chaînes d’approvisionnement et influencent les coûts de production.

Le retour des « fruits et légumes moches » pour soutenir les agriculteurs

Pour faire face à cette baisse de production, Intermarché mise sur une initiative déjà éprouvée : la commercialisation de fruits et légumes imparfaits, autrefois boudés par les consommateurs en raison de leur apparence ou de leur calibre. Baptisée « Petits calibres, gros soutien », cette opération s’inspire directement du succès rencontré en 2014 avec le lancement de l’opération « Fruits et légumes moches ». À l’époque, l’intégralité des produits proposés avait été écoulée, marquant le début d’une campagne emblématique contre le gaspillage alimentaire. Depuis 2022, l’enseigne propose également des paniers « Les Moches », regroupant à prix réduit ces produits parfaitement consommables.

« On a décidé de privilégier la production française », a indiqué Thierry Cotillard. « La carotte française sera peut-être plus biscornue, mais elle sera tout aussi bonne. » Pour compenser les volumes perdus, le distributeur a choisi de payer plus cher les agriculteurs et de réduire ses marges dans les semaines à venir. « On a des marges qu’on va réduire pour que cela s’écoule », a-t-il expliqué. Cette stratégie vise à soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs tout en maintenant la rémunération des producteurs.

Des mesures ciblées pour limiter l’impact de l’inflation

Au-delà de la relance des produits « moches », Intermarché a dévoilé un plan en huit points pour accompagner le secteur agricole. Parmi les mesures phares : l’écoulement prioritaire des produits français, même imparfaits, et l’achat à un prix supérieur pour absorber partiellement les pertes de rendement. L’enseigne s’engage également à réduire ses marges sur certains produits pour éviter une hausse immédiate des prix en magasin. « On fera preuve de discernement et on demande toujours la transparence sur les prix », a insisté Thierry Cotillard, critiquant au passage certaines multinationales accusées de ne pas jouer le jeu des négociations équitables.

Le plastic, dont le prix a augmenté de **15 %** en raison des tensions autour du détroit d’Ormuz, figure aussi parmi les préoccupations majeures. Ce surcoût se répercute sur les emballages et les coûts logistiques, accentuant la pression sur les prix de vente. « Le prix du plastique a pris 15 % à cause d’Ormuz », a rappelé le dirigeant, avant d’appeler les industriels de l’agroalimentaire à « être raisonnables » dans leurs exigences tarifaires.

« Dans la semaine ou les mois qui viennent, il y a aura une crise agricole à gérer. Il y a un risque si le conflit (au Moyen-Orient) dure et avec les effets de la canicule et de la sécheresse. »
Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires (Intermarché, Netto)

Un appel à la solidarité des consommateurs

Face à ce tableau contrasté, Thierry Cotillard a appelé les Français à adopter une attitude solidaire envers les agriculteurs. « Soyez solidaires des agriculteurs français », a-t-il lancé, rappelant que la qualité des produits reste au rendez-vous, même pour les fruits et légumes moins esthétiques. L’opération « Petits calibres, gros soutien » s’accompagne ainsi d’une campagne de communication pour sensibiliser les consommateurs à l’importance de ces achats, qui permettent de limiter le gaspillage tout en soutenant l’économie locale.

Cette initiative intervient à un moment où le pouvoir d’achat des ménages reste une préoccupation majeure. En privilégiant les circuits courts et les produits locaux, même imparfaits, Intermarché espère concilier soutien aux agriculteurs et accessibilité des prix pour les consommateurs. Une équation d’autant plus complexe que les coûts de production ne cessent d’augmenter, entre énergie, main-d’œuvre et matières premières.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer l’impact réel de ces mesures. Les négociations commerciales, prévues pour mars 2027, pourraient confirmer ou infirmer les craintes de Thierry Cotillard sur une hausse des prix alimentaires. En attendant, les consommateurs sont invités à se tourner vers les fruits et légumes « moches », dont les stocks devraient se reconstituer progressivement dans les rayons. Une chose est sûre : l’équilibre entre rémunération des producteurs, pouvoir d’achat des ménages et stabilité des prix restera un exercice d’équilibriste pour les distributeurs.

Pour rappel, l’opération « Fruits et légumes moches » avait été lancée au printemps 2014 et s’était soldée par un succès immédiat, avec une écoulement total des produits proposés. Depuis, l’initiative a été généralisée et prolongée par les paniers « Les Moches », disponibles à prix réduit.

L’opération concerne principalement les fruits et légumes dont le calibre ou l’apparence ne répondent pas aux normes esthétiques habituelles, comme les carottes biscornues, les tomates de forme irrégulière ou les salades moins uniformes. Ces produits restent parfaitement consommables, mais sont souvent écartés des circuits traditionnels en raison de leur aspect.

Le distributeur a annoncé plusieurs mesures, dont la réduction de ses marges sur certains produits, l’achat à un prix plus élevé des productions françaises, et la priorité donnée aux circuits courts pour limiter les coûts logistiques. L’objectif est de contenir l’inflation tout en soutenant les agriculteurs.