Le Sénat a adopté dans la nuit du 29 au 30 juin un amendement controversé autorisant, à titre dérogatoire, le retour de deux insecticides pourtant interdits en France : l’acétamipride et un autre produit, tous deux classés parmi les néonicotinoïdes. Ce vote, obtenu par 183 voix contre 129, s’inscrit dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole, un texte initialement destiné à répondre aux crises répétées du secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • L’acétamipride, un néonicotinoïde toxique pour la biodiversité et potentiellement pour la santé humaine, est de nouveau autorisé sous conditions en France.
  • Le vote a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 juin 2026 au Sénat, avec 183 voix pour et 129 contre.
  • Cet amendement s’appuie sur une logique dérogatoire, permettant l’utilisation de produits pourtant interdits dans l’Hexagone mais autorisés dans d’autres pays européens.
  • L’acétamipride fait partie des pesticides visés par la loi Duplomb, du nom de l’ancienne ministre de l’Agriculture, et avait été retiré du marché français en raison de ses risques avérés.

Un retour encadré, mais qui suscite de vives critiques

Selon Reporterre, cet amendement, porté par la droite et les centristes, vise à répondre aux difficultés rencontrées par certains agriculteurs face aux ravageurs. L’acétamipride, classé comme toxique pour les abeilles et potentiellement dangereux pour l’homme en cas d’exposition prolongée, avait été interdit en France en 2018, avant d’être partiellement réautorisé dans certains contextes. Son retour, même sous conditions, divise profondément.

Les défenseurs de cette mesure mettent en avant la nécessité de protéger les cultures face à des pressions parasitaires croissantes, tandis que les écologistes et les scientifiques alertent sur les risques sanitaires et environnementaux. « Ce choix revient à ignorer les alertes des experts sur la toxicité de ces molécules », a réagi un porte-parole de l’association Générations Futures, cité par Reporterre. La mesure s’inscrit dans une logique de flexibilité réglementaire, mais au prix d’un affaiblissement des normes de protection.

Un texte qui s’inscrit dans une dynamique plus large de dérégulation

Ce vote s’ajoute à une série de décisions récentes visant à assouplir les règles environnementales pour le secteur agricole. Le projet de loi d’urgence agricole, dont ce texte est un volet clé, cherche à répondre à des crises récurrentes : sécheresse, baisse des rendements, pression des coûts. Pourtant, cette approche interroge sur l’équilibre entre urgence économique et préservation des écosystèmes.

Les néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, sont au cœur d’un débat européen depuis des années. Plusieurs États membres maintiennent leur autorisation, malgré les restrictions imposées par la Commission européenne. En France, leur réintroduction partielle avait déjà été actée en 2020 pour la betterave, avant d’être étendue à d’autres cultures. Aujourd’hui, ce nouveau texte pourrait élargir leur usage à d’autres filières.

Quelles conséquences pour les prochains mois ?

Plusieurs éléments restent à préciser avant l’entrée en vigueur définitive de cette mesure. Le gouvernement doit encore publier les arrêtés d’application, qui détailleront les conditions d’utilisation de l’acétamipride : doses maximales, cultures concernées, périodes d’application. Ces textes devraient être soumis à consultation publique, mais sans garantie d’un rejet possible.

Côté politique, ce vote illustre les tensions au sein de la majorité présidentielle, entre une frange pro-environnement et une aile plus libérale favorable à un assouplissement des règles. Le texte doit encore être examiné par l’Assemblée nationale, où des amendements pourraient être proposés pour restreindre ou encadrer davantage cette dérogation. La balle est désormais dans le camp des députés.

Et maintenant ?

La prochaine étape consistera en l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale, où les débats pourraient être vifs. Si le texte est adopté sans modification, les arrêtés d’application devraient être publiés d’ici la fin de l’été, permettant une entrée en vigueur des dérogations dès l’automne 2026. Reste à voir si les oppositions parlementaires ou les recours juridiques, déjà évoqués par certaines associations, parviendront à bloquer ou retarder cette mesure.

En attendant, les acteurs du monde agricole et les défenseurs de l’environnement restent en alerte. Pour les premiers, il s’agit d’un outil supplémentaire face à des défis économiques croissants. Pour les seconds, c’est une nouvelle reculade face à l’urgence écologique.

Pour l’heure, les arrêtés d’application n’ont pas encore été publiés. Selon les informations disponibles, la dérogation pourrait concerner plusieurs cultures, notamment les grandes cultures (céréales, oléagineux) et les cultures légumières, mais aucun détail officiel n’a été communiqué. Le texte mentionne uniquement une autorisation « sous conditions », sans préciser les filières visées.