Pour la première fois depuis la crise qui a frappé la Grèce entre 2009 et 2018, le nombre de Grecs rentrant dans leur pays dépasse désormais celui des départs. Selon Le Figaro, cette tendance s’est confirmée en 2023, marquant un tournant après des années de fuite des cerveaux.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2023, pour la première fois depuis la crise, les retours des Grecs expatriés ont dépassé les départs, selon un rapport de l’OCDE.
  • Plus de 800 000 personnes nées en Grèce résident encore à l’étranger, principalement aux États-Unis, en Australie, au Canada et dans l’Union européenne.
  • Parmi les rapatriés, 60 % sont diplômés et âgés de 20 à 39 ans, selon le gouvernement grec.
  • Le gouvernement a mis en place des mesures incitatives : digitalisation des services publics, baisse de l’impôt sur le revenu pendant sept ans et reconnaissance des diplômes étrangers.
  • Les freins au retour persistent : bas salaires, manque de méritocratie, coût de la vie élevé et bureaucratie.
  • Malgré une amélioration économique, 15 % des nouveaux docteurs et 25 % des professionnels de santé envisagent encore de s’expatrier.

La crise économique grecque, qui a duré près d’une décennie, a poussé des dizaines de milliers de Grecs à quitter leur pays à la recherche d’opportunités professionnelles. Selon les données de l’OCDE, entre 2012 et 2019, entre 46 000 et 56 000 départs étaient enregistrés chaque année, notamment en raison d’un taux de chômage atteignant jusqu’à 26 % en 2012. Mais depuis 2021, le phénomène s’inverse progressivement. Comme le révèle Le Figaro, les retours ont désormais dépassé les départs, un signe que le pays attire à nouveau ses talents.

Ce renversement de tendance s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la situation économique grecque s’est améliorée ces dernières années, avec une croissance soutenue et une réduction du chômage. Ensuite, les autorités ont mis en place une stratégie volontariste pour attirer les expatriés qualifiés. Niki Kerameus, ministre grecque de l’Emploi, s’est félicitée vendredi lors de la présentation du rapport de l’OCDE : « La stratégie mise en place a porté ses fruits. » Elle a détaillé les mesures prises, comme la digitalisation des services publics, qui simplifie les démarches administratives pour les rapatriés, ou encore la baisse de l’impôt sur le revenu pendant sept ans pour ceux qui reviennent de l’étranger.

Autre mesure phare : la reconnaissance automatique des diplômes obtenus à l’étranger, notamment pour les médecins. « Depuis deux ans, nous nous déplaçons même avec des représentants d’entreprises grecques qui recherchent des employés hautement qualifiés dans les grandes villes comme Londres, New York ou Düsseldorf, où se trouve une importante diaspora grecque », a précisé la ministre. Ces initiatives ciblent directement les jeunes diplômés et les professionnels qualifiés, deux catégories particulièrement touchées par la fuite des cerveaux des années 2010.

Pour autant, le succès de cette politique reste partiel. Selon Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’OCDE, « l’émigré se pose la question : est-ce que la situation est meilleure et est-ce que je me vois m’installer dans ce pays pour l’avenir de mes enfants ? » Le critère économique et social reste donc déterminant. « La politique grecque va dans la bonne direction, et nous observons par exemple qu’il n’y a pas autant de retours vers le Portugal », un autre pays européen frappé par la crise, souligne-t-il. Pourtant, malgré ces avancées, l’émigration grecque reste élevée : 7 % des Grecs résident à l’étranger, l’un des taux les plus élevés de l’OCDE, même si le phénomène ralentit.

Une génération qualifiée en quête de perspectives

Les chiffres montrent que les rapatriés sont majoritairement jeunes et diplômés. Près de 60 % des Grecs revenus dans leur pays ont entre 20 et 39 ans, et disposent d’un niveau d’études supérieur. Ce profil contraste avec celui des migrants économiques des années 2010, souvent moins qualifiés. Le gouvernement grec mise sur ce vivier de compétences pour relancer l’économie, notamment dans des secteurs comme la santé, les technologies ou l’ingénierie.

Cependant, des obstacles persistent. Selon le rapport de l’OCDE, plus de 15 % des rapatriés potentiels citent les bas salaires comme un frein majeur. D’autres évoquent le manque de méritocratie, le coût élevé de la vie ou encore la bureaucratie, jugée trop lourde. Lisa Andersson, co-autrice du rapport, note que « les réserves pour revenir en Grèce restent nombreuses ». Par exemple, 15 % des nouveaux docteurs grecs envisagent encore de s’installer à l’étranger, et ce chiffre atteint 25 % chez les professionnels de santé, des métiers essentiels pour le système de soins local.

Ces réticences s’expliquent en partie par le décalage entre les salaires pratiqués en Grèce et ceux proposés dans d’autres pays européens ou en Amérique du Nord. Si le gouvernement a abaissé les impôts pour les rapatriés, les rémunérations restent souvent inférieures à celles offertes ailleurs. De plus, l’accès à certains postes, notamment dans la recherche ou l’administration, peut être perçu comme trop politisé ou opaque par les jeunes diplômés.

Un phénomène contrasté en Europe du Sud

La Grèce n’est pas le seul pays européen à avoir connu une vague d’émigration massive après la crise des années 2010. Le Portugal, l’Espagne ou l’Italie ont également vu des milliers de leurs citoyens partir à l’étranger. Pourtant, le cas grec se distingue par l’ampleur du mouvement et la rapidité de son inversion. Comme le souligne Jean-Christophe Dumont, « nous observons qu’il n’y a pas autant de retours vers le Portugal ». Plusieurs facteurs expliquent cette différence : la taille du pays, la structure de son économie ou encore l’efficacité des mesures incitatives mises en place par Athènes.

D’autres pays du Sud de l’Europe tentent aujourd’hui de reproduire le modèle grec. L’Italie, par exemple, a lancé des programmes similaires pour attirer ses expatriés, notamment dans le domaine des technologies. Cependant, la Grèce bénéficie d’un avantage : une diaspora très active et bien organisée, notamment aux États-Unis et en Australie, qui sert de relais pour les retours. « Nous entretenons des liens étroits avec les communautés grecques à l’étranger, ce qui facilite les échanges et les opportunités », explique Niki Kerameus.

Pourtant, malgré ces atouts, le pays reste confronté à des défis structurels. Le rapport de l’OCDE souligne que l’émigration grecque, bien qu’en ralentissement, reste l’une des plus élevées de l’organisation. Les jeunes diplômés continuent de privilégier des destinations offrant des salaires plus attractifs et des perspectives de carrière plus stables. La question de la pérennité de ce mouvement de retour reste donc ouverte.

Et maintenant ?

Si la tendance actuelle se confirme, la Grèce pourrait poursuivre son rattrapage économique grâce à l’apport de compétences qualifiées. Les prochaines années seront déterminantes : les autorités devront maintenir les incitations fiscales et simplifier davantage les démarches administratives. Une échéance clé sera 2027, date à laquelle expirera la période de réduction d’impôt pour les rapatriés. D’ici là, la capacité du pays à offrir des salaires compétitifs et des opportunités professionnelles stables sera un test décisif pour consolider ce mouvement de retour.

Reste à savoir si cette dynamique suffira à compenser les pertes subies pendant la crise. Les défis sont nombreux : reconquérir les talents partis il y a dix ans, maintenir l’attractivité du pays sur le long terme, et garantir que les retours ne se transforment pas en un simple effet d’aubaine. Une chose est sûre : après des années d’exode, la Grèce écrit aujourd’hui une nouvelle page de son histoire économique.

Selon l’OCDE, les États-Unis, l’Australie, le Canada et plusieurs pays de l’Union européenne, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, accueillent la majorité des Grecs expatriés. Ces destinations concentrent à elles seules plus de 800 000 personnes nées en Grèce.

Parmi les mesures phares figurent la digitalisation des services publics, une réduction de l’impôt sur le revenu pendant sept ans pour les rapatriés, et la reconnaissance automatique des diplômes obtenus à l’étranger, notamment pour les médecins. Le gouvernement organise également des forums de recrutement dans les grandes villes étrangères où se trouvent des communautés grecques.