Selon Libération, alors que son armée peine à progresser sur le front ukrainien, le Kremlin multiplie les actions de déstabilisation à l’encontre des pays soutenant Kiev. Cyberattaques ciblées, utilisation de drones, ingérences politiques et opérations clandestines : Moscou mise désormais sur une stratégie de confrontation indirecte pour fragiliser ses adversaires. Une escalade qui intervient dans un contexte où les alliés de l’Ukraine, notamment en Europe de l’Est et en Europe centrale, sont en première ligne face à ces menaces diffuses.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Kremlin a accru ses cyberattaques contre des infrastructures critiques en Pologne, en Roumanie et dans les pays baltes depuis début 2026, selon des rapports relayés par l’OTAN.
  • Des drones non identifiés, probablement d’origine russe, ont été repérés à plusieurs reprises au-dessus de l’espace aérien suédois et finlandais au cours de l’été 2026.
  • Des campagnes de désinformation massives, attribuées à des médias et comptes liés à Moscou, visent à saper la cohésion de l’Union européenne et à discréditer le soutien à l’Ukraine.
  • Les services de renseignement occidentaux ont recensé plus de 200 tentatives d’ingérences dans les processus électoraux des États membres depuis le début de l’année.
  • La Russie a officiellement nié toute implication dans ces activités, tout en multipliant les déclarations hostiles envers les pays hostiles à sa politique.

Une stratégie de guerre hybride en réponse à l’enlisement en Ukraine

Depuis le début de l’année, Libération relève une nette augmentation des actions russes menées hors du territoire ukrainien. « Moscou joue sur plusieurs tableaux pour compenser ses échecs militaires », analyse un expert en géopolitique interrogé par nos confrères. Les cyberattaques visent désormais des secteurs stratégiques : réseaux énergétiques, systèmes de communication gouvernementaux, mais aussi infrastructures portuaires en mer Baltique. En Pologne, un rapport de l’Agence européenne pour la cybersécurité (ENISA) a confirmé une intrusion majeure dans un réseau ferroviaire régional en juillet 2026, imputée à un groupe lié au GRU, le service de renseignement militaire russe.

Côté drones, les incursions en espace aérien européen se sont multipliées. En août 2026, la Suède a intercepté trois drones non identifiés près de Stockholm, tandis que la Finlande signalait des survols répétés de son territoire. Helsinki a officiellement protesté auprès de Moscou, qui a démenti toute responsabilité. « Ces actions s’inscrivent dans une logique de pression constante, autant dire qu’elles visent à tester la réaction de l’OTAN », souligne un officier finlandais sous couvert d’anonymat.

Des campagnes de désinformation pour semer la division en Europe

Parallèlement aux actions militaires et paramilitaires, la Russie déploie des moyens colossaux pour influencer l’opinion publique européenne. Selon Libération, des médias comme RT (Russia Today) et Sputnik ont accru leur audience en Europe de l’Est, tandis que des milliers de comptes automatisés relayent massivement des fausses informations sur les réseaux sociaux. En Allemagne, une enquête parlementaire a révélé que 15 % des contenus partagés sur Twitter à propos de la guerre en Ukraine en août 2026 étaient d’origine russe ou pro-russe.

Les cibles privilégiées de ces campagnes ? Les partis politiques opposés au soutien militaire à l’Ukraine. En Slovaquie, le parti pro-russe Smer-SD a ainsi vu ses scores électoraux progresser de manière significative après une vague de désinformation ciblant le gouvernement en place. « L’objectif est clair : créer un climat de défiance envers les institutions européennes et diviser les alliés de Kiev », explique une analyste de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

« La Russie ne cherche plus seulement à gagner la guerre en Ukraine, mais à affaiblir l’Europe dans son ensemble. Chaque cyberattaque, chaque drone, chaque fake news est une pierre ajoutée à l’édifice de l’instabilité. »
— Un haut responsable de l’OTAN, cité par Libération

L’Europe réagit, mais la menace persiste

Face à cette escalade, les pays européens ont commencé à renforcer leurs défenses. La Pologne et les pays baltes ont augmenté leurs budgets dédiés à la cybersécurité, tandis que l’Union européenne a adopté en juin 2026 un paquet de sanctions ciblant les acteurs russes impliqués dans ces activités hybrides. « Nous sommes en train de construire une réponse collective, mais le risque d’escalade est réel », a prévenu le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

Pourtant, malgré ces mesures, les failles persistent. En France, un rapport parlementaire publié en juillet 2026 pointait du doigt la vulnérabilité des petites et moyennes entreprises face aux cyberattaques, souvent négligées par les dispositifs de protection nationaux. « On a l’impression que l’Europe se réveille seulement maintenant, alors que les attaques ont commencé il y a des années », déplore un expert en sécurité informatique basé à Paris.

Et maintenant ?

À court terme, les observateurs s’attendent à une intensification des tensions en Europe de l’Est, où la Moldavie et la Géorgie pourraient devenir les prochaines cibles des actions hybrides russes. Une conférence ministérielle de l’OTAN prévue à Varsovie début octobre 2026 doit aborder cette question, avec à l’ordre du jour la mise en place d’un centre européen dédié à la lutte contre la guerre hybride. Reste à voir si les États membres parviendront à coordonner leurs réponses, alors que les divergences d’approche persistent entre l’Europe de l’Ouest et les pays frontaliers avec la Russie.

Alors que le conflit en Ukraine s’enlise, la guerre hybride menée par Moscou contre l’Europe pourrait bien redéfinir les équilibres géopolitiques du continent dans les mois à venir. Une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option.