Alors que les tensions commerciales entre l'Union européenne et la Chine s'intensifient depuis plusieurs mois, Bruxelles fixe une échéance à octobre pour obtenir des « résultats concrets » de la part de Pékin, sous peine de mesures plus strictes. Cette annonce a été formulée par le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, dans un entretien exclusif accordé à Euronews FR, ce mercredi 2 septembre 2026. « Des résultats concrets doivent être apportés d'ici octobre », a-t-il insisté, précisant que l'absence de progrès tangibles pourrait entraîner un durcissement du ton de la part de l'UE.
Ce qu'il faut retenir
- L'UE exige de la Chine des résultats concrets d'ici octobre sous peine de mesures commerciales plus sévères, selon le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič.
- Une visioconférence entre le responsable du commerce de l'UE et son homologue chinois, Wang Wentao, est prévue à la mi-septembre pour tenter de faire avancer les discussions.
- Tous les pays de l'UE enregistrent désormais un déficit commercial vis-à-vis de la Chine, un déséquilibre que Bruxelles cherche à corriger.
- La Commission européenne a déjà lancé plusieurs enquêtes cet été sur des produits chinois suspects de pratiques commerciales déloyales.
- L'UE prépare un « instrument de diversification » conçu pour réduire la dépendance commerciale vis-à-vis de la Chine.
- Les secteurs sensibles comme l'automobile, les dispositifs médicaux et les produits agroalimentaires sont au cœur des négociations.
Šefčovič a souligné que les enjeux dépassent le simple cadre commercial. « C'est hautement politique », a-t-il confié, expliquant que l'avenir de l'industrie européenne est en jeu. Les dirigeants européens, insiste-t-il, ne veulent plus se contenter de promesses : ils exigent des preuves tangibles de la volonté de Pékin de rééquilibrer leurs échanges. « Le dialogue n'est efficace que s'il produit des résultats », avait d'ailleurs rappelé la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lors d'un forum économique en France en début de semaine.
Les prochaines semaines s'annoncent décisives. Une visioconférence est prévue à la mi-septembre entre Šefčovič et son homologue chinois, Wang Wentao, alors que les deux parties tentent de finaliser un accord avant l'échéance d'octobre. L'UE attend de Pékin qu'il réduise son excédent commercial record, un déséquilibre qui touche désormais tous les États membres de l'Union. « Ils veulent voir la direction prise. Ils veulent même disposer d'un concept pour la résolution de ce problème, d'un projet pilote », a expliqué le commissaire européen, évoquant l'unité retrouvée des 27 sur les objectifs de négociation.
L'UE prépare des mesures de rétorsion en cas d'échec
Si les discussions n'aboutissent pas, Bruxelles n'exclut pas de recourir à des instruments de défense commerciale. Šefčovič a indiqué que l'UE finalise actuellement un « instrument de diversification » spécifiquement conçu pour réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine. « J'essaie d'y parvenir par ces négociations, mais elles doivent nous apporter des résultats très concrets. Sinon, il y aura bien sûr un fort mouvement politique pour réclamer des mesures plus dures », a-t-il prévenu. Ces mesures pourraient prendre la forme de droits de douane ciblés, de quotas ou de restrictions sur certains secteurs stratégiques.
La tension entre les deux blocs s'est accrue depuis que la Commission européenne a introduit plusieurs mesures limitant l'accès des entreprises chinoises au marché européen. Pékin a réagi en brandissant des menaces de représailles, plongeant Bruxelles et Pékin au bord d'une guerre commerciale. Un groupe de responsables européens s'est rendu à Pékin ces derniers jours pour tenter de désamorcer la crise. Ils devraient rentrer en Europe dès jeudi pour faire un point détaillé avec leurs collègues.
Des enquêtes renforcées sur les pratiques commerciales chinoises
Malgré la sensibilité des négociations, la Commission européenne a lancé cet été plusieurs enquêtes visant des produits chinois suspects de pratiques commerciales déloyales. Von der Leyen a confirmé que ces investigations avaient été « significativement renforcées », une manière pour l'UE de montrer sa détermination à protéger ses industries. Ces enquêtes pourraient aboutir à des sanctions commerciales contre certains produits, notamment dans les secteurs de l'automobile, des dispositifs médicaux et des produits agroalimentaires — trois domaines jugés particulièrement sensibles par Bruxelles.
Šefčovič a reconnu que l'obtention d'un meilleur accès au marché chinois pour les entreprises européennes ne se ferait pas en quelques semaines. « C'est une question qui demandera clairement plus de temps qu'entre aujourd'hui et octobre », a-t-il concédé. Cependant, il a insisté sur l'importance d'avoir, d'ici octobre, « une sorte de preuve de faisabilité ». Autrement dit, un accord cadre qui permettrait d'entamer une seconde phase de discussions sur sa mise en œuvre concrète. « Il faut disposer des grandes lignes d'un accord pour passer à l'étape suivante », a-t-il expliqué.
Alors que l'UE et la Chine s'affrontent sur le terrain commercial, les discussions s'annoncent donc décisives dans les semaines à venir. L'enjeu n'est pas seulement économique, mais aussi stratégique : il s'agit de redéfinir les règles d'un partenariat devenu déséquilibré. L'UE mise sur la fermeté et l'unité de ses 27 États membres pour faire plier Pékin, mais le temps presse.
Les secteurs les plus sensibles sont l'automobile, les dispositifs médicaux et les produits agroalimentaires. Ces domaines font l'objet d'enquêtes renforcées de la part de la Commission européenne en raison de soupçons de pratiques commerciales déloyales de la part des entreprises chinoises.