La disparition progressive du jeu vidéo physique s’accélère dans l’industrie, et Sony pourrait bientôt rejoindre Microsoft dans cette tendance. Selon Frandroid, le géant japonais Nintendo reste-t-il le dernier rempart à cette évolution majeure du secteur ?

Ce qu'il faut retenir

  • Sony a annoncé la fin prochaine de la production des jeux physiques sur sa plateforme PlayStation, une décision attendue pour 2027.
  • Microsoft n’a pas encore officialisé sa stratégie, mais des rumeurs persistantes évoquent un abandon similaire dans les années à venir.
  • Nintendo, avec ses consoles Switch et Switch 2, maintient une forte dépendance aux supports physiques, représentant encore plus de 40 % de ses ventes en 2025.
  • Le marché du jeu physique a reculé de 23 % en Europe entre 2020 et 2024, selon les données de l’ISFE (Interactive Software Federation of Europe).
  • Les consommateurs attachés à la possession physique, notamment en Asie, pourraient freiner cette transition pour Nintendo.

Sony et Microsoft tournent la page du jeu physique

L’industrie du jeu vidéo vit une mutation sans précédent. Sony, via son PDG Jim Ryan, a confirmé en juin 2026 que la production des disques physiques pour PlayStation serait progressivement stoppée dès 2027. Une décision justifiée par la baisse constante de la demande, désormais inférieure à 15 % des ventes totales du groupe. Microsoft, de son côté, n’a pas encore communiqué officiellement, mais plusieurs analystes, dont ceux de Newzoo, estiment que le groupe pourrait suivre une trajectoire similaire d’ici 2028 ou 2029. Les raisons ? Les coûts logistiques élevés et l’essor des abonnements cloud comme le Game Pass, qui privilégient le téléchargement.

Cette tendance s’inscrit dans une logique économique globale. Les fabricants de lecteurs Blu-ray, par exemple, ont déjà réduit leurs productions de 70 % depuis 2018, signe avant-coureur d’un marché en déclin. Pour les joueurs, la disparition des supports physiques implique aussi une dépendance accrue aux serveurs en ligne, avec tous les risques que cela comporte : coupures, suppression de serveurs, ou encore obsolescence des jeux « dématérialisés ».

Nintendo, un cas à part dans l’écosystème

Face à ce mouvement de fond, Nintendo fait figure d’exception. Selon les derniers rapports financiers de l’entreprise, plus de 40 % de ses revenus proviennent encore des jeux vendus en boîte, un chiffre bien supérieur à ceux de ses concurrents. Cette particularité s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la Switch, lancée en 2017, a été conçue pour être accessible à tous, y compris aux joueurs occasionnels qui privilégient souvent les jeux physiques. Ensuite, le marché asiatique, et notamment japonais, reste très attaché à la possession tangible des produits culturels, comme en témoignent les ventes records de Animal Crossing: New Horizons en 2020.

Pourtant, Nintendo n’est pas à l’abri des pressions du marché. En Europe, la part des ventes physiques chez le constructeur est passée de 60 % en 2020 à 35 % en 2025. La firme a d’ailleurs commencé à réduire la cadence de production de certains titres physiques, comme Pokémon Écarlate et Violet, dont les ventes ont été affectées par des problèmes de qualité. Une transition progressive est donc en marche, mais elle semble bien moins brutale que chez ses concurrents.

Les enjeux d’une stratégie encore indécise

La question qui se pose désormais est de savoir jusqu’où Nintendo pourra résister. Le constructeur a toujours mis en avant sa capacité à innover, mais la fin du physique pourrait aussi toucher son cœur de cible : les familles et les joueurs occasionnels. Certains observateurs, comme Serkan Toto, analyste chez Kadokawa Contents Gate, soulignent que « le jeu physique reste un symbole de valeur perçue ». Pour autant, la firme de Kyoto devra tôt ou tard composer avec la réalité économique. Shuntaro Furukawa, président de Nintendo, a déjà indiqué que l’entreprise étudiait « toutes les options » pour adapter sa stratégie de distribution.

Un autre défi réside dans la gestion des stocks. Contrairement à ses concurrents, Nintendo ne peut pas se permettre de brader ses stocks de jeux physiques sans risquer de mécontenter ses partenaires distributeurs, notamment en Asie. Une rupture brutale pourrait aussi fragiliser son modèle économique, basé en partie sur les marges réalisées sur les cartouches de jeu. Enfin, l’essor du rétrogaming et des rééditions en édition limitée pourrait temporairement ralentir la chute, mais cette niche ne suffira pas à compenser un déclin structurel.

Et maintenant ?

D’ici 2027, la plupart des observateurs s’attendent à ce que Nintendo annonce une réduction plus marquée de ses productions physiques, sans pour autant les abandonner totalement. Une transition vers un modèle hybride, mêlant ventes en boîte et téléchargements, semble la voie la plus probable. La sortie de la Switch 2, prévue pour fin 2026, sera un test crucial : si le constructeur mise sur un support physique pour sa nouvelle console, cela pourrait ralentir sa transition. En revanche, une absence de cartouches physiques dans le packaging officialiserait un tournant irréversible. Reste à savoir si les joueurs suivront — ou si Nintendo devra sacrifier une partie de son identité pour survivre.

Une chose est sûre : l’industrie du jeu vidéo n’a jamais été aussi proche d’un basculement définitif. Pour Nintendo, la décision à prendre n’est plus de savoir si, mais quand et comment abandonner le physique — ou comment le réinventer.