Depuis plusieurs semaines, les autorités japonaises assistent, impuissantes, à une chute sans précédent du yen face au dollar américain. Selon Courrier International, le taux de change s’est établi à 162 yens pour 1 dollar le 30 juin 2026, un niveau inédit depuis 1986. « Jamais depuis trente-neuf ans, la valeur du yen n’a été aussi faible », a souligné la chaîne publique NHK.

Ce qu'il faut retenir

  • Le yen a atteint 162 yens pour 1 dollar le 30 juin 2026, un niveau historiquement bas.
  • Le gouvernement japonais a dépensé 11 730 milliards de yens (63 milliards d’euros) en interventions sur le marché des changes entre fin avril et fin mai sans succès.
  • Le yen a perdu la moitié de sa valeur en taux de change effectif réel depuis 1986, selon l’économiste Masahi Hashimoto.
  • La balance commerciale du Japon est déficitaire depuis cinq ans, avec un solde négatif de 2 650 milliards de yens (14 milliards d’euros) en 2025.
  • Les taux d’intérêt au Japon (1 %) restent bien inférieurs à ceux des États-Unis (3,75 %), favorisant la vente de yens.

Malgré des interventions massives sur le marché des changes, le yen continue de se déprécier. Entre le 28 avril et le 27 mai 2026, le gouvernement japonais a injecté 11 730 milliards de yens — soit l’équivalent de 63 milliards d’euros — pour tenter de soutenir la devise. Une stratégie qui n’a pas permis d’inverser la tendance, selon les données rapportées par Courrier International.

La situation est d’autant plus préoccupante que le yen a perdu près de la moitié de sa valeur en taux de change effectif réel depuis 1986. « À l’époque, l’économie japonaise était puissante, tout comme sa devise. Aujourd’hui, on assiste à un processus continu de dépréciation », a expliqué Masahi Hashimoto, chercheur à l’Institut pour les affaires monétaires internationales, dans les colonnes du Asahi Shimbun.

Cette faiblesse historique du yen, si elle profite aux touristes étrangers visitant le Japon, aggrave en revanche l’inflation et réduit le pouvoir d’achat des ménages japonais. L’archipel, largement dépendant des importations pour son énergie et son alimentation, voit ses coûts s’envoler. « Les prix des produits de base, comme les denrées alimentaires ou l’énergie, augmentent mécaniquement avec la dépréciation de la monnaie », précise un économiste interrogé par Courrier International.

Des taux d’intérêt et une politique budgétaire en cause

Plusieurs facteurs expliquent cette chute historique. D’abord, la différence des taux d’intérêt directeurs entre le Japon et les États-Unis. Avec un taux à 1 % au Japon contre 3,75 % aux États-Unis, les investisseurs privilégient le dollar pour ses rendements plus attractifs. « En achetant des dollars, ils espèrent des gains supérieurs à ceux offerts par les actifs en yens », explique la chaîne de télévision TBS.

À cela s’ajoute la politique économique de la Première ministre Sanae Takaichi. Celle-ci mise sur des mesures budgétaires expansionnistes pour relancer l’économie japonaise, dont la dette publique représente 250 % du PIB. Une stratégie qui inquiète les marchés, selon TBS. « Les investisseurs s’interrogent sur la capacité du gouvernement à financer ces réformes sans aggraver la dette, ce qui pèse sur la confiance dans la monnaie japonaise », précise la chaîne.

Un déclin structurel de l’économie japonaise

Au-delà des facteurs conjoncturels, les observateurs pointent un problème plus profond : la perte de compétitivité du Japon. Concurrencé par la Chine et affaibli par une crise démographique persistante, l’archipel ne domine plus les marchés comme par le passé. En 2025, sa balance commerciale est dans le rouge pour la cinquième année consécutive, avec un déficit de 2 650 milliards de yens (14 milliards d’euros), selon Nippon.com.

« Le Japon n’est plus la puissance exportatrice qu’il était dans les années 1980 », rappelle Masahi Hashimoto. « La dépréciation du yen reflète cette réalité : une économie en déclin relatif face à ses concurrents. » Cette tendance s’inscrit dans un contexte de ralentissement de la croissance et de vieillissement accéléré de la population, deux défis majeurs pour l’avenir du pays.

Un scénario à 200 yens pour 1 dollar envisagé

Après avoir atteint un pic historique fin juin, la chute du yen s’est légèrement ralentie. Le 3 juillet 2026, 1 dollar s’échangeait contre 161 yens. Une stabilisation temporaire qui ne suffit pas à rassurer les analystes. Plusieurs médias japonais évoquent désormais le risque d’un taux de 200 yens pour 1 dollar dans les mois à venir.

« Le gouvernement doit regarder la réalité en face : la faiblesse du yen appauvrit le pays », met en garde Takeshi Ueno, économiste cité dans une tribune publiée par Reuters. Une dépréciation supplémentaire aggraverait l’inflation importée et alourdirait la charge de la dette publique, déjà colossale.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios sont envisageables dans les prochains mois. Si la Banque du Japon (BoJ) maintient sa politique monétaire ultra-accommodante, la pression sur le yen devrait persister. À l’inverse, une hausse des taux d’intérêt au Japon pourrait freiner la dépréciation, mais risquerait de freiner davantage une croissance déjà atone. Les marchés attendent avec attention les prochaines réunions de la BoJ, prévues pour le 21 juillet et le 22 septembre 2026. Une intervention coordonnée avec les autres grandes banques centrales pourrait également être envisagée, bien que les précédentes tentatives aient échoué à inverser la tendance.

Pour l’heure, le gouvernement japonais n’a pas communiqué de mesures supplémentaires pour soutenir la devise. La question reste entière : le Japon parviendra-t-il à stabiliser sa monnaie sans sacrifier sa croissance ou à trouver un équilibre entre relance économique et confiance des marchés ?

Plusieurs facteurs expliquent cette dépréciation historique : la différence de taux d’intérêt entre le Japon (1 %) et les États-Unis (3,75 %), la politique budgétaire expansionniste du gouvernement Sanae Takaichi, et la perte de compétitivité structurelle de l’économie japonaise face à la Chine et à d’autres concurrents.

Une dépréciation supplémentaire aggraverait l’inflation importée, réduirait le pouvoir d’achat des ménages et alourdirait la dette publique, déjà à 250 % du PIB. Les entreprises japonaises, dont les coûts de production dépendent en partie des importations, verraient aussi leur compétitivité se dégrader.