Trois appellations fromagères d’origine protégée (AOP) – le reblochon, le cantal et la fourme d’Ambert – bénéficient désormais d’un assouplissement temporaire de leurs règles de production, en raison de la sécheresse qui a touché les pâturages cet été. Selon BFM Business, ces dérogations, publiées au Journal officiel ce mardi 1er septembre 2026, s’ajoutent à celles déjà accordées à d’autres fromages comme le comté, le beaufort ou l’abondance.

Ce qu'il faut retenir

  • Réduction de 30 jours de la durée minimale de pâturage pour le reblochon en 2026 (120 jours au lieu de 150 jours habituellement).
  • Pour le cantal, jusqu’à 50 % des fourrages des vaches peuvent provenir hors de l’aire géographique AOP, avec une liste restreinte de produits autorisés.
  • La fourme d’Ambert voit son taux de fourrage extérieur porté à 20 % de la ration alimentaire des vaches laitières.
  • Les éleveurs doivent respecter un seuil minimal de 75 % de fourrage local pour le reblochon, contre 100 % normalement.
  • Ces mesures exceptionnelles font suite à une sécheresse précoce ayant stoppé net la pousse des prairies dès fin mai 2026.
  • D’autres AOP, comme le comté et le beaufort, avaient déjà obtenu des dérogations similaires après la sécheresse de 2022.

Les trois fromages concernés – le reblochon, le cantal et la fourme d’Ambert – partagent une caractéristique commune : leur production repose sur un cahier des charges strict, imposant aux éleveurs d’alimenter majoritairement leurs troupeaux avec de l’herbe issue d’une zone géographique délimitée. Pour le reblochon, cette aire s’étend dans les Alpes, tandis que le cantal et la fourme d’Ambert sont produits en Auvergne.

Or, la sécheresse prolongée de l’été 2026 a asséché ces pâturages bien avant leur période de repos habituelle. Résultat, les éleveurs se retrouvent dans l’incapacité de respecter les obligations liées à l’AOP, notamment en matière de durée de pâturage ou de provenance des fourrages. Face à cette situation, les producteurs ont sollicité des dérogations, rapidement accordées par les pouvoirs publics.

Des règles assouplies, mais encadrées

Pour le reblochon, la dérogation principale porte sur la durée minimale de pâturage estival, ramenée à 120 jours en 2026 (contre 150 jours normalement). Par ailleurs, les fourrages issus de l’aire AOP doivent représenter au moins 75 % de la ration de base des vaches, contre 100 % auparavant. Les éleveurs peuvent compléter avec des apports extérieurs, à condition qu’ils proviennent de foin, de luzerne, d’herbe enrubannée ou de paille.

Côté cantal, l’assouplissement est encore plus marqué : jusqu’à 50 % des fourrages des vaches peuvent être importés hors de l’aire géographique, mais uniquement sous forme de foin, de luzerne déshydratée, d’herbe enrubannée ou de paille. Cette mesure vise à éviter une rupture de stock en fourrage, alors que les prairies locales n’ont pas repoussé suffisamment.

Enfin, pour la fourme d’Ambert, les producteurs disposent d’une marge de manœuvre similaire : 20 % des fourrages des rations alimentaires des vaches laitières peuvent provenir hors de l’aire AOP. Une tolérance qui reste strictement encadrée pour préserver l’identité du produit.

Un phénomène récurrent, déjà observé en 2022

Cette situation n’est pas inédite. BFM Business rappelle que des dérogations comparables avaient déjà été accordées après la sécheresse de 2022, notamment pour le comté, le beaufort et l’abondance. Ces épisodes de sécheresse estivale, de plus en plus fréquents en France, poussent régulièrement les filières fromagères à adapter leurs pratiques pour éviter des pénuries.

Le gouvernement avait d’ailleurs acté ces assouplissements dès la semaine dernière pour trois autres AOP – comté, beaufort et abondance –, confirmant ainsi l’ampleur du phénomène. Ces mesures exceptionnelles s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions sur les ressources fourragères, déjà signalées par les éleveurs dès le printemps 2026.

Dès fin mai, la pousse des prairies avait en effet été stoppée net sur une large partie du territoire, forçant les agriculteurs à puiser dans leurs réserves de foin de printemps, normalement destinées à l’hivernage des troupeaux. Une situation qui inquiète pour l’approvisionnement des mois à venir, alors que les stocks sont déjà fortement entamés.

« La sécheresse a pris tout le monde de court. On a dû commencer à utiliser le foin de printemps dès l’été, ce qui n’était pas prévu. Sans ces dérogations, la production fromagère aurait été compromise. »

Un éleveur de Haute-Savoie, sous couvert d’anonymat

Et maintenant ?

Les dérogations accordées pour 2026 sont valables jusqu’à la fin de l’année, mais leur prolongation dépendra de l’évolution de la situation météorologique. Les producteurs et les syndicats professionnels surveillent de près les prévisions de pluie pour les prochaines semaines, alors que les sols restent secs dans de nombreuses régions.

Une réunion est prévue début octobre avec les représentants des filières concernées pour évaluer l’impact de ces mesures et ajuster, si nécessaire, les règles pour 2027. Dans l’immédiat, les AOP concernées appellent à la prudence, rappelant que ces assouplissements ne doivent pas remettre en cause la qualité et l’authenticité de leurs produits.

Pour rappel, le reblochon, le cantal et la fourme d’Ambert figurent parmi les fromages français les plus emblématiques, protégés par une AOP qui garantit leur origine et leurs méthodes de production traditionnelles. Leur survie face à la sécheresse illustre les défis croissants auxquels fait face le secteur laitier, entre adaptation aux aléas climatiques et préservation des savoir-faire.

Reste à savoir si ces dérogations, devenues presque routinières, suffiront à maintenir l’équilibre des filières à moyen terme. Une chose est sûre : la question de l’adaptation des pratiques agricoles à un climat de plus en plus capricieux sera au cœur des débats dans les années à venir.

Les producteurs et les syndicats insistent sur le fait que les dérogations restent exceptionnelles et encadrées. Selon eux, la qualité des fromages ne devrait pas être affectée, car les règles de production – notamment en matière de transformation du lait – restent strictement respectées. Les assouplissements portent uniquement sur l’alimentation des vaches, et non sur les étapes de fabrication du fromage.