Conçu au Ve siècle avant notre ère sous l’impulsion de Périclès, le Parthénon incarne l’apogée de l’art et de l’architecture athéniens. À l’intérieur comme à l’extérieur de ce temple dédié à Athéna, des sculptures exceptionnelles ornaient l’édifice, dont les célèbres frises aujourd’hui au cœur d’un différend entre la Grèce et le Royaume-Uni. D’après nos confrères du Figaro, ces marbres, dispersés entre Londres et Athènes, illustrent les enjeux culturels et politiques d’un patrimoine disputé depuis près de deux siècles.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois ensembles décoratifs composent les marbres réclamés par Athènes : la frise des Panathénées (160 mètres de long), les métopes (scènes mythologiques) et les frontons (représentant la naissance d’Athéna et sa querelle avec Poséidon).
  • Sur les 94 panneaux de la frise encore existants, 56 sont conservés au British Museum et 36 à Athènes.
  • Les 92 métopes d’origine sont réparties entre les deux capitales : 39 à Athènes et 15 à Londres.
  • Seuls 17 fragments des frontons subsistent aujourd’hui, tous entreposés à Londres.
  • Le partage actuel résulte d’un accord controversé conclu en 1802 par Lord Elgin, alors ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman.

Un chef-d’œuvre de l’Antiquité au cœur d’une polémique

Érigé entre 447 et 432 avant J.-C., le Parthénon fut conçu comme un symbole de la puissance athénienne sous le règne de Périclès. Ses architectes, Ictinos et Phidias, ont imaginé un édifice où chaque détail — des colonnes aux sculptures polychromes — célébrait la déesse Athéna. Au sein du naos trônait une statue chryséléphantine, aujourd’hui disparue, mais dont les descriptions évoquent un chef-d’œuvre mêlant or, ivoire et bois. Comme le rapporte le Figaro, les frises, métopes et frontons, autrefois colorés, illustrent des scènes mythologiques et religieuses, témoignages exceptionnels de la civilisation grecque antique.

C’est dans ce contexte que les marbres, dispersés depuis le début du XIXe siècle, cristallisent aujourd’hui les tensions entre deux nations. La Grèce réclame depuis quatre décennies le retour des œuvres, tandis que le British Museum défend leur légitimité, invoquant leur préservation et leur accessibilité au public.

La frise, les métopes et les frontons : des œuvres aux destins divergents

La frise des Panathénées, longue de 160 mètres, court à l’intérieur du péristyle du Parthénon. Elle représente la procession des Panathénées, fête annuelle en l’honneur d’Athéna. Sur les 115 panneaux sculptés qu’elle comptait à l’origine, seuls 94 subsistent aujourd’hui. Parmi eux, 56 sont conservés à Londres, contre 36 en Grèce. Leur état de conservation, protégé par leur emplacement peu accessible, en fait l’un des ensembles les plus intacts du temple.

Les métopes, situées au-dessus des colonnes extérieures, comptent parmi les pièces les plus emblématiques. Elles dépeignent des combats mythiques, comme celui des Centaures contre les Lapithes lors du mariage de Peirithoos. Sur les 92 métopes originales, 39 ont été rapatriées à Athènes, tandis que 15 sont exposées à Londres. Ces hauts-reliefs, séparés par des triglyphes, illustrent la virtuosité des sculpteurs antiques dans la représentation du mouvement et de la violence.

Les frontons, eux, racontent les origines d’Athéna. Ceux de l’est figuraient probablement sa naissance, sortie de la tête de Zeus, tandis que ceux de l’ouest montraient sa querelle avec Poséidon pour le contrôle de l’Attique. Sur les 17 statues des frontons encore existantes, toutes sont conservées au British Museum. Ces pièces, très endommagées, offrent pourtant un aperçu unique de l’iconographie religieuse de l’époque.

Un partage inégal issu d’une transaction controversée

Le partage actuel des marbres résulte d’un accord conclu en 1802 entre Lord Elgin, ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman, et les autorités turques alors maîtresses de la Grèce. Elgin obtint l’autorisation d’emporter des sculptures du Parthénon, officiellement pour les protéger des dégradations, mais aussi pour enrichir ses collections. D’après le Figaro, ces marbres furent ensuite vendus au British Museum en 1816, où ils sont exposés depuis.

Ce transfert, longtemps considéré comme un pillage par les Grecs, reste au cœur du débat. La Grèce, qui n’a jamais reconnu la légitimité de cette transaction, demande leur restitution depuis les années 1980. Londres, de son côté, insiste sur le rôle du musée dans la préservation et la diffusion mondiale de ces œuvres. Selon nos confrères, environ 50 % des sculptures originales ont survécu jusqu’à aujourd’hui, un chiffre qui souligne à la fois la fragilité de ce patrimoine et l’importance de sa protection.

Et maintenant ?

Le dialogue entre Athènes et Londres se poursuit, mais aucun accord concret n’a encore abouti. Les négociations, menées sous l’égide de l’UNESCO, butent sur des questions juridiques et éthiques. La Grèce mise sur une solution négociée, tandis que le British Museum défend le principe d’un partage international. Reste à voir si un compromis pourra être trouvé d’ici les prochaines années, notamment dans le cadre des commémorations des 250 ans de l’indépendance grecque, prévues en 2028.

Ce conflit illustre plus largement les enjeux de la restitution des biens culturels, un dossier qui touche de nombreux musées européens. Entre respect du droit international et préservation du patrimoine, la question reste entière : qui peut légitimement revendiquer la propriété de ces chefs-d’œuvre, et dans quel but ?

La Grèce considère ces marbres comme un élément indissociable du Parthénon et de son histoire. Leur retour symboliserait la restitution d’un patrimoine spolié, selon Athènes. Le British Museum, en revanche, argue que ces œuvres ont été acquises légalement et qu’elles bénéficient d’une meilleure conservation à Londres.