Le Festival international du film de Karlovy Vary, considéré comme le plus grand événement culturel de République tchèque, a officiellement lancé sa 60e édition ce week-end dans la station thermale de Karlovy Vary, selon Euronews FR. Cette manifestation, qui se tient jusqu’au 11 juillet, met à l’honneur des figures majeures du cinéma mondial, dont l’acteur Dustin Hoffman, récompensé pour l’ensemble de sa carrière.

Ce qu'il faut retenir

  • Le festival projette 200 films cette année, répartis en plusieurs compétitions et séances spéciales, dont 12 en compétition officielle et 12 en compétition Proxima.
  • Dustin Hoffman, Maggie Gyllenhaal, Juliette Binoche et d’autres stars seront présents pour recevoir le Globe de cristal ou saluer leur public.
  • Créé en 1946, le festival célèbre cette année son 80e anniversaire, bien qu’il n’en soit qu’à sa 60e édition en raison d’un partenariat historique avec Moscou.
  • Avec un budget de 10 millions d’euros, financé à 70 % par des sponsors privés, le festival mise sur l’accessibilité, avec des billets à moins de 3 euros.
  • En 2025, près de 128 000 billets ont été vendus pour 465 projections, attirant 10 000 visiteurs accrédités.

Parmi les invités d’honneur, on retrouve des acteurs emblématiques comme Maggie Gyllenhaal, Jesse Eisenberg, Juliette Binoche, Jeffrey Wright, Harvey Keitel, Kyra Sedgwick et Kevin Bacon. Le directeur de la photographie Robert Richardson sera également présent pour recevoir une distinction. Dustin Hoffman, figure incontournable du cinéma américain, se verra remettre un Globe de cristal pour sa contribution exceptionnelle au 7e art. Autant dire que cette 60e édition promet d’être un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles du monde entier.

Un festival né dans l’Europe divisée et toujours debout

Le Festival international du film de Karlovy Vary n’est pas seulement le plus grand événement culturel de République tchèque, c’est aussi le deuxième plus ancien festival de cinéma au monde, derrière la Mostra de Venise. Créé en 1946, il célèbre cette année son 80e anniversaire, bien qu’il n’en soit qu’à sa 60e édition. Ce décalage s’explique par une particularité historique : de 1959 à 1993, Karlovy Vary alternait chaque année avec Moscou pour organiser le seul festival de catégorie A du bloc de l’Est.

Le festival a survécu à des périodes difficiles, notamment sous le régime communiste le plus répressif des années 1950, puis après l’occupation soviétique de 1968 et la période de « normalisation » des années 1970-1980. Dans les années 1990Golden Golem, avait été lancé à Prague, mais n’a tenu que deux ans. C’est alors que l’acteur Jiří Bartoška, figure majeure du cinéma tchèque, a pris les rênes du festival aux côtés d’Eva Zaoralová, une spécialiste du cinéma. Leur objectif : relancer Karlovy Vary comme un événement incontournable, loin de Moscou.

« Une grande ville dilue le festival. À Karlovy Vary, vous êtes enveloppé par son architecture, que Corbusier décrivait comme un "ensemble de gâteaux art nouveau". À Prague, on peut penser : 'Il est trois heures, je vais nourrir les enfants et passer au pressing.' Pas à Karlovy Vary : ici, il faut être présent et parler de cinéma. »
— Jiří Bartoška, dans le documentaire Musíme to zarámovat ! (« Il faut que nous l’encadrions ! »)

Les débuts de cette nouvelle ère ont été chaotiques. Le ministre de la Culture de l’époque avait refusé tout soutien financier. Jiří Bartoška a dû signer un billet à ordre pour permettre au festival de se tenir. Une décision risquée, mais qui a payé : le festival a non seulement survécu, mais s’est imposé comme une vitrine du cinéma en Europe centrale. Kryštof Mucha, directeur exécutif du festival, explique cette réussite par le charisme de Bartoška : « L’élément décisif, c’est que Jiří Bartoška était un acteur tchèque très célèbre, proche de Václav Havel et Václav Klaus. Sa notoriété a attiré sponsors et investisseurs privés. »

Un modèle unique : accessibilité et passion pour le cinéma

Ce qui distingue Karlovy Vary des autres grands festivals, c’est son accessibilité. Ici, pas besoin d’être un professionnel ou un accrédité pour assister aux projections. Un billet coûte moins de 3 euros, et le public est invité à découvrir des œuvres venues du monde entier. Résultat : chaque année, des milliers de jeunes cinéphiles, surnommés les « backpackers », font le déplacement, souvent en dormant sous la tente dans des campings aménagés.

En 2025, le festival a enregistré 128 000 entrées pour 465 projections, avec 175 films au programme, dont 108 longs métrages de fiction, 23 documentaires et 44 courts métrages. Parmi les temps forts, 156 séances ont été introduites en personne par des délégations de réalisateurs. Kryštof Mucha résume l’esprit du festival : « Ce qui est particulier à Karlovy Vary, c’est que tout le monde peut venir et simplement acheter un billet. Vous n’avez pas besoin d’être réalisateur ou journaliste pour apprécier les films. »

Cette année, le public pourra découvrir 12 films en compétition officielle, 12 en compétition Proxima, ainsi que des séances spéciales. Au total, 200 œuvres seront projetées jusqu’au 11 juillet. Un programme varié, qui reflète la diversité du cinéma contemporain.

Une direction collégiale pour un festival en mutation

Le président du festival, Jiří Bartoška, s’est éteint avant l’édition 2024. Depuis, le festival est dirigé par un triumvirat composé de Kryštof Mucha (directeur exécutif), Karel Och (directeur artistique) et Petr Lintimer (directeur de production). Ensemble, ils gèrent un budget de 10 millions d’euros (250 millions de couronnes tchèques), financé à 70 % par des sponsors privés. Une originalité dans le paysage des festivals, où les subventions publiques dominent généralement. Kryštof Mucha précise : « Environ 20 % proviennent de l’État, 10 % de la ville et de la région, et le reste des partenaires privés. Dans d’autres festivals comparables, c’est l’inverse. »

Malgré ce modèle économique atypique, Karlovy Vary reste un symbole de résistance culturelle. Après des décennies de tensions politiques, puis une transition difficile dans les années 1990, le festival a su se réinventer. Aujourd’hui, il attire des stars internationales tout en restant ancré dans sa ville thermale, où l’architecture art nouveau et l’atmosphère chaleureuse en font un écrin unique pour le 7e art.

Et maintenant ?

La 60e édition de Karlovy Vary pourrait bien marquer un nouveau tournant pour le festival. Avec une programmation toujours plus éclectique et une politique d’accessibilité renforcée, l’événement pourrait continuer à attirer un public toujours plus large, notamment les jeunes cinéphiles. Les organisateurs devront cependant veiller à maintenir l’équilibre entre attractivité internationale et ancrage local, un défi relevé avec succès depuis plus de six décennies.

Alors que le festival se poursuit jusqu’au 11 juillet, une question reste en suspens : Karlovy Vary parviendra-t-il à conserver son âme unique, mêlant tradition et modernité, dans un paysage cinématographique de plus en plus concurrentiel ?

Le Globe de cristal est la principale récompense du Festival international du film de Karlovy Vary. Il distingue une personnalité pour sa contribution exceptionnelle au cinéma mondial, que ce soit pour l’ensemble de sa carrière ou pour une œuvre marquante. Des acteurs comme Dustin Hoffman, Harvey Keitel ou Juliette Binoche ont ainsi été honorés par ce prix.