Un groupe de onze États membres de l’Union européenne a adressé une lettre commune à la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, pour réclamer une réforme des règles de prise de décision en matière de politique étrangère. Selon Euronews FR, ces pays estiment que les vétos « obstructifs » ont paralysé l’action extérieure du bloc ces dernières années, et que le principe de coopération sincère doit désormais primer. La lettre, consultée par nos confrères, souligne que la culture du consensus au sein de l’UE reste une source majeure de légitimité, mais que celle-ci doit désormais servir l’action commune plutôt que de l’entraver.
Ce qu'il faut retenir
- Onze pays de l’UE, dont l’Allemagne, la France et l’Espagne, demandent la fin des vétos jugés « obstructifs » en politique étrangère.
- Ils proposent cinq principes pour améliorer l’efficacité des décisions, notamment le recours accru aux abstentions constructives et l’activation de la « clause passerelle » du traité sur l’UE.
- Ces pays justifient leur demande par un environnement international marqué par une compétition stratégique accrue et une instabilité croissante.
- Le blocage répété par la Hongrie sous Viktor Orbán, notamment sur un prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, a servi d’électrochoc.
- La réforme vise à éviter que des différends bilatéraux ne paralysent les décisions collectives de l’UE.
Un appel à réformer les mécanismes décisionnels de l’UE
Dans leur missive, adressée à Kaja Kallas et aux États membres, les onze signataires — l’Autriche, le Danemark, la Belgique, la Finlande, la France, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Roumanie, l’Espagne et la Suède — rappellent que « la culture du consensus est une source importante de légitimité » pour l’UE. Pourtant, ils estiment que ce système a parfois empêché l’action collective. « Nous devons veiller à ce que cette culture favorise l’action commune plutôt que de l’empêcher, sinon nous aurons la légitimité, mais pas la force », écrivent-ils. L’Allemagne, en tant que plus grand État membre, mène cette initiative qui vise à moderniser les mécanismes de prise de décision en politique étrangère.
Selon Euronews FR, les signataires soulignent que l’UE évolue dans un « paysage fondamentalement transformé », marqué par une compétition stratégique accrue, une instabilité croissante et des tentatives de saper l’ordre international fondé sur des règles. « Dans cet environnement, la capacité de l’Union à défendre ses valeurs et ses intérêts dépend de sa faculté à mobiliser rapidement et efficacement son poids politique, économique et diplomatique collectif », expliquent-ils dans leur lettre. Pour eux, le statu quo n’est plus tenable face aux défis actuels.
Cinq principes pour éviter les blocages
Les onze pays proposent cinq principes concrets pour réformer la politique étrangère de l’UE. D’abord, ils appellent au respect des principes de coopération sincère et de solidarité mutuelle. Ensuite, ils suggèrent de recourir davantage aux abstentions constructives pour remplacer les vétos. Ils demandent également de s’abstenir de lier les décisions de politique étrangère à des questions « substantiellement sans rapport ». Autre piste : explorer les options prévues par les traités de l’UE pour passer de l’unanimité à la majorité qualifiée.
Enfin, ils estiment qu’il faut fournir des « motifs essentiels dûment étayés » pour s’opposer à un tel changement. « Le cadre juridique pour ces cinq principes existe déjà. Il ne tient qu’à nous de les mettre en œuvre et de faire ainsi progresser notre politique étrangère », précisent-ils dans leur document. Selon Euronews FR, ces propositions s’inscrivent dans un débat de longue date à Bruxelles, qui a pris de l’ampleur depuis le début de la guerre en Ukraine.
« L’action extérieure de l’Union est confrontée à un paysage fondamentalement transformé, marqué par la compétition stratégique, une instabilité croissante et des tentatives de saper l’ordre international fondé sur des règles. »
Le cas hongrois et l’héritage Orbán
Les tensions récentes entre Budapest et Kyiv illustrent parfaitement les risques liés aux vétos en politique étrangère. Selon Euronews FR, Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, a bloqué à plusieurs reprises des décisions européennes pendant ses seize années au pouvoir. Avant sa défaite électorale en avril 2026, il avait notamment déclenché une crise en opposant son veto à un prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, malgré l’approbation des dirigeants de l’UE. Ce blocage était lié à un différend sans rapport avec le dossier ukrainien, concernant l’oléoduc Droujba. Pour les onze pays signataires, ces exemples montrent l’urgence de réformer les règles pour éviter que des intérêts nationaux ne paralysent l’action collective.
La « clause passerelle » : une solution en débat
Parmi les propositions, l’activation de la « clause passerelle » prévue à l’article 31 du traité sur l’UE est au cœur des discussions. Cette clause permettrait de passer de l’unanimité à la majorité qualifiée pour certaines décisions de politique étrangère, ce qui accélérerait le processus décisionnel. Ses partisans, dont l’Allemagne et la France, estiment qu’elle éviterait des vétos inutiles. À l’inverse, ses détracteurs, souvent parmi les petits États membres, craignent que cela ne nuise à la légitimité démocratique et ne les prive d’un outil de dernier recours pour défendre leurs intérêts face aux plus grands pays.
Un paradoxe persiste : pour activer la clause passerelle, il faudrait l’unanimité des États membres, ce qui rend le changement improbable sans un large consensus. Les onze pays appellent donc à des consultations « substantielles » pour désamorcer les différends et parvenir à un compromis. Leur initiative s’inscrit dans un contexte politique particulier : la défaite de Viktor Orbán, perçue comme une fenêtre d’opportunité pour réformer, pourrait se refermer si Marine Le Pen, eurosceptique, remporte l’élection présidentielle française en 2027.
D’autres pistes, comme le renforcement du rôle de Kaja Kallas, sont également évoquées. L’Allemagne et la France étudient un projet visant à placer la haute représentante sous la supervision directe d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Cette proposition, si elle aboutit, pourrait centraliser davantage la prise de décision en politique étrangère et limiter les risques de blocages.
Enfin, l’évolution du contexte géopolitique jouera un rôle clé. La guerre en Ukraine et les tensions avec la Russie maintiennent une pression constante sur l’UE pour agir rapidement et de manière unie. Si les divisions persistent, le risque est de voir l’Union européenne perdre en influence face à ses partenaires internationaux.
La « clause passerelle » est un mécanisme prévu à l’article 31 du traité sur l’UE qui permet de passer de l’unanimité à la majorité qualifiée pour certaines décisions de politique étrangère. Son activation nécessiterait l’unanimité des États membres, ce qui rend son adoption difficile sans un large consensus.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a opposé son veto à ce prêt en raison d’un différend bilatéral avec Kyiv concernant l’oléoduc Droujba, un dossier sans lien direct avec l’aide à l’Ukraine. Ce blocage a illustré les risques des vétos en politique étrangère, selon les onze pays signataires.