Le distributeur en ligne britannique de billets de train, Trainline, fait l'objet d'une enquête formelle de la part de la Competition and Markets Authority (CMA), le régulateur national de la concurrence. Selon BFM Business, cette procédure vise des « pratiques tarifaires trompeuses », une accusation qui rappelle les méthodes controversées de certaines compagnies aériennes low cost. Le cœur du problème ? Des frais supplémentaires, non intégrés au prix affiché en début de réservation, mais ajoutés en fin de processus d'achat.
Ce qu'il faut retenir
- Une enquête formelle a été ouverte par la CMA contre Trainline pour des pratiques tarifaires jugées trompeuses, malgré des mises en garde préalables.
- Des frais non affichés dès le départ : entre 0,59 et 2,79 £ (0,70 à 3,30 €) pour les billets de train, et 1,50 £ pour les billets de cars, sont ajoutés en fin de transaction.
- Une amende potentielle salée : jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial de Trainline, soit plus de 520 millions d'euros de revenus pour l'exercice 2025-2026.
- Trainline conteste et promet des améliorations, affirmant travailler en collaboration avec la CMA pour clarifier ses tarifs.
- Aucun frais de réservation en France, où Trainline se rémunère via des commissions versées par les compagnies ferroviaires.
Des pratiques similaires à celles des compagnies aériennes low cost
La CMA reproche à Trainline d'afficher un prix d'appel attractif en début de réservation, puis d'ajouter des frais supplémentaires en fin de processus. Une méthode qui, selon Emma Cochrane, directrice exécutive en charge de la protection des consommateurs à la CMA, fausse la comparaison entre opérateurs et crée une distorsion de concurrence au détriment du consommateur. « Le premier prix que voit le consommateur doit être le prix qu'il paie », a-t-elle souligné auprès de BFM Business. Une déclaration qui résume l'objectif de cette enquête : garantir une transparence tarifaire totale.
Cette pratique n'est pas sans rappeler les stratégies des compagnies aériennes low cost, souvent pointées du doigt pour des tarifs initiaux attractifs, mais gonflés par des frais annexes. Pourtant, dans le secteur ferroviaire britannique, Trainline occupe une position dominante en tant que distributeur en ligne, avec un rôle clé dans la vente de billets de train et de cars. L'enquête de la CMA intervient après des échanges préalables avec l'entreprise, qui n'ont pas suffi à lever les inquiétudes du régulateur.
Des frais qui peuvent atteindre jusqu'à 3,30 € par billet
Concrètement, les frais non inclus dans le prix affiché en début de réservation peuvent varier selon le type de trajet. Pour les billets de train, ils oscillent entre 0,59 £ et 2,79 £ (soit environ 0,70 € à 3,30 €). Pour les billets de cars, le montant supplémentaire est fixé à 1,50 £. Ces frais, bien que modestes pris isolément, s'ajoutent au prix final et peuvent influencer le choix des consommateurs en faussant les comparaisons entre opérateurs.
La CMA estime que cette pratique trompe les clients et fausse la concurrence, car elle empêche une comparaison loyale des offres. En effet, un consommateur pourrait être tenté par une offre affichée à un prix attractif, sans réaliser que des frais supplémentaires s'appliquent en réalité. Une situation qui rappelle les débats récurrents autour des « frais cachés » dans d'autres secteurs, comme les locations de voitures ou les réservations d'hôtels.
Trainline réagit : transparence et amélioration promises
Interrogé par BFM Business, Trainline a réagi en affirmant sa volonté d'offrir à ses clients une « expérience de réservation transparente, avec des prix clairs et une véritable valeur ajoutée ». L'entreprise assure avoir échangé de manière proactive avec la CMA pendant plusieurs mois et pris des mesures pour améliorer la présentation de certains frais à ses clients. « Nous continuerons à échanger avec la CMA afin de répondre à leurs questions », a déclaré un porte-parole de Trainline.
Cette réponse s'inscrit dans un contexte où Trainline, bien que leader en ligne au Royaume-Uni, fait face à une pression réglementaire croissante. La société, qui a généré 520 millions d'euros de revenus pour l'exercice 2025-2026, pourrait être lourdement sanctionnée si l'enquête de la CMA aboutit à une condamnation. Une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d'affaires mondial n'est pas à exclure, ce qui représenterait une somme colossale pour l'entreprise.
En France, pas de frais de réservation pour les billets de train
Si la situation est scrutée de près au Royaume-Uni, Trainline applique des pratiques différentes en France, où le marché ferroviaire reste dominé par la SNCF. Selon BFM Business, la plateforme ne facture pas de frais de réservation pour la majorité des billets de train. Le prix final est donc identique à celui proposé sur les sites officiels des transporteurs, Trainline se rémunérant via des commissions versées par les compagnies ferroviaires.
Cette approche explique pourquoi les utilisateurs français ne sont pas confrontés aux mêmes frustrations que leurs homologues britanniques. Pourtant, Trainline mise sur l'ouverture à la concurrence et l'Interopérabilité des Services d'Information (IAS) pour étendre sa présence en France. L'entreprise espère ainsi attirer de nouveaux clients, malgré la concurrence féroce de SNCF Connect, qui reste le leader incontesté du marché.
En attendant, les consommateurs britanniques sont invités à vérifier attentivement les conditions de réservation avant d'acheter un billet sur Trainline. Une prudence qui s'impose d'autant plus que les frais supplémentaires, bien que modérés, peuvent représenter une part non négligeable du coût total d'un voyage.
Pour les billets de train, les frais non inclus dans le prix affiché varient entre 0,59 £ et 2,79 £ (soit environ 0,70 € à 3,30 €). Pour les billets de cars, le montant supplémentaire est de 1,50 £.