« On doit protéger les consommateurs, et les protéger, c’est interdire ces plateformes », a affirmé mardi 1er septembre 2026 Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, sur les ondes de Franceinfo. Ses propos interviennent alors que le nouveau malus sur l’ultra fast-fashion, entré en vigueur ce même jour, alourdit l’écocontribution payée par les fabricants de vêtements pour financer la collecte, le tri et le recyclage des textiles usagés.
Ce qu'il faut retenir
- Un malus fiscal augmente le coût des produits des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress, afin de freiner leur consommation, selon Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin.
- Ce malus vise à financer le recyclage des vêtements, mais aussi à réfréner la surconsommation, jugée dangereuse pour les consommateurs et l’environnement.
- Yann Rivoallan a explicitement réclamé l’interdiction de ces plateformes, tout en reconnaissant que cette mesure n’est pas envisageable immédiatement.
- Le malus s’ajoute à l’écocontribution existante, déjà acquittée par les fabricants, pour un montant qui reste à préciser selon les cas.
- La Fédération dénonce la vente de produits de mauvaise qualité, voire dangereux, sur ces plateformes, ciblant particulièrement les populations les plus fragiles.
- Cette mesure s’inscrit dans un contexte plus large de régulation de la mode, jugée trop polluante et encourageant une consommation excessive.
Un malus pour limiter l’impact de l’ultra fast-fashion
Depuis ce 1er septembre 2026, les plateformes d’ultra fast-fashion comme Shein, Temu ou AliExpress voient leurs produits soumis à un malus fiscal. Concrètement, ce dispositif augmente l’écocontribution déjà payée par les fabricants pour chaque vêtement vendu. Comme l’explique Yann Rivoallan, cette contribution sert principalement à financer la collecte, le tri et le recyclage des textiles usagés, un enjeu majeur dans un secteur où seulement 30 % des vêtements sont recyclés en France, selon les chiffres de l’ADEME.
Ce malus, intégré à la loi Climat et Résilience de 2021, vise à rendre ces produits moins accessibles financièrement. « La seule façon qu’on a trouvée, pour l’instant, c’est de mettre en place un malus qui va augmenter le prix et donc réfréner un peu le consommateur », a-t-il déclaré. Pour lui, cette mesure doit permettre de modifier les habitudes de consommation dans un secteur où la mode est jugée trop polluante.
Shein, Temu et AliExpress dans le viseur des professionnels
Yann Rivoallan n’a pas caché sa volonté de voir ces plateformes disparaître du marché français. « On a une partie de la population qui surconsomme, qui s’appauvrit (...) et qui se retrouve à acheter sur Shein des produits de merde qui sont dangereux pour elle », a-t-il critiqué. Selon lui, ces plateformes vendent des vêtements de mauvaise qualité, parfois dangereux pour la santé, et contribuent à une logique de surconsommation néfaste pour les consommateurs comme pour l’environnement.
Cependant, il a reconnu qu’une interdiction immédiate n’est pas réalisable. « On ne peut pas faire comme par exemple avec le bœuf qui vient du Brésil, il n’arrive pas en masse », a-t-il comparé. « On ne peut pas arrêter tous ces produits d’un coup ». Cette prudence s’explique par la difficulté à contrôler l’ensemble des flux de produits importés, notamment via des plateformes en ligne difficiles à réguler.
Un secteur en tension face à la fast-fashion
Le secteur du prêt-à-porter féminin est en première ligne face à la montée en puissance de l’ultra fast-fashion. Ces plateformes, qui proposent des vêtements à des prix dérisoires et avec des délais de livraison ultra-rapides, ont bouleversé les codes du marché. Selon la Fédération française du prêt-à-porter féminin, elles représentent aujourd’hui plus de 10 % des ventes de vêtements en France, un chiffre en constante augmentation depuis 2020.
Face à cette concurrence, les acteurs traditionnels du secteur dénoncent une distorsion de concurrence. « La mode est polluante et donc on doit mieux consommer la mode », a rappelé Yann Rivoallan. « On doit moins acheter des vêtements qu’on en a acheté il y a 20 ans ». Pour lui, la régulation passe autant par des mesures fiscales que par une prise de conscience collective des consommateurs.
Quelles conséquences pour les consommateurs ?
Le malus devrait entraîner une hausse des prix des produits vendus sur ces plateformes. Si cette mesure vise à protéger les consommateurs, elle pourrait aussi avoir des effets pervers. Certains craignent que les prix des vêtements ne deviennent inaccessibles pour les ménages les plus modestes, déjà touchés par l’inflation. D’autres s’interrogent sur l’efficacité réelle du malus, certains consommateurs pouvant se tourner vers des alternatives encore moins chères.
Par ailleurs, la Fédération française du prêt-à-porter féminin a appelé à une refonte plus globale de la fiscalité du secteur. « Ce n’est pas une solution miracle », a souligné Yann Rivoallan. « Mais c’est un premier pas ». Il a également plaidé pour une meilleure information des consommateurs sur l’impact environnemental et social de leurs achats, afin de les inciter à privilégier des produits durables et locaux.
Enfin, cette mesure s’inscrit dans un contexte plus large de régulation européenne. La Commission européenne travaille actuellement sur un règlement visant à limiter l’impact environnemental de la fast-fashion, avec des propositions attendues d’ici fin 2026. La France pourrait servir de laboratoire pour ces nouvelles règles.
Yann Rivoallan a indiqué que la Fédération poursuivra ses actions pour sensibiliser les pouvoirs publics et les consommateurs. « On ne lâchera rien », a-t-il conclu. « Il faut que la mode redevienne un plaisir, pas une addiction ».