Selon Le Figaro, l’avocate au barreau de Paris Laurence Tartour a dénoncé, ce mardi 7 juillet 2026, les failles du système de protection de l’enfance dans l’accompagnement des mineures placées à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Invitée de l’émission Bienvenue en Île-de-France sur Le Figaro TV, elle a partagé son expérience professionnelle et ses propositions pour endiguer le phénomène de prostitution dont sont victimes certaines adolescentes vulnérables.
Ce qu’il faut retenir
- Les mineures placées à l’ASE sont particulièrement exposées à la prostitution en raison de leur vulnérabilité, selon Laurence Tartour.
- L’avocate souligne la nécessité d’un accompagnement rapide et adapté dès les premiers signes de fragilité psychologique ou sociale.
- Entre 10 et 12 milliards d’euros sont consacrés chaque année à l’ASE, un budget jugé insuffisant face à l’ampleur du système.
- Le nombre de mineurs placés a augmenté de près de 50 % en vingt ans, notamment en raison de l’afflux de mineurs isolés étrangers.
- Laurence Tartour plaide pour la création de lieux dédiés où les jeunes pourraient se reconstruire et retrouver confiance.
Des adolescentes victimes de réseaux criminels exploitant leur vulnérabilité
Pour Laurence Tartour, les adolescentes placées à l’ASE représentent une cible privilégiée pour les réseaux de proxénétisme. « Les criminels repèrent ces jeunes filles en situation de fragilité et utilisent leur vulnérabilité pour les détourner », a-t-elle expliqué lors de son intervention. Elle pointe du doigt l’absence de protection immédiate, qui permet à ces réseaux de s’infiltrer avant que les institutions n’aient pu réagir. « On ne peut pas les laisser comme ça », s’est-elle emportée, insistant sur l’urgence d’agir dès les premiers signes de souffrance.
L’avocate dénonce également un système où les mineures, une fois repérées par des proxénètes, basculent dans un engrenage difficile à briser. Les témoignages qu’elle recueille révèlent des parcours marqués par la violence, l’isolement et l’absence de repères stables. Selon elle, la prostitution de ces jeunes filles n’est pas un phénomène marginal, mais une conséquence directe des lacunes de l’ASE en matière de suivi individualisé.
Un budget colossal, mais des moyens jugés insuffisants
Chaque année, l’État consacre entre 10 et 12 milliards d’euros à l’ASE, un montant colossal qui reflète l’ampleur du système de protection de l’enfance en France. Pourtant, ce budget ne suffit pas à couvrir l’ensemble des besoins, selon Laurence Tartour. « C’est une somme considérable, mais qui ne répond pas à la complexité d’une organisation tentaculaire », a-t-elle souligné. Elle rappelle que l’ASE doit gérer des situations extrêmement variées, où chaque enfant nécessite un accompagnement sur mesure.
La hausse du nombre de mineurs placés – en hausse de près de 50 % en vingt ans – s’explique en grande partie par l’afflux de mineurs isolés étrangers, accueillis dans des structures déjà saturées. « Aucun juge ne prend plaisir à placer un enfant », a-t-elle rappelé, précisant que le placement reste un dernier recours, après de multiples tentatives de maintien dans le milieu familial ou de solutions alternatives.
L’accompagnement individualisé et les lieux de vie, des pistes pour briser le cycle
Face à cette situation, Laurence Tartour propose plusieurs pistes pour améliorer la prise en charge des mineures à risque. Elle insiste d’abord sur la nécessité d’un accompagnement rapide et personnalisé, dès l’apparition des premiers signes de fragilité. « Il faut répondre vite, les croire et verbaliser leur souffrance », a-t-elle martelé. Elle cite l’exemple de l’avocat pour enfants, une mesure qu’elle qualifie d’« avancée considérable » pour protéger les droits des mineurs et leur offrir un interlocuteur dédié.
Autre proposition : la création de lieux dédiés, où les jeunes pourraient se retrouver, échanger et se reconstruire. « L’ASE doit être un lieu de vie, un lieu où l’on se sent bien. Il faut faire rêver ces enfants », a-t-elle insisté. Ces espaces, selon elle, devraient permettre de recréer du lien social et de restaurer la confiance en l’avenir, deux éléments essentiels pour éviter la bascule dans la prostitution.
Des solutions concrètes, mais des défis persistants
Laurence Tartour reconnaît que les solutions existent, mais leur mise en œuvre se heurte à des obstacles structurels. « Chaque enfant est différent, et toutes les situations sont uniques », a-t-elle expliqué, soulignant la difficulté à appliquer des recettes uniformes. Elle cite l’exemple des mineurs isolés étrangers, dont les parcours migratoires complexes nécessitent une prise en charge spécifique, souvent absente aujourd’hui.
Elle rappelle également que l’ASE doit faire face à un manque criant de moyens humains et financiers. Malgré les milliards investis, les effectifs et les structures peinent à suivre, laissant des zones d’ombre où s’engouffrent les réseaux criminels. « On confisque leur téléphone, elles en récupèrent un autre », a-t-elle illustré, pointant l’inefficacité des mesures ponctuelles face à la détermination des proxénètes.
Le débat sur la prostitution des mineures placées à l’ASE s’inscrit dans une réflexion plus large sur la protection de l’enfance en France. Alors que les moyens alloués restent insuffisants face à l’ampleur des besoins, les prochaines années pourraient être décisives pour savoir si le système saura enfin protéger ceux qu’il est censé accompagner.
L’Aide sociale à l’enfance (ASE) est un service départemental chargé de protéger les mineurs en danger ou en risque de l’être. Elle intervient en cas de maltraitance, de négligence ou de difficultés familiales graves, en proposant des mesures de placement, d’accompagnement éducatif ou de soutien aux familles.