En Seine-Saint-Denis, une professeure de français utilise l’univers des légendes enfantines pour aborder des sujets aussi graves que l’inceste ou les violences intrafamiliales. Lucile Novat, autrice et enseignante, puise dans le répertoire des contes pour proposer une approche pédagogique et littéraire de ces questions, selon Libération.

Ce choix, loin d’être anodin, s’inscrit dans une volonté de rendre accessible un sujet souvent tabou. Lucile Novat, dont les œuvres mêlent fiction et réalité sociale, s’appuie sur des récits traditionnels pour en détourner le sens et en faire un outil de résilience. « Les contes permettent d’aborder des thèmes lourds sans braquer le lecteur, explique-t-elle. Ils offrent une porte d’entrée pour parler de choses que l’on n’oserait pas aborder autrement », a-t-elle précisé à Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • Lucile Novat, professeure de français en Seine-Saint-Denis, utilise les légendes enfantines pour aborder l’inceste et les violences intrafamiliales.
  • Son approche consiste à détourner les contes traditionnels pour en faire un outil pédagogique et littéraire.
  • Elle s’appuie sur des récits connus pour faciliter l’échange sur des sujets sensibles.
  • Son travail s’inscrit dans une démarche à la fois éducative et artistique.

Originaire de Seine-Saint-Denis, Lucile Novat enseigne depuis plusieurs années dans des établissements scolaires où les enjeux sociaux et familiaux sont souvent prégnants. Son expérience en tant que professeure lui a permis de constater l’importance d’outils adaptés pour aborder des thèmes comme l’inceste avec des élèves. « Dans les quartiers populaires, ces sujets restent souvent tus, souligne-t-elle. Les contes, parce qu’ils sont universels, permettent de briser la glace ».

Son dernier roman, « L’Oiseau de cendre », publié en 2025, illustre cette démarche. L’œuvre raconte l’histoire d’une jeune fille confrontée à des violences au sein de sa famille, en s’inspirant de motifs tirés des contes de Grimm ou de Perrault. « Je ne voulais pas écrire un récit moralisateur, indique l’autrice. J’ai choisi de mêler réalisme et onirisme pour que le lecteur puisse s’identifier sans être submergé ».

Lucile Novat n’est pas la première à explorer cette voie. D’autres auteurs, comme Leïla Slimani ou Marie Darrieussecq, ont également utilisé la fiction pour traiter de violences sexuelles ou de traumatismes. Cependant, son approche par le prisme des contes la distingue. « Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont les récits traditionnels peuvent être détournés pour servir une cause moderne », a-t-elle confié à Libération.

Ses interventions en milieu scolaire et ses ateliers d’écriture montrent l’impact de sa méthode. Certains enseignants en Seine-Saint-Denis ont déjà adopté ses livres en classe, soulignant leur utilité pour ouvrir le dialogue. « Les élèves réagissent souvent avec surprise, puis avec soulagement, raconte-t-elle. Ils découvrent que ces histoires qu’ils connaissent par cœur peuvent parler de leur propre réalité ».

Et maintenant ?

Lucile Novat prépare actuellement une tournée dans des collèges et lycées d’Île-de-France pour présenter son travail et animer des discussions autour de ses livres. Une publication de son prochain roman, prévu pour l’automne 2026, est également annoncée. Son objectif reste inchangé : utiliser la littérature comme un levier pour briser les silences et sensibiliser, notamment les plus jeunes, à des enjeux de société cruciaux.

Pour l’autrice, l’enjeu dépasse la simple publication. Elle espère que son approche inspirera d’autres enseignants ou écrivains à explorer des méthodes similaires pour aborder des sujets complexes avec des publics variés. « La littérature a ce pouvoir-là : celui de rendre tangible l’indicible », a-t-elle conclu.

Selon l’autrice, les contes offrent une porte d’entrée universelle pour traiter de sujets sensibles. Leur dimension onirique permet d’aborder des réalités douloureuses sans braquer le lecteur, tout en facilitant l’identification et le dialogue, notamment avec des publics jeunes.