À l’heure où les taux d’intérêt restent élevés et où les placements classiques peinent à offrir des rendements attractifs, un produit financier médiéval fait son retour en force : le crédit lombard. Selon nos confrères du Figaro, cette solution, popularisée dès le XIIIe siècle par les banquiers italiens, consiste à emprunter de l’argent en mettant en garantie des actifs financiers. Contrairement aux pratiques d’antan, aujourd’hui, il s’agit moins de combler des dettes souveraines que de dynamiser un patrimoine. Les établissements bancaires et les fintechs le proposent de plus en plus souvent, séduits par son potentiel pour les investisseurs.
Ce qu'il faut retenir
- Origine historique : Le crédit lombard remonte au Moyen Âge, où les banquiers lombards — souvent originaires d’Italie mais pas exclusivement — finançaient les souverains européens, comme le roi Philippe le Bel, via des prêts gagés.
- Principe inchangé : Aujourd’hui, le produit reste basé sur le même mécanisme : un emprunt adossé à des titres ou à d’autres actifs comme garantie.
- Usage moderne : Les banques l’utilisent désormais pour permettre aux épargnants d’accroître leur patrimoine sans vendre leurs placements, tout en bénéficiant de liquidités.
- Popularité croissante : Un nombre croissant d’établissements, des banques traditionnelles aux néobanques, intègrent cette offre dans leur gamme de services financiers.
Des racines médiévales bien ancrées
Pour comprendre l’engouement actuel, il faut remonter au XIIIe siècle, lorsque les souverains européens, souvent à court d’argent, se tournaient vers les banquiers italiens. Parmi eux, des figures comme Albizzo et Musciato Guidi Dei Franzesi — surnommés Biche et Mouche — conseillaient le roi Philippe le Bel et structuraient ses financements. Leur spécialité ? Le prêt sur gage, une pratique qui a traversé les siècles. En France, en Belgique ou aux Pays-Bas, les « rues des Lombards » témoignent encore de cette époque où ces financiers itinérants armaient les particuliers en échange de collatéraux.
Selon le Figaro, cette méthode a survécu à l’épreuve du temps, évoluant pour s’adapter aux besoins contemporains. « Les banquiers médiévaux prêtaient à des souverains en difficulté, aujourd’hui, nous prêtons à des épargnants souhaitant optimiser leur patrimoine », explique un expert en gestion de patrimoine cité par le quotidien. Autant dire que le principe reste ancré dans l’histoire financière européenne.
Un outil moderne pour booster son épargne
Contrairement aux prêts traditionnels, le crédit lombard n’est pas conçu pour creuser un endettement excessif. Il permet à un investisseur de conserver ses actifs — actions, obligations, fonds d’investissement — tout en obtenant des liquidités. « On parle souvent d’un levier pour diversifier ses investissements ou financer un projet sans aliéner son capital », précise un conseiller en banque privée. Par exemple, un particulier détenteur d’un portefeuille boursier important peut emprunter jusqu’à 50 % ou 70 % de sa valeur en titres, selon les établissements.
Les conditions varient selon les banques. Certaines appliquent des taux d’intérêt compétitifs, tandis que d’autres exigent des frais de gestion ou des commissions. « Tout dépend de la qualité des actifs apportés en garantie », souligne un responsable d’une fintech spécialisée. Les profils éligibles incluent aussi bien les entrepreneurs que les cadres supérieurs ou les retraités disposant d’un patrimoine financier conséquent.
Qui propose ce type de crédit aujourd’hui ?
Les acteurs traditionnels ne sont pas les seuls à s’intéresser au crédit lombard. Les néobanques et les sociétés de gestion de patrimoine ont également intégré ce produit à leur offre. Parmi elles, on trouve des établissements comme Bunq, qui propose des solutions de crédit lombard via sa plateforme digitale. D’autres banques privées, à l’instar de Pictet ou Lombard Odier — dont le nom évoque directement l’héritage historique —, misent sur cette niche pour attirer une clientèle aisée.
« Ce produit séduit particulièrement les investisseurs souhaitant éviter de vendre leurs actifs en période de forte valorisation, tout en conservant leur exposition aux marchés », explique un analyste financier interrogé par le Figaro. Les montants empruntables peuvent varier de quelques milliers à plusieurs millions d’euros, selon la valeur des garanties présentées. Une flexibilité qui explique en partie son succès croissant.
Les risques à ne pas sous-estimer
Si le crédit lombard présente des avantages indéniables, il comporte aussi des risques, notamment liés à la volatilité des marchés. En cas de chute brutale de la valeur des actifs gagés, la banque peut exiger un remboursement anticipé ou une couverture supplémentaire. « C’est un produit qui exige une gestion rigoureuse du portefeuille », avertit un gestionnaire de fortune. Les frais associés — taux d’intérêt, commissions de gestion — peuvent également peser sur la rentabilité globale de l’opération.
Un autre point de vigilance concerne la fiscalité. Les intérêts payés sur le crédit lombard peuvent être déductibles sous certaines conditions, mais cela dépend du profil de l’emprunteur et de la législation en vigueur. « Il est essentiel de consulter un conseiller fiscal avant de se lancer », recommande un expert-comptable cité par le quotidien. Bref, si ce produit peut être un atout pour certains, il n’est pas adapté à tous les profils d’investisseurs.
Alors que les taux d’intérêt devraient rester élevés dans un avenir proche, le crédit lombard pourrait bien s’imposer comme une solution de choix pour les épargnants cherchant à concilier liquidité et préservation de leur patrimoine. Une chose est certaine : son histoire, vieille de plusieurs siècles, n’est pas prête de s’éteindre.
Les actifs éligibles incluent généralement les actions, les obligations, les fonds d'investissement et parfois les cryptomonnaies. Chaque établissement définit ses propres critères, mais la plupart exigent que les titres soient cotés et liquides.