Un chantier titanesque est en cours sous les eaux de la mer Baltique, entre le Danemark et l’Allemagne. Selon Futura Sciences, le tunnel du Fehmarnbelt, qui reliera l’île danoise de Lolland à l’île allemande de Fehmarn, s’impose déjà comme l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux du continent européen. Long de 18 kilomètres, ce tunnel immergé promet de transformer radicalement les liaisons entre la Scandinavie et l’Europe centrale.
À ce jour, le passage entre Rødbyhavn et Puttgarden repose principalement sur des ferries. Demain, il pourrait s’effectuer en voiture ou en train, réduisant ainsi le trajet entre Copenhague et Hambourg à seulement dix minutes en voiture et sept minutes en train. Un gain de temps considérable, qui s’inscrit dans une logique plus large de fluidification du fret et de décarbonation des transports en Europe du Nord.
Ce qu'il faut retenir
- Le tunnel du Fehmarnbelt sera le plus long tunnel immergé du monde, avec une longueur de 18 kilomètres.
- Il comprendra quatre voies routières et deux voies ferrées électrifiées, ainsi que des galeries techniques et des dispositifs de sécurité.
- Le projet est porté par le Danemark et l’Allemagne, avec un financement principal danois via un modèle basé sur les futurs péages.
- Une fois achevé, il réduira le temps de trajet entre Copenhague et Hambourg à dix minutes en voiture et sept minutes en train.
- Le chantier utilise une méthode innovante : des éléments préfabriqués en béton, longs de 217 mètres et pesant plus de 73 500 tonnes, sont assemblés au fond de la mer.
- En mai 2026, le premier élément a été immergé, suivi d’un second fin juin, portant à plus de 500 mètres la portion déjà installée.
Un tunnel immergé, une méthode de construction révolutionnaire
Contrairement aux tunnels traditionnels, creusés dans la roche, le Fehmarnbelt sera entièrement immergé. La technique retenue repose sur la fabrication à terre d’éléments préfabriqués en béton, tractés jusqu’en mer, puis descendus dans une tranchée creusée au fond de la Baltique. Ces blocs, d’une précision millimétrique, sont ensuite assemblés les uns aux autres pour former l’ouvrage définitif.
À Rødbyhavn, une véritable « usine à tunnels » produit ces segments géants. Chaque élément standard mesure 217 mètres de long et pèse plus de 73 500 tonnes. Au total, 89 éléments composeront le tunnel, chacun abritant cinq tubes : deux pour l’autoroute, deux pour les voies ferrées et un dédié aux installations techniques. Fin juin 2026, deux éléments avaient déjà été immergés, portant à plus de 500 mètres la longueur du tronçon déjà posé.
Cette méthode de construction, bien que complexe, présente l’avantage d’une mise en œuvre plus rapide et plus sûre que les techniques classiques. Elle limite également l’impact environnemental, un critère de plus en plus pris en compte dans les grands projets d’infrastructure.
Un projet aux enjeux politiques et économiques majeurs
Le tunnel du Fehmarnbelt n’est pas seulement un défi technique. C’est aussi un pari politique et économique pour l’Europe. Pour la Commission européenne, il s’inscrit dans le réseau transeuropéen de transport (RTE-T), avec pour objectif de mieux connecter les ports, les métropoles et les bassins industriels du continent. La liaison entre la Scandinavie et l’Europe centrale et méridionale pourrait ainsi gagner en attractivité, notamment pour le fret.
Pour le Danemark, qui finance et maîtrise l’ouvrage à hauteur de 75 %, le projet représente une opportunité de renforcer ses échanges avec l’Allemagne. Copenhague mise sur ce corridor pour accélérer son intégration économique avec le cœur de l’Europe. De son côté, le nord de l’Allemagne attend le tunnel comme un levier de développement, avec la promesse d’une hausse de l’activité économique et de la création d’emplois.
Ce chantier s’inscrit également dans une logique de transition écologique. Le rail y occupe une place centrale : en encourageant le report d’une partie du trafic routier vers des trains électriques, le projet vise à réduire les émissions de CO₂ dans une région où la décarbonation des transports est une priorité. Le gain de temps offert par le tunnel pourrait, en théorie, rendre le train plus compétitif face à la voiture et à l’avion sur cette liaison.
« Le Fehmarnbelt n’est pas seulement un tunnel. C’est une nouvelle colonne vertébrale pour l’Europe du Nord, qui va redéfinir les flux de personnes et de marchandises entre la Scandinavie et le continent. »
Un calendrier serré et des défis techniques à relever
Les premiers éléments du tunnel ont été immergés au printemps 2026, marquant le début d’une phase cruciale du chantier. Selon Futura Sciences, l’objectif est de terminer les travaux d’ici 2029, pour une mise en service prévue en 2030. D’ici là, les équipes devront assembler les 89 éléments préfabriqués, tout en garantissant la sécurité et la durabilité de l’ouvrage.
Parmi les défis techniques figure la gestion des courants marins et des conditions météo souvent difficiles en mer Baltique. Les ingénieurs ont également dû concevoir des systèmes de drainage et de ventilation performants, capables de résister à l’environnement humide et salin de la zone. Enfin, la coordination entre les équipes danoises et allemandes, ainsi que le respect des normes européennes, ajoutent une couche de complexité au projet.
Malgré ces obstacles, le chantier progresse selon le calendrier prévu. En mai 2026, le premier élément a été descendu dans une tranchée sous-marine de 15 mètres de profondeur. Fin juin, un second élément a rejoint le fond marin, portant à 500 mètres la longueur du tronçon déjà assemblé. Une preuve, s’il en fallait une, que la méthode de construction immergée est maîtrisée.
Le tunnel du Fehmarnbelt s’annonce comme bien plus qu’un simple ouvrage d’art. Il incarne une vision d’avenir pour l’Europe du Nord, où les infrastructures de transport jouent un rôle clé dans la transition écologique et la cohésion économique. Son achèvement pourrait redessiner les flux de marchandises et de voyageurs entre la Scandinavie et le continent, tout en offrant une alternative durable à la route et à l’avion.
Reste à voir si le projet tiendra toutes ses promesses. En attendant, sous les eaux de la Baltique, le chantier avance à un rythme soutenu, porteur d’espoirs pour l’économie et l’environnement.
La méthode immergée, bien que complexe, permet une construction plus rapide et plus sécurisée que les techniques de forage traditionnelles. Elle limite les risques liés aux sols instables et réduit l’impact environnemental en évitant le creusement de longues galeries sous-marines. De plus, cette technique est particulièrement adaptée aux fonds marins peu profonds, comme c’est le cas dans le détroit du Fehmarnbelt.
Le coût total du projet est estimé à environ 7 milliards d’euros. Il est financé principalement par le Danemark, qui en assure 75 % via un modèle reposant sur les futurs péages. L’Allemagne participe également au financement, tandis que l’Union européenne contribue à hauteur de 589 millions d’euros via des fonds dédiés aux infrastructures de transport.