Une économie robuste ne repose pas uniquement sur quelques usines emblématiques, mais sur la densité et la diversité de son tissu productif, soulignent Arnaud Florentin et Élisabeth Laville, consultants au sein du cabinet Utopies, dans une tribune publiée par Le Monde - Politique.

Selon nos confrères du Monde - Politique, les auteurs rappellent que la souveraineté économique de la France passe avant tout par une meilleure interconnexion entre les territoires. L'autonomie stratégique de l'Hexagone dépend ainsi moins de grands sites industriels isolés que de la capacité de chaque région à tisser des liens productifs et innovants. Arnaud Florentin et Élisabeth Laville y voient même un levier essentiel pour réduire les dépendances extérieures.

Ce qu'il faut retenir

  • L'interdépendance des régions est présentée comme un atout majeur pour renforcer la souveraineté économique de la France.
  • Arnaud Florentin et Élisabeth Laville, du cabinet Utopies, en font le cœur de leur tribune publiée par Le Monde - Politique.
  • La diversité et la densité du tissu productif local sont jugées plus déterminantes que la présence d'usines emblématiques isolées.
  • Cette approche vise à limiter les dépendances stratégiques de la France vis-à-vis de l'étranger.

Une stratégie économique fondée sur les synergies territoriales

Pour Arnaud Florentin, coauteur de la tribune, « une économie robuste repose moins sur quelques usines emblématiques que sur la densité et la diversité de son tissu productif ». Il précise que ces synergies permettent de mutualiser les ressources, les savoir-faire et les infrastructures, créant ainsi une résilience collective. Élisabeth Laville, sa co-signataire, ajoute que cette logique favorise également l'émergence de filières locales intégrées, moins vulnérables aux chocs externes.

Les deux experts citent en exemple les régions qui ont su développer des écosystèmes industriels variés, comme l'Auvergne-Rhône-Alpes avec ses pôles technologiques et son agriculture intensive, ou encore la Nouvelle-Aquitaine, où cohabitent industries aéronautiques et agroalimentaires. Selon eux, ces modèles prouvent que la compétitivité ne se décrète pas au niveau national, mais se construit « à l'échelle des territoires ».

La souveraineté économique, un enjeu de coordination plus que d'autarcie

Florentin et Laville rejettent l'idée d'une autonomie absolue des régions, qui serait contre-productive. « Il ne s'agit pas de fermer les frontières économiques, mais de renforcer les capacités de production et d'innovation sur l'ensemble du territoire », expliquent-ils. Leur tribune insiste sur le rôle des pouvoirs publics dans la coordination de ces dynamiques locales, via des politiques industrielles décentralisées et des investissements ciblés.

Ils rappellent que la France dispose déjà d'atouts majeurs : un réseau dense d'établissements publics comme les pôles de compétitivité ou les clusters, ainsi qu'un maillage territorial unique en Europe. Leur propos s'inscrit dans un contexte où les chaînes d'approvisionnement mondiales sont de plus en plus fragilisées, poussant les États à repenser leur modèle économique. Pour les deux consultants, l'enjeu est désormais de « passer d'une logique de dépendance à une logique de complémentarité intelligente ».

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient être marquées par la mise en place de dispositifs concrets pour renforcer ces synergies régionales. Des discussions sont attendues lors des prochains conseils économiques régionaux, notamment sur le financement de projets transversaux. Reste à voir si l'État central acceptera de déléguer davantage de moyens aux collectivités, ou si les initiatives resteront à l'initiative des acteurs locaux. Une chose est sûre : la question de l'autonomie économique sera au cœur des débats lors des élections régionales de 2028.

Interrogés sur les freins possibles à cette transition, Florentin et Laville pointent les inégalités de développement entre les territoires et la nécessité de former massivement aux métiers d'avenir. « La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit pas à pas », concluent-ils, appelant à une mobilisation collective des entreprises, des universités et des institutions.