« Je ne vous écris pas en tant que sympathisante. Je ne vous écris pas en tant qu’opposante. Je vous écris en tant que Colombienne qui aime profondément son pays. » Selon Courrier International, c’est par ces mots que la chanteuse de reggaeton Karol G, figure majeure de la culture colombienne, a adressé un message public au président élu Abelardo de la Espriella, le 28 juin 2026 sur X (ex-Twitter). À quelques semaines de son investiture prévue le 7 août, elle y appelle le futur chef de l’État à « gouverner pour tous », et non pour un parti ou une idéologie, en faisant preuve de « responsabilité ».

Ce qu'il faut retenir

  • Karol G, star colombienne de 35 ans, a publié un message sur X le 28 juin 2026 appelant le président élu Abelardo de la Espriella à « gouverner pour tous » et non pour un parti ou une idéologie.
  • L’artiste, qui n’a pas pris position lors des précédentes élections, a été perçue comme critiquant indirectement le candidat d’extrême droite, élu le 21 juin avec seulement 0,96 point d’écart face à Iván Cepeda.
  • Son intervention a relancé un débat sur la liberté d’expression, la polarisation politique et les limites de l’engagement public des personnalités influentes.
  • Abelardo de la Espriella a répondu en invitant Karol G à rejoindre sa « meute », tandis que Gustavo Petro a salué son appel à la fraternité tout en l’utilisant pour critiquer son adversaire.

Un message d’unité dans un pays profondément divisé

L’appel de Karol G intervient alors que la Colombie sort d’une campagne électorale marquée par une polarisation extrême entre Abelardo de la Espriella, avocat d’extrême droite, et Iván Cepeda, dauphin du président sortant Gustavo Petro. Selon Semana, cette élection a scindé le pays en deux moitiés presque égales, avec une différence de voix inférieure à un point (0,96 %). Dans ce contexte, le message de la chanteuse, perçu comme une invitation à l’apaisement, a rapidement trouvé un écho auprès de ses millions de fans en Colombie et à l’étranger.

Dans sa lettre, Karol G, surnommée « la Bichota », énumère les priorités qu’elle souhaite voir portées par le futur gouvernement : « les enfants qui méritent une éducation, les familles en difficulté économique, les paysans, les entrepreneurs, les jeunes et ceux qui ont perdu espoir en Colombie ». Pour El Tiempo, ce texte s’inscrit avant tout comme une « réflexion personnelle » sur la situation du pays, même si certains y voient une critique voilée envers le président élu, qu’elle n’avait pas soutenu lors des précédentes élections.

Une polémique qui dépasse le cadre artistique

Si Karol G a précisé ne pas vouloir « intervenir dans le débat politique », son message a nonetheless suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Certains internautes rappellent qu’elle n’avait pas pris position après l’élection de Gustavo Petro en 2022, premier président de gauche de l’histoire colombienne. Selon Putumayo Noticias, cette prise de parole relance un débat plus large sur « la liberté d’expression, la polarisation politique et la marge de manœuvre des personnalités publiques » dans un pays où les réseaux sociaux amplifient les clivages.

Le site d’analyse Tendencia Política souligne que l’importance de cet événement réside moins dans l’intervention de Karol G elle-même que dans la manière dont les deux principaux acteurs de la transition présidentielle ont réagi. Abelardo de la Espriella a répondu dès le lendemain en l’invitant à rejoindre sa « meute », une référence au surnom de « tigre » qu’il s’est choisi. « L’unité incarnée par la fonction présidentielle trouvera en moi son véritable sens : l’unité avec et pour le peuple », a-t-il déclaré.

Gustavo Petro saisit l’occasion pour critiquer son adversaire

De son côté, Gustavo Petro, dont le mouvement reste influent malgré la victoire de son rival, a salué l’appel de la chanteuse. « Je remercie Karol G pour sa conception démocratique et humaine de la vie, ainsi que pour la nécessité de la fraternité humaine », a-t-il affirmé. Mais il en a profité pour attaquer Abelardo de la Espriella, qu’il accuse de chercher à « déclencher une nouvelle violence fratricide ». « S’il la déclenche, personne ne sait comment cela finira », a-t-il prévenu avant d’appeler à une grande manifestation prévue le 20 juillet.

Iván Cepeda, candidat malheureux de la coalition de gauche, s’est pour sa part déclaré en « désobéissance civile » le 1er juillet, une posture qui illustre la tension persistante dans le pays. Selon El País América, ce discours s’inscrit dans une stratégie de mobilisation continue de l’opposition, même après la défaite électorale.

Les artistes colombiens pris dans la tourmente politique

Durant la campagne, plusieurs personnalités artistiques ont pris position publiquement, reflétant la division de la société colombienne. Le chanteur Feid, ancien compagnon de Karol G et figure majeure du reggaeton, avait apporté son soutien à Iván Cepeda. À l’inverse, des artistes comme Pipe Bueno, Ciro Quiñonez, Alzate et Francy avaient soutenu Abelardo de la Espriella dans une vidéo commune. La chanteuse Shakira, quant à elle, a choisi de ne pas s’exprimer, adoptant une position de neutralité dans ce contexte hautement clivant.

Un engagement public qui interroge les limites de la liberté d’expression

L’intervention de Karol G pose une question de fond : jusqu’où une personnalité publique, surtout lorsqu’elle est suivie par des millions de personnes, peut-elle s’exprimer sur des sujets politiques sans être accusée de partialité ? Selon Courrier International, son message a été immédiatement repris par les deux camps, montrant l’impact de son statut d’icône culturelle. Pourtant, comme le rappelle El Tiempo, elle avait clairement indiqué ne pas vouloir « intervenir dans le débat politique », mais simplement exprimer une « réflexion personnelle » sur l’avenir du pays.

Et maintenant ?

L’investiture d’Abelardo de la Espriella, prévue le 7 août 2026, s’annonce comme un moment charnière pour la Colombie. Si son discours d’unité semble répondre en partie aux attentes, les tensions persistantes et les réactions des deux camps politiques pourraient compliquer sa tâche. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer dans quelle mesure son gouvernement parviendra à incarner cette promesse de gouvernance « pour tous ». Une grande manifestation organisée par Gustavo Petro le 20 juillet pourrait, par ailleurs, donner le ton des mobilisations à venir.

Quoi qu’il en soit, l’appel de Karol G aura rappelé une évidence : dans un pays aussi divisé que la Colombie, les voix des artistes et des personnalités influentes pèsent bien au-delà de la scène culturelle. Leur engagement, même mesuré, peut influencer le débat public et rappeler aux dirigeants leurs responsabilités.

Karol G n’avait pas fait de déclaration publique lors de l’élection de Gustavo Petro en 2022. Certains internautes y voient une neutralité politique, tandis que d’autres estiment que son absence de soutien avait pu favoriser le candidat de gauche, élu pour la première fois à la présidence colombienne.

Abelardo de la Espriella s’est attribué le surnom de « tigre ». Dans sa réponse à Karol G, il a utilisé l’expression « rejoindre sa meute », une référence à cette image de prédateur, symbolisant selon lui une unité autour de ses valeurs.