Vladimir Poutine a reconnu publiquement, fin juin 2026, l’existence d’une pénurie de carburant en Russie, conséquence directe des frappes ukrainiennes répétées contre les installations pétrolières du pays. « Les attaques visant nos installations créent évidemment des problèmes » et « nous constatons actuellement une certaine pénurie », a déclaré le président russe, tout en minimisant la gravité de la situation. Selon Euronews FR, cette crise, inédite pour la Russie, révèle au grand jour les conséquences de l’invasion de l’Ukraine sur le quotidien des citoyens et l’économie nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 40 attaques ukrainiennes contre des raffineries et infrastructures pétrolières russes recensées depuis avril 2026, dont deux sur la raffinerie d’Oufa en une semaine.
- Le volume de pétrole brut transformé en carburant en Russie a chuté de 25 % en juin 2026 par rapport à juin 2025, tombant à 3,95 millions de barils par jour, un niveau inédit depuis plus de vingt ans.
- Un tiers des capacités de raffinage du pays seraient à l’arrêt, selon l’analyste Chris Weafer, avec des réparations qui pourraient prendre plusieurs mois.
- La production d’essence a reculé de 17 %, à 850 000 barils par jour, loin de couvrir les besoins nationaux.
- Le secteur agricole, gros consommateur de diesel, est particulièrement menacé en pleine période de récolte.
Des files d’attente interminables et un mécontentement grandissant
Les attaques ukrainiennes, menées depuis plusieurs mois, ont provoqué des incendies dans plusieurs raffineries et perturbé l’approvisionnement en carburant dans l’ensemble du pays. Les conséquences sont immédiates pour les citoyens : les files d’attente aux stations-service s’allongent, parfois sur des heures, tandis que les prix fluctuent et que les stocks s’épuisent. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant des automobilistes exaspérés, certains se disputant l’accès aux pompes ou partageant leur indignation face à l’ampleur des queues.
« À la télévision, on nous dit une chose, mais dans la réalité, c’en est une autre… Partout les gens font la queue », témoigne Andreï, un Moscovite, cité par Euronews FR. Un autre habitant de la capitale, Maxim, s’interroge : « Un pays qui extrait du pétrole, mais qui n’a pas d’essence. Comment est-ce seulement possible ? » Les autorités locales tentent de justifier la situation en invoquant une demande « de panique », appelant les automobilistes à ne faire le plein qu’en cas de nécessité absolue.
Rationnement et restrictions généralisés dans plus de la moitié des régions
Fin juin 2026, des mesures de rationnement du carburant ont été instaurées dans plus de la moitié des régions russes. Dans certaines zones, les autorités ont imposé des plafonds stricts de vente pour l’ensemble des stations-service, tandis que dans d’autres, les réseaux de pompes ont réduit spontanément les volumes distribués. L’exportation d’essence et de carburéacteur a été restreinte, et l’hypothèse d’une interdiction totale des exportations de diesel a même été envisagée par Moscou.
Pourtant, la pénurie touche même les régions les plus reculées, où aucun drone ukrainien n’a été signalé. Une situation qui a poussé Vladimir Poutine à reconnaître publiquement, lors d’une allocution rare, que « les attaques visant nos installations créent évidemment des problèmes » tout en affirmant que le manque de carburant ne serait pas « critique ». Une nuance qui contraste avec la réalité vécue par les Russes.
L’agriculture russe en première ligne face à la crise
Selon Chris Weafer, directeur général du cabinet de conseil Macro-Advisory Ltd, près d’un tiers des capacités russes de raffinage du pétrole sont actuellement à l’arrêt. Une estimation difficile à vérifier, l’État russe ne publiant pas ces données de manière transparente. « La crise survient à un moment crucial pour l’économie russe, car la saison agricole bat son plein et le secteur est un gros consommateur de diesel », souligne Weafer.
Les attaques ukrainiennes endommagent des équipements spécialisés, souvent importés, rendant les réparations complexes et coûteuses. « La remise en état de la raffinerie de Moscou, qui couvrait 40 % des besoins de la capitale et de sa région en carburant, prendra au moins trois mois », précise l’analyste. Les réparations sont d’autant plus difficiles que les sanctions internationales limitent l’accès aux pièces détachées et aux solutions de remplacement.
Des volumes de raffinage en chute libre
Les chiffres publiés par l’agence AP confirment l’ampleur de la crise. En juin 2026, le volume de pétrole brut transformé en carburant en Russie a chuté de 25 % par rapport à juin 2025, tombant à 3,95 millions de barils par jour, son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans. La production d’essence a reculé de 17 %, passant de 1,03 million de barils par jour en 2025 à 850 000 barils par jour en 2026, bien en deçà des besoins du marché intérieur. La Russie n’exporte par ailleurs que des volumes modestes d’essence, contraints par les restrictions et la demande interne.
L’Ukraine présente ses frappes comme une « réponse-sanction »
Les autorités ukrainiennes justifient ces attaques contre les infrastructures pétrolières russes comme une campagne délibérée pour contraindre Moscou à mettre fin à la guerre. Selon Volodymyr Zelensky, président ukrainien, ces opérations visent à perturber la logistique militaire russe et à affaiblir la capacité de l’armée à mener des offensives sur le front. « Chaque jour, nous mettons en œuvre notre plan d’utilisation de “sanctions de longue portée” ukrainiennes. C’est une réponse tout à fait juste à tout ce que la Russie fait contre nous », a-t-il déclaré sur Telegram.
Mercredi 2 juillet 2026, les Forces de défense de l’Ukraine ont frappé pour la deuxième fois en une semaine la raffinerie d’Oufa, l’un des plus grands producteurs russes d’huiles lubrifiantes. « Pour la deuxième fois déjà, nos réponses-sanctions au fait que la Russie fait durer la guerre ont atteint la raffinerie d’Oufa, située à plus de 1 300 km de la ligne de front », a précisé Zelensky. Depuis avril 2026, plus de 40 attaques contre des raffineries, dépôts et terminaux pétroliers ont été recensées en Russie et en Crimée, selon les calculs de l’AP.
Cette crise met en lumière les vulnérabilités d’une économie russe largement dépendante de ses exportations d’hydrocarbures. Alors que le pays tente de maintenir sa machine de guerre en Ukraine, la pénurie de carburant pourrait, à terme, fragiliser l’ensemble de son appareil productif, du transport à l’agriculture. Pour Moscou, l’enjeu n’est plus seulement militaire, mais aussi économique et social.