Depuis ce lundi 1er septembre 2026, plusieurs personnes vivant avec le VIH ont entamé une grève de la faim à Paris. Leur objectif ? Alerter sur les discriminations persistantes dont elles sont victimes et exiger une reconnaissance officielle de leur statut. Une action symbolique, selon les organisateurs, pour dénoncer ce que l’un d’eux qualifie de « véritable fléau social ».
D’après Franceinfo - Santé, cette mobilisation s’inscrit dans un contexte marqué par une recrudescence des actes de sérophobie en France. Plus de 170 000 personnes vivent avec le VIH dans le pays, selon les dernières estimations de Santé publique France. Pourtant, les préjugés et les exclusions restent monnaie courante, malgré les avancées médicales.
Ce qu'il faut retenir
- Une grève de la faim lancée le 1er septembre 2026 à Paris par des personnes séropositives pour dénoncer les discriminations.
- 170 000 personnes vivent avec le VIH en France, un chiffre qui rappelle l’ampleur de la maladie dans le pays.
- Les manifestants exigent une reconnaissance officielle de leur statut, affirmant que « les séropositifs ne sont pas malades ».
- Les organisateurs dénoncent une séphrophobie persistante, malgré les progrès médicaux.
- Cette action s’inscrit dans un mouvement plus large contre les idées reçues et les exclusions.
Des revendications claires : mettre fin aux discriminations
Les participants à cette grève de la faim, organisée devant la mairie du 3e arrondissement de Paris, réclament plusieurs mesures concrètes. Premièrement, ils demandent que l’État reconnaisse officiellement que « les personnes séropositives ne sont pas des malades chroniques », mais des individus pouvant mener une vie normale sous traitement. Deuxièmement, ils appellent à la création d’un statut juridique protecteur contre les discriminations liées à la séropositivité.
« On nous exclut des emplois, des logements, des relations sociales simplement parce qu’on est séropositifs », déclare Thomas D., l’un des porte-parole du mouvement, âgé de 34 ans. « Pourtant, avec les traitements actuels, une personne sous traitement efficace n’a plus de charge virale détectable. Autant dire qu’on ne représente plus aucun risque de transmission. »
Les organisateurs s’appuient sur des données récentes montrant que 60 % des personnes séropositives déclarent avoir déjà subi une forme de discrimination, selon une enquête de l’association AIDES publiée en 2025. Les secteurs les plus touchés ? Le milieu professionnel (recrutement, promotion) et les services publics (accès aux soins, administration).
Un mouvement soutenu par les associations, mais ignoré par les pouvoirs publics ?
Cette grève de la faim intervient alors que les associations de lutte contre le VIH multiplient les alertes depuis plusieurs mois. L’association AIDES, principale organisation française dans ce domaine, a déjà interpellé à plusieurs reprises le gouvernement sur la nécessité de renforcer la lutte contre la sérophobie. « Les discours publics et les politiques sanitaires ne reflètent pas la réalité vécue par les personnes concernées », souligne Camille S., responsable plaidoyer chez AIDES.
Pourtant, du côté des autorités, les réponses restent limitées. Le ministère de la Santé n’a, pour l’instant, pas réagi officiellement à cette mobilisation. Une absence de réaction qui interroge, alors que la France s’était engagée, en 2023, à atteindre les objectifs de l’ONUSIDA pour 2030, dont la fin des discriminations liées au VIH.
« Le gouvernement préfère fermer les yeux plutôt que de s’attaquer au problème de fond », dénonce Karim B., un autre gréviste de 42 ans. « Pourtant, avec une volonté politique claire, des mesures pourraient être prises rapidement, comme l’ajout d’une case « séropositivité » dans les formulaires administratifs pour lutter contre les discriminations systémiques. »
Un contexte sanitaire et social préoccupant
Cette mobilisation s’inscrit dans un paysage sanitaire et social déjà tendu. Malgré les progrès des trithérapies, qui permettent désormais aux personnes séropositives de vivre aussi longtemps que la population générale, les inégalités persistent. En 2025, une étude de l’Inserm révélait que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) restaient surreprésentés parmi les nouvelles infections, avec 45 % des nouveaux cas dans cette catégorie.
Côté social, la précarité touche particulièrement les personnes séropositives. Selon l’Observatoire des inégalités, 30 % des personnes vivant avec le VIH vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14 % pour la population générale. Un chiffre qui s’explique en partie par les difficultés d’accès à l’emploi et aux soins pour une partie de cette population.
« Le paradoxe est frappant : on nous dit que le VIH n’est plus une maladie mortelle, mais dans les faits, notre vie sociale et professionnelle reste marquée par des obstacles insurmontables », explique Élodie R., 29 ans, également en grève. « Comment voulez-vous qu’on se projette dans l’avenir quand on est systématiquement stigmatisé ? »
« Les séropositifs ne sont pas malades. Ils sont des citoyens à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres. » — Déclaration collective des grévistes
Cette mobilisation, bien que symbolique, rappelle que la lutte contre le VIH ne se limite pas à l’accès aux traitements. Elle passe aussi par une bataille contre les préjugés et les exclusions, encore trop présents dans la société française.
Reste à savoir si les pouvoirs publics entendront ce cri d’alarme, ou si les grévistes devront aller plus loin pour se faire entendre.
La sérophobie désigne l’ensemble des discriminations, préjugés et comportements hostiles envers les personnes séropositives. Cela peut prendre la forme de refus d’embauche, d’exclusion sociale, de moqueries ou encore de stigmatisation dans l’accès aux soins. Contrairement à d’autres formes de discrimination, elle est souvent liée à des idées reçues sur la transmission du VIH, alors même que les traitements actuels réduisent considérablement les risques.
En France, la sérophobie peut être sanctionnée au titre de la discrimination, punie par la loi. L’article 225-1 du Code pénal prévoit jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour une discrimination fondée sur l’état de santé. Cependant, les condamnations restent rares, en raison notamment des difficultés à prouver l’intention discriminatoire et du manque de plaintes déposées par les victimes.