Une réforme d’envergure encadre désormais les arrêts maladie en France depuis ce 1er septembre 2026. Le gouvernement justifie cette mesure par la volonté de lutter contre les abus présumés, dont le coût pour l’Assurance maladie a bondi ces dernières années. Pourtant, cette décision suscite déjà de vives critiques, notamment de la part des médecins généralistes, comme en témoigne la réaction de la présidente du syndicat MG France.
Selon Franceinfo - Santé, cette nouvelle réglementation limite à 31 jours la durée maximale d’un premier arrêt maladie prescrit, et à 62 jours pour une prolongation. Une approche que le gouvernement présente comme un moyen de rationaliser les dépenses, mais que certains acteurs du secteur remettent en cause.
Ce qu'il faut retenir
- À partir du 1er septembre 2026, un médecin ne peut plus prescrire plus de 31 jours pour un premier arrêt maladie, contre 62 jours pour une prolongation.
- En 2025, les indemnités journalières versées par l’Assurance maladie ont atteint 17,9 milliards d’euros, soit une hausse de 7 milliards en neuf ans.
- Dans certains secteurs, comme la grande distribution, 6 % des employés sont en arrêt maladie à un instant donné, selon des témoignages recueillis dans les Yvelines.
- La réforme est critiquée par le syndicat MG France, qui la juge « répressive » et inefficace pour résoudre les causes profondes des arrêts maladie.
- Les téléconsultations sont pointées du doigt pour leur rôle potentiel dans l’augmentation des arrêts de courte durée, notamment les 24 ou 48 heures.
Un encadrement strict des arrêts maladie, justifié par des dépenses en hausse
Le gouvernement justifie sa réforme par l’explosion des dépenses liées aux arrêts maladie. En 2025, l’Assurance maladie a versé 17,9 milliards d’euros au titre des indemnités journalières, contre 10,9 milliards en 2016. Cette hausse, de l’ordre de 7 milliards d’euros en neuf ans, a convaincu les pouvoirs publics de durcir le ton.
Désormais, les médecins généralistes voient leurs prescriptions encadrées. Un premier arrêt ne peut excéder 31 jours, et une prolongation est limitée à 62 jours. Objectif affiché : mieux contrôler les arrêts longs, souvent pointés du doigt pour leur coût élevé. Pour autant, cette mesure ne fait pas l’unanimité parmi les professionnels de santé, qui dénoncent une approche purement comptable.
Des témoignages qui illustrent les tensions dans les entreprises
Dans la grande distribution, les arrêts maladie posent des défis logistiques majeurs. Frédéric Gilliet, gérant du Super U de Juziers (Yvelines), explique que 6 % de ses effectifs sont en arrêt à un moment donné. Certains arrêts, comme celui de Nabil – absent trois mois –, obligent à embaucher un remplaçant ou à réorganiser le travail. « On essaie de se dépêcher de faire nos rayons et après les rayons des autres », confie Emma Jeanroy, cheffe du rayon épicerie, confrontée à des journées de travail alourdies.
Le dirigeant évoque aussi des doutes sur la légitimité de certains arrêts. « Des fois, quand vous entendez les gens parler entre eux, vous vous dites qu’il y a peut-être quelque chose qui cloche », admet-il. Les téléconsultations, en facilitant l’obtention d’un arrêt de courte durée – notamment le vendredi ou le lundi –, sont particulièrement visées. Un phénomène qui alimente les suspicions de détournement, même si aucune étude ne le confirme.
Les médecins généralistes dénoncent une mesure inefficace
La réforme est vivement critiquée par le syndicat MG France. Sa présidente, la docteure Agnès Giannotti, estime qu’il s’agit d’une « mesure répressive qui ne changera rien ». Pour elle, la priorité devrait être la santé au travail, notamment pour les salariés souffrant de maladies chroniques ou vieillissants. « Cette réforme ne joue absolument pas sur les causes des arrêts maladie », souligne-t-elle.
Le gouvernement ne compte pas en rester là. Il prévoit d’intensifier les contrôles, tant sur les salariés en arrêt que sur les médecins prescripteurs. Une perspective qui inquiète les professionnels de santé, déjà sous pression. « On nous met une mesure répressive sur le dos, alors que le vrai problème est ailleurs », résume la docteure Giannotti.
« Cette réforme-là ne va absolument pas jouer sur les causes des arrêts maladie. Il faut travailler sur la santé au travail, notamment pour les gens qui ont des maladies chroniques et les gens qui vieillissent. »
— Docteure Agnès Giannotti, présidente du syndicat MG France
Un coût social et économique qui interroge
Derrière les chiffres des dépenses de l’Assurance maladie se cache une réalité plus complexe. Les arrêts maladie ne sont pas toujours synonymes d’abus. Ils peuvent refléter des conditions de travail dégradées, un manque de prévention en santé au travail, ou encore des maladies professionnelles mal prises en charge. Autant de facteurs que la réforme actuelle ne semble pas vouloir aborder.
Les entreprises, de leur côté, sont en première ligne. Entre les coûts de remplacement, la réorganisation du travail et la baisse de productivité, les arrêts maladie pèsent sur leur compétitivité. Pourtant, peu d’entre elles investissent dans la prévention ou l’amélioration des conditions de travail, deux leviers bien plus efficaces pour réduire les absences que des mesures purement restrictives.
En attendant, les salariés et les employeurs devront s’adapter à ce nouveau cadre, tandis que les médecins généralistes, déjà en tension, devront naviguer entre les attentes de leurs patients et les contraintes administratives. Une chose est sûre : le débat sur la gestion des arrêts maladie est loin d’être clos.