Les coûts d'emprunt des États européens ont atteint des niveaux inédits depuis plus de quinze ans, selon Euronews FR. Une vente massive d'obligations s'est accélérée mardi, reflétant les craintes persistantes d'une inflation durable et de déficits publics élevés.
Cette dynamique a propulsé les rendements des obligations de référence à des niveaux records. Le Bund allemand à dix ans a ainsi dépassé 3,36 %, avant de légèrement reculer à 3,34 %, selon les données de Trading Economics. Une hausse qui s'inscrit dans un mouvement plus large touchant l'ensemble des grandes économies européennes, où les États peinent à emprunter à moindre coût.
Ce qu'il faut retenir
- Les rendements obligataires allemands et français ont atteint des sommets jamais vus depuis 2008 ou 2011, selon les maturités.
- L'inflation dans la zone euro a accéléré à 3,3 % en août, bien au-dessus de l'objectif de 2 % fixé par la BCE.
- La dette publique française devrait représenter 118,4 % du PIB en 2026, selon le FMI, et 120,5 % en 2027.
- Les analystes pointent du doigt la trajectoire budgétaire de la France, jugée « la moins soutenable » de la zone euro.
- La BCE devrait relever ses taux de 25 points de base lors de sa prochaine réunion, prévue la semaine prochaine.
Des rendements obligataires à des niveaux records en Europe
La semaine a été marquée par une vague de ventes massives sur les marchés obligataires mondiaux, une tendance qui a particulièrement touché l'Europe. Les coûts d'emprunt des États ont ainsi grimpé à des niveaux inédits depuis plus de quinze ans, alimentés par des craintes d'inflation persistante et des déficits publics élevés.
Le rendement du Bund allemand à dix ans, référence européenne, a franchi le seuil de 3,36 % mardi, avant de redescendre légèrement à 3,34 %. Dans le même temps, l'OAT française à dix ans a atteint 4,215 %, son plus haut niveau depuis novembre 2008. L'Italie et les Pays-Bas n'ont pas été épargnés : les rendements de leurs obligations à dix ans ont respectivement atteint 4,188 % et 3,43 %, des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis plusieurs années.
Cette hausse des rendements s'explique par un mécanisme simple : lorsque les investisseurs vendent des obligations, leurs prix baissent. Comme le coupon versé par ces obligations reste fixe, leur rendement effectif augmente mécaniquement. Autrement dit, plus les obligations sont vendues, plus il devient coûteux pour les États d'emprunter.
Inflation et déficits publics alimentent les tensions sur les marchés
Les pressions sur les dettes souveraines européennes s'intensifient sous l'effet de plusieurs facteurs. D'abord, la hausse des prix de l'énergie, qui alimente l'inflation dans le monde entier. Selon Eurostat, les prix de l'énergie étaient 14,3 % plus élevés en août 2026 qu'un an plus tôt, contribuant à faire grimper l'inflation de la zone euro à 3,3 %, contre 2,9 % en juillet.
En réponse, les grandes banques centrales, dont la BCE, adoptent un discours de plus en plus offensif sur la lutte contre l'inflation. Cette fermeté renforce l'idée que les taux d'intérêt resteront élevés plus longtemps, ce qui pèse sur les coûts d'emprunt des États. Aux États-Unis, les anticipations d'une inflation durable ont également poussé le rendement des bons du Trésor à dix ans à 4,78 %, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis janvier 2025.
La situation en Asie reflète cette même tendance : le rendement de l'obligation d'État japonaise à dix ans a atteint 3,00 % pour la première fois depuis 1996. Traditionnellement considérées comme des valeurs refuges en période d'incertitude, les obligations d'État voient leur rôle remis en question par la crainte d'une stagflation prolongée — une combinaison d'inflation élevée et de croissance économique faible ou nulle.
La France sous les projecteurs, entre dette et déficit
Parmi les grandes économies européennes, la France se distingue par une prime de risque accrue. Ses coûts d'emprunt à dix ans ont dépassé ceux de l'Italie pendant une grande partie de l'été, un signe que les investisseurs s'inquiètent de plus en plus de sa situation budgétaire. Selon le FMI, la dette publique française devrait atteindre 118,4 % du PIB en 2026, et 120,5 % en 2027. Un ratio qui place la France en troisième position des pays de l'Union européenne les plus endettés, derrière la Grèce et l'Italie.
La Banque de France anticipe par ailleurs un déficit budgétaire de 5,2 % du PIB en 2026. Les négociations budgétaires à l'approche de l'élection présidentielle de 2027 s'annoncent tendues, alimentant les doutes sur la capacité du gouvernement à inverser cette tendance. Robert Timper, stratégiste en chef sur les titres à revenu fixe chez BCA, a souligné ce risque : « Nous estimons depuis un certain temps déjà que la France est le pays de la zone euro dont la trajectoire budgétaire est la moins soutenable. »
Pour redresser la barre, Timper estime que des réformes profondes seront nécessaires, mais celles-ci risquent d'être impopulaires car elles impliquent de réduire les dépenses de protection sociale. « Une large majorité politique est donc nécessaire pour engager de telles réformes, sinon une fronde du marché obligataire les rendra inévitables », a-t-il ajouté.
La BCE attendue pour une nouvelle hausse des taux
Face à cette accélération de l'inflation et à la persistance des pressions sur les coûts d'emprunt, la Banque centrale européenne (BCE) s'apprête à agir. La prochaine réunion de politique monétaire, prévue la semaine prochaine, devrait donner lieu à une hausse des taux de 25 points de base, selon les anticipations des investisseurs. Une décision qui, si elle est confirmée, s'inscrirait dans la continuité du durcissement monétaire engagé depuis plusieurs mois.
Cette perspective a été renforcée par les dernières données sur l'inflation dans la zone euro. Avec une hausse des prix à la consommation à 3,3 % en août, l'écart avec l'objectif de 2 % fixé par la BCE reste significatif. Leo Barincou, économiste senior chez Oxford Economics, a d'ailleurs confirmé cette tendance : « Avec une inflation qui continue d'accélérer, il ne fait pratiquement aucun doute que la BCE relèvera ses taux lors de la réunion de la semaine prochaine, comme nous nous y attendions. »
Reste à voir si les anticipations des investisseurs, qui misent sur une poursuite de la hausse des taux, se vérifieront. Une chose est sûre : dans un contexte marqué par l'incertitude géopolitique et la volatilité des prix de l'énergie, les marchés obligataires devraient continuer de refléter ces tensions dans les semaines à venir.
Les rendements obligataires évoluent en sens inverse des prix. Lorsque les investisseurs vendent des obligations, leurs prix baissent. Comme le coupon fixe versé par l'obligation reste inchangé, son rendement effectif augmente mécaniquement par rapport à ce prix plus bas. Autrement dit, une baisse des prix des obligations se traduit par une hausse de leurs rendements.