Face à l’augmentation des risques d’incendies liée aux canicules répétées et au changement climatique, l’Office national des forêts (ONF) mène une réflexion approfondie sur l’adaptation des forêts méditerranéennes. Selon Franceinfo – Faits divers, cette démarche s’appuie sur des expérimentations menées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où des espèces d’arbres résistantes à la sécheresse et aux incendies sont testées pour façonner la forêt de demain.
Ce qu'il faut retenir
- La forêt domaniale de Castillon (Bouches-du-Rhône), ravagée par un incendie en 2020, sert de laboratoire pour observer la régénération naturelle des espèces comme le pin d’Alep et le chêne vert.
- Une pépinière expérimentale de l’ONF étudie des essences originaires d’Espagne et de France pour déterminer leur résistance à la sécheresse et aux canicules.
- Les chercheurs comparent les niveaux de stress hydrique subis par différents pins, avec des tests en conditions de sécheresse modérée et extrême.
- L’objectif est d’identifier les espèces les plus résilientes pour adapter les forêts méditerranéennes aux conditions climatiques futures, d’ici 50 à 100 ans.
- Cette initiative s’inscrit dans un projet européen impliquant plusieurs pays du pourtour méditerranéen, où les risques d’incendies sont particulièrement élevés.
Une forêt méditerranéenne en mutation
En 2020, la forêt domaniale de Castillon, située dans les Bouches-du-Rhône, a subi un incendie majeur qui a détruit une large partie de sa végétation. Six ans plus tard, l’ingénieur forestier Romain Bergeret, en poste à l’ONF, observe avec attention la repousse des jeunes arbres sur les zones touchées. « On a une régénération spontanée du pin d’Alep. Et ce qu’on peut observer aussi, c’est qu’on a aussi le chêne vert qui est reparti », explique-t-il. Cette résilience naturelle pose les bases d’une réflexion plus large sur la gestion des forêts à long terme.
La question centrale pour les experts est de savoir comment adapter ces écosystèmes aux conditions climatiques futures. « On va réfléchir à la façon dont on décline la gestion de nos forêts. On va regarder quelles espèces sont adaptées au climat qui fera dans 50 ans, dans 100 ans », précise l’ingénieur forestier. Une démarche qui s’inscrit dans un contexte où les canicules et les périodes de sécheresse deviennent de plus en plus fréquentes et intenses.
Des pépinières expérimentales pour tester la résilience
Pour concrétiser cette ambition, l’ONF s’appuie sur des pépinières expérimentales, comme celle située dans le sud de la France. Jean Ladier, responsable du pôle recherche et innovation à l’ONF, détaille la mission de ces structures : « On est là pour essayer d’aider la forêt au mieux et donc valoriser au mieux les possibilités qu’elle a déjà en elle et apporter des compléments quand ça ne nous paraît pas suffisant ». L’enjeu est de taille : préserver la biodiversité tout en garantissant la pérennité des forêts face aux aléas climatiques.
À la pépinière expérimentale, les chercheurs soumettent différentes essences à des tests de résistance. Jérôme Reilhan, responsable de l’unité, détaille les protocoles : « On a mis en stress des pins originaires d’Espagne et de France, et on va comparer leur résistance à un manque d’eau. On a plusieurs niveaux de sécheresse, on a deux niveaux de stress : un stress moyen et un stress fort ». Ces essais permettent d’évaluer quelles espèces pourront survivre et prospérer dans un climat plus sec et plus chaud.
Une coopération européenne pour des forêts méditerranéennes plus résilientes
Les défis posés par les incendies et les changements climatiques ne connaissent pas de frontières. C’est pourquoi l’ONF collabore avec des ingénieurs forestiers venus de plusieurs pays européens, notamment ceux du pourtour méditerranéen où les risques sont les plus élevés. Cette coopération permet de mutualiser les connaissances et les expériences pour identifier les meilleures pratiques en matière de gestion forestière adaptative.
Les résultats de ces expérimentations pourraient avoir des répercussions bien au-delà des frontières françaises. En effet, les forêts méditerranéennes jouent un rôle clé dans la lutte contre l’érosion des sols, la régulation du climat local et la préservation de la biodiversité. Leur adaptation est donc un enjeu majeur pour l’ensemble de la région.
Quels enseignements pour l’avenir ?
Les forêts méditerranéennes ne sont pas les seules à subir les effets du changement climatique. Partout en Europe, les écosystèmes forestiers doivent faire face à de nouveaux défis, qu’il s’agisse de la sécheresse, des incendies ou des attaques d’insectes. Les solutions mises en œuvre en France, comme la sélection d’espèces résistantes ou la gestion adaptative, pourraient inspirer d’autres régions confrontées à des enjeux similaires. Reste à voir si ces efforts suffiront à préserver les forêts face à l’ampleur des transformations en cours.
Les expérimentations portent principalement sur des pins originaires d’Espagne et de France, ainsi que sur des chênes verts. Ces espèces sont choisies pour leur capacité potentielle à résister à la sécheresse et aux canicules.
Les chercheurs estiment que les premiers enseignements pourraient être tirés d’ici deux à trois ans. Cependant, l’adaptation complète des forêts prendra plusieurs décennies, en raison de la lenteur de la repousse des arbres et des cycles de vie forestiers.