La Chine poursuit son ambition de devenir leader mondial des énergies renouvelables avec un projet titanesque dans le désert de Kubuqi, en Mongolie intérieure. Selon Futura Sciences, les autorités chinoises y construisent un corridor solaire de près de 400 kilomètres de long et jusqu’à 5 kilomètres de large, surnommé la « Grande Muraille photovoltaïque ». Ce projet, à la fois énergétique et écologique, vise à produire une quantité colossale d’électricité tout en freinant l’avancée des dunes.

Ce qu'il faut retenir

  • Un corridor solaire de 400 km de long et jusqu’à 5 km de large est en construction dans le désert de Kubuqi, en Mongolie intérieure.
  • À terme, le projet devrait atteindre une puissance installée de 100 gigawatts, pour une production annuelle de près de 40 térawattheures d’électricité.
  • L’infrastructure vise aussi à lutter contre la désertification en limitant l’évaporation de l’eau et en freinant le déplacement des dunes.
  • Une partie du projet est déjà opérationnelle, comme la centrale de Junma, célèbre pour ses panneaux formant un cheval au galop.
  • Malgré son ambition, le chantier reste en partie tributaire du charbon, avec une centrale thermique associée pour garantir l’approvisionnement.

Un projet énergétique et écologique aux dimensions inédites

Installé dans le désert de Kubuqi, à la frontière entre la Mongolie intérieure et la Chine continentale, ce corridor photovoltaïque s’étendra sur près de 400 kilomètres le long de la limite nord du désert. Contrairement à ce que son nom suggère, il ne s’agit pas d’une seule centrale, mais d’un ensemble de parcs solaires développés par différents opérateurs. L’objectif affiché est double : produire une électricité abondante et ralentir l’expansion du désert, un phénomène qui touche plus de 17 % du territoire chinois.

Dès 2030, la « Grande Muraille photovoltaïque » devrait atteindre une capacité installée de 100 gigawatts, avec une production annuelle estimée à 40 térawattheures. Une quantité d’électricité équivalente à environ 9 % de la consommation annuelle de la France. Pour y parvenir, les autorités chinoises misent sur une succession de parcs, dont certains sont déjà en service, comme la centrale de Junma, dont les panneaux dessinent un cheval au galop, une réalisation primée au Guinness World Records.

Une avancée déjà visible, mais un chantier encore en cours

Les données officielles chinoises indiquaient fin 2025 plus de 10 gigawatts installés et près de 29 gigawatts supplémentaires en construction. Pourtant, les images satellites analysées par la Nasa fin 2024 ne révélaient que 5,4 gigawatts effectivement déployés sur l’ensemble du projet. Malgré ce décalage, le calendrier reste crédible au regard du rythme effréné de déploiement du solaire en Chine. En mai 2025, le pays a en effet ajouté 93 gigawatts de nouvelles capacités photovoltaïques en un seul mois.

Pour acheminer cette électricité vers les grands centres urbains, des lignes à très haute tension sont en cours de construction. Elles devraient permettre de transporter l’énergie produite sur près de 1 300 kilomètres, jusqu’à la mégarégion Pékin-Tianjin-Hebei, l’une des zones les plus industrialisées du pays.

Un rempart contre la désertification et les tempêtes de sable

Au-delà de sa fonction énergétique, le projet poursuit un objectif écologique majeur : lutter contre la désertification. En offrant une ombre au sol, les panneaux photovoltaïques réduisent l’évaporation de l’eau et favorisent le maintien de l’humidité. Les chercheurs ont déjà observé le retour de plusieurs espèces végétales autour des premières installations du désert de Kubuqi. « Les panneaux agissent comme une barrière naturelle », explique un chercheur cité par Futura Sciences, « en limitant le rayonnement direct, ils créent des microclimats plus favorables à la végétation ».

Autre bénéfice indirect, cette « muraille » devrait aussi servir de brise-vent, freinant le déplacement des dunes et réduisant les tempêtes de sable. Un atout non négligeable pour protéger le fleuve Jaune, menacé par l’ensablement. « Ce projet illustre parfaitement l’approche chinoise, où les infrastructures énergétiques sont conçues pour s’inscrire dans leur environnement », souligne un expert en énergies renouvelables.

Un compromis entre transition énergétique et sécurité d’approvisionnement

Pourtant, cette « Grande Muraille solaire » n’est pas entièrement verte. La plus grande centrale du corridor, située près d’Ordos, est couplée à une centrale à charbon. Ce choix reflète les défis actuels de la Chine, qui doit concilier son ambition de transition énergétique avec la nécessité de garantir un approvisionnement stable en électricité. « Nous sommes encore dans une phase de transition », reconnaît un responsable du projet. « Le solaire représente l’avenir, mais nous devons assurer une continuité de service, surtout dans les régions éloignées des grands réseaux. »

Ce compromis illustre les limites actuelles des énergies renouvelables dans un pays où la demande en électricité reste en forte croissance. Malgré tout, les autorités chinoises misent sur une accélération progressive du déploiement solaire, avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060.

Et maintenant ?

Le projet devrait entrer dans une phase de maturation d’ici 2027, avec la finalisation des premières sections du corridor. Les prochaines étapes incluent l’achèvement des infrastructures de transport d’électricité et l’extension des parcs solaires vers le sud du désert. Reste à voir si les objectifs de production seront atteints à temps, alors que les données récentes montrent un retard par rapport aux annonces initiales. Une chose est sûre : ce chantier, déjà visible depuis l’espace, pourrait devenir un symbole mondial de l’ingénierie verte chinoise.

En attendant, les observateurs s’interrogent sur la capacité de la Chine à concilier croissance économique, transition énergétique et préservation des écosystèmes. Un défi de taille, mais dont les premières retombées semblent déjà encourageantes.

Ce projet a deux objectifs principaux : produire une électricité abondante grâce au solaire et lutter contre la désertification en freinant l’avancée des dunes. Les panneaux limitent l’évaporation de l’eau et favorisent le retour de la végétation, tout en servant de brise-vent pour réduire les tempêtes de sable.