Le patron des députés socialistes à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, relance le débat sur l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel intégral. Dans une note publiée jeudi 3 juillet 2026, l’élu argue que ce changement permettrait de préparer l’avenir politique du pays à un moment où les majorités absolues pourraient devenir une exception durable. Selon Le Figaro, ce texte de vingt pages, rédigé pour la fondation Jean Jaurès et consulté par l’AFP, dresse un constat sévère sur la Ve République, qu’il décrit comme « un grand cadavre à la renverse ».

Ce qu'il faut retenir

  • Boris Vallaud, député socialiste des Landes et patron des députés PS, publie une note de vingt pages pour la fondation Jean Jaurès, selon Le Figaro.
  • Il estime que la Ve République fonctionne comme « un grand cadavre à la renverse » et que les majorités absolues pourraient disparaître durablement.
  • Le député propose d’adopter un scrutin proportionnel intégral pour tendre vers un régime « authentiquement primo-ministériel ».
  • Il suggère d’inverser le calendrier électoral et de négocier un « contrat de législature » entre les forces de gauche, malgré leurs divisions.
  • La proportionnelle, loin de faire consensus au PS, est présentée comme un outil pour légitimer le compromis et contrer l’extrême droite.

Dans ce texte, Boris Vallaud analyse plusieurs moments charnières de la vie politique récente, comme la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 ou la censure du gouvernement de Michel Barnier. Il évoque aussi ses négociations avec François Bayrou ou Sébastien Lecornu, mêlant anecdotes solennelles et légères. Mais c’est surtout l’avenir du parlementarisme qui préoccupe l’élu. Pour lui, « nous devons formuler l’hypothèse raisonnable que nous ne connaîtrons peut-être plus jamais d’Assemblée majoritaire », un constat qu’il étaye par les résultats des législatives de 2022 et 2024, marquées par des majorités relatives.

Selon lui, la proportionnelle permettrait de « consacrer un gouvernement issu d’une majorité parlementaire négociée », ce qui légitimerait le compromis comme « une forme d’éthique démocratique ». Il propose notamment d’inverser le calendrier électoral et de bâtir un « contrat de législature » entre les forces de gauche, malgré les profondes divisions au sein de la gauche plurielle. Une stratégie qui pourrait, selon ses détracteurs, compliquer encore davantage l’émergence d’une candidature commune à la présidentielle de 2027.

Boris Vallaud, souvent cité pour ses ambitions présidentielles — qu’il n’a jamais confirmées —, présente la proportionnelle comme une « mèche » pour transformer le système politique. Il appelle à un « passage à l’acte » face à la menace, selon lui, de voir l’extrême droite « l’emporter à la loyale et retourner la démocratie en son contraire ». Pour y parvenir, il suggère de transférer le pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale du président de la République vers le Premier ministre, une réforme qui s’inscrit dans la logique d’un régime « authentiquement primo-ministériel ».

« Consacrant un gouvernement issu d’une majorité parlementaire négociée, [la proportionnelle] légitime et porte en lui la nécessité du compromis et en fait même une forme d’éthique démocratique »,
déclare Boris Vallaud dans sa note.

Pourtant, cette proposition ne fait pas l’unanimité au sein du Parti socialiste. Plusieurs personnalités du PS, interrogées par Le Figaro, soulignent les difficultés à avancer sur la voie d’une candidature commune à la présidentielle, tant les divergences persistent entre les différentes familles de gauche. Certains élus, comme Olivier Faure, ont récemment exprimé des réserves sur la stratégie de Boris Vallaud après son départ de la direction du parti. Par ailleurs, plusieurs dizaines de personnalités politiques, tous bords confondus, avaient déjà plaidé en 2025 pour l’instauration de la proportionnelle avant les législatives de 2027.

Dans ce contexte, la note de Boris Vallaud s’inscrit dans un débat plus large sur la refonte des institutions. Elle intervient alors que le pays traverse une période de forte fragmentation politique, avec une Assemblée nationale divisée et un exécutif affaibli par des majorités relatives. L’élu socialiste, qui s’inclut lui-même parmi les « parlementaires sans culture parlementariste », estime que le paysage politique pourrait « durablement » rester fractionné. Une situation qui, selon lui, rend indispensable une réforme du mode de scrutin pour éviter une paralysie institutionnelle.

Et maintenant ?

La proposition de Boris Vallaud devra désormais être discutée au sein du Parti socialiste, où les avis restent partagés. Si certains y voient une piste sérieuse pour moderniser les institutions, d’autres craignent qu’elle ne divise davantage une gauche déjà fragilisée. Une chose est sûre : le débat sur la proportionnelle ne devrait pas s’éteindre avant les prochaines élections législatives, prévues en 2027. Reste à savoir si cette réforme sera intégrée à un éventuel programme commun de la gauche ou si elle restera un sujet de discussion interne au PS.

En attendant, la publication de cette note relance un débat ancien sur l’équilibre des institutions de la Ve République. Entre ceux qui prônent un retour à un parlementarisme plus marqué et ceux qui défendent le statu quo, le chemin vers une réforme semble encore long. Une chose est certaine : dans un contexte où les majorités absolues pourraient devenir l’exception, la question du mode de scrutin s’impose comme un enjeu central pour l’avenir de la démocratie française.