La ZAC des Ardoines, située à Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, s’apprête à accueillir prochainement un data center et un incinérateur de déchets. Une décision qui interroge, alors que ce secteur est déjà fortement marqué par une pollution historique, comme le rapporte Reporterre.

Ce qu'il faut retenir

  • La ZAC des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, doit accueillir un data center et un incinérateur de déchets.
  • Ce quartier est déjà touché par une pollution historique liée à son passé industriel.
  • Myriam Goujjane, coprésidente de l’Association contre l’incinération des déchets à Vitry (Acid-Vitry), et Jeanne Guien, chercheuse en philosophie des techniques, dénoncent cette orientation dans une chronique publiée par Reporterre.
  • Les deux autrices s’interrogent sur la logique consistant à « sacrifier » définitivement des territoires déjà dégradés.

Un projet industriel controversé sur un site déjà dégradé

Le projet de la ZAC des Ardoines s’inscrit dans une logique de développement industriel, malgré les contraintes environnementales du site. Vitry-sur-Seine, commune du Val-de-Marne en proche banlieue parisienne, porte ce projet qui prévoit l’implantation d’un data center et d’un incinérateur. Or, ce secteur a déjà subi des décennies de pollution industrielle, rappelle Reporterre.

Selon les deux autrices de la chronique, Myriam Goujjane et Jeanne Guien, cette situation illustre une forme d’abandon des territoires déjà dégradés. « Comme si un territoire pollué devait être à jamais sacrifié », écrivent-elles dans leur texte, soulignant ainsi l’absence de solutions alternatives envisagées pour ces zones.

Les porteuses de la critique : des profils engagés

Myriam Goujjane, coprésidente de l’Association contre l’incinération des déchets à Vitry (Acid-Vitry), milite depuis des années contre la construction de nouveaux incinérateurs dans la région. Son engagement s’inscrit dans une volonté de réduire l’impact des déchets sur les populations locales. Elle a ainsi déclaré : « Nous refusons que Vitry devienne une poubelle pour Paris et sa région ».

Jeanne Guien, chercheuse en philosophie des techniques et en histoire industrielle, apporte un éclairage théorique à cette lutte. Porte-parole du collectif Résistance à, elle analyse les choix industriels sous l’angle des inégalités environnementales et sociales. Ensemble, elles analysent les contradictions d’un projet qui, selon elles, perpétue un modèle économique prédateur au détriment des populations exposées.

Pollution historique et absence de solutions structurelles

La ZAC des Ardoines est un ancien site industriel dont la pollution remonte à plusieurs décennies. Les sols y sont fortement contaminés par des métaux lourds et des hydrocarbures, des séquelles d’une activité industrielle intense. Pourtant, au lieu de prioriser la dépollution et la reconversion écologique, les pouvoirs publics semblent privilégier des projets à forte empreinte environnementale.

Pour les deux autrices, cette approche révèle une forme de résignation : « Les territoires pollués sont-ils condamnés à le rester ? » interrogent-elles, sans masquer leur scepticisme quant aux solutions proposées. Elles rappellent que d’autres options existent, comme la dépollution complète ou la création d’espaces verts, mais qu’elles sont systématiquement écartées au profit de projets industriels classiques.

Et maintenant ?

Le projet de la ZAC des Ardoines devrait être soumis à enquête publique dans les prochains mois. Une étape clé qui pourrait permettre aux habitants et associations de s’exprimer. Reste à voir si les arguments écologiques et sanitaires seront pris en compte par les décideurs. D’ici là, le débat sur la gestion des territoires pollués en Île-de-France devrait s’intensifier, notamment à l’approche des élections municipales de 2026.

Cette affaire soulève une question plus large : comment concilier développement économique et préservation des territoires déjà dégradés ? Alors que les enjeux environnementaux deviennent cruciaux, la logique de « sacrifier » certains espaces pourrait bien devenir un sujet central des politiques publiques.

Les associations locales craignent une augmentation de la pollution atmosphérique, notamment en particules fines et en dioxines, déjà présentes dans le secteur en raison de l’héritage industriel. Une étude d’impact devrait être réalisée avant toute autorisation.