Depuis quelques années, les tendances de la génération Z se distinguent par leur volonté de s’affranchir des normes sociales traditionnelles. Selon Courrier International, une nouvelle pratique émerge sur les réseaux sociaux : le « solo-maxxing ». Popularisé sur TikTok, ce concept consiste à choisir délibérément de rester célibataire, voire à glorifier une existence sans relations amoureuses ou amicales. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large, marqué par l’hétérofatalisme — l’idée que les relations hétérosexuelles ne mènent à rien de bon — tout en interrogeant ses propres limites.
Ce qu'il faut retenir
- Le solo-maxxing désigne un choix volontaire de célibat, parfois assorti d’un rejet des relations amicales, popularisé par la Gen Z sur les réseaux sociaux.
- Cette tendance s’accompagne parfois d’une mise en scène de la solitude sur Instagram ou TikTok, où les utilisateurs partagent leurs voyages en solo, leurs routines sportives ou méditatives.
- Selon Psychology Today, le repli sur soi peut créer un faux sentiment de sécurité, limitant l’ouverture aux autres et aux remises en question personnelles.
- Le coût moyen d’un rendez-vous galant pour la Gen Z aux États-Unis atteint 205 dollars (180 euros), ce qui pousse certains à renoncer aux relations par contrainte financière.
- Un célibataire en âge de travailler en Grande-Bretagne a besoin de 30 500 livres sterling brut (35 600 euros) par an pour un niveau de vie minimal, contre 43 000 livres pour un couple (soit 25 100 euros par personne).
- Des experts comme Bella DePaulo, autrice de Single at Heart, y voient une évolution positive, rejetant l’idée que le mariage soit un objectif universel.
Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux
Le « solo-maxxing » ne se limite pas à une simple décision de rester célibataire : il s’accompagne souvent d’une esthétisation de la solitude. Sur Instagram ou TikTok, les utilisateurs partagent des photos de leurs escapades en solo, de leurs séances de sport ou de méditation, transformant ce qui était autrefois perçu comme une situation transitoire en un mode de vie revendiqué. « Cela a changé ma conception du célibat. Ce n’est plus une situation à changer ou dont il faut sortir », explique Carmen Hyden, 28 ans, citée par le magazine américain Wired.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de rejet des normes traditionnelles. « Quoi que fasse le monde Maga [les soutiens radicaux de Donald Trump] pour promouvoir les valeurs familiales chrétiennes et transformer les femmes en épouses tradis, le célibat n’est pas une cage pour la Gen Z », souligne Wired. Pour ses adeptes, le célibat offre une liberté inégalée : « Être seule signifie que personne ne vous perturbe ni ne vous sort de votre zone de confort », précise Carmen Hyden.
Un choix parfois dicté par la précarité économique
Si certains embrassent cette tendance par conviction, d’autres y sont contraints par la réalité économique. Selon le quotidien britannique The Guardian, le coût moyen d’un rendez-vous galant aux États-Unis a atteint 205 dollars (180 euros) en 2026, incluant repas, boissons, transport et soins de beauté. « Disons que vous deviez avoir 20 rendez-vous galants pour trouver l’âme sœur. Cela vous reviendra à 4 100 dollars [3 600 euros], avant tous les rendez-vous de suivi », calcule le journal. Un budget que beaucoup ne peuvent se permettre, surtout dans un contexte inflationniste.
En Grande-Bretagne, la situation est tout aussi préoccupante. Une étude de la Fondation Joseph-Rowntree révèle qu’un célibataire en âge de travailler a besoin de 30 500 livres sterling brut (35 600 euros) par an pour atteindre un niveau de vie minimal acceptable. À titre de comparaison, un couple du même âge doit disposer de 43 000 livres brut (50 200 euros) à deux, soit 21 500 livres par personne (25 100 euros). Autant dire que la solitude, bien que moins onéreuse en apparence, reste un luxe inaccessible pour une partie de la population.
Les limites d’un repli sur soi
Pour autant, les spécialistes s’interrogent sur les conséquences à long terme de cette tendance. Psychology Today met en garde : « Le repli sur soi peut donner un faux sentiment de sécurité, où l’on ne remet jamais en question les idées qu’on a sur soi-même et son environnement ». L’exposition à une diversité d’opinions et d’expériences est essentielle pour l’épanouissement personnel, rappelle le magazine. « Les êtres humains sont, par nature, des animaux sociaux. Et la vie n’est pas une prestation en solo », souligne-t-il.
Le site néerlandais The Next Web va plus loin : « Les relations humaines ont toujours été dangereuses, précisément parce que l’autre personne est libre de ne pas nous comprendre, de nous refuser, de nous ennuyer, de désirer quelque chose d’autre, de partir ». Pour ce média, le risque fait partie intégrante de l’expérience amoureuse, générant à la fois angoisse et désir. Mais dans un monde où le célibat est de plus en plus glamourisé, cette dimension disparaît-elle au profit d’une illusion de maîtrise ?
Une remise en question des normes sociales
Malgré ses écueils, le « solo-maxxing » est aussi perçu comme une évolution positive par certains observateurs. Bella DePaulo, sociologue et autrice de Single at Heart : The Power, Freedom, and Heart-Filling Joy of Single, y voit une libération. Pour elle, cette tendance permet de rejeter l’idée que le mariage ou la vie de couple soit l’objectif ultime des relations. « C’est une étape vers une société où chacun peut définir son propre bonheur, sans se soumettre à des attentes sociales », explique-t-elle.
Pourtant, tous les experts ne partagent pas cet enthousiasme. Le magazine en ligne Vice met en garde : « Le solo-maxxing peut être un choix de vie sain, à condition qu’il soit une démarche d’émancipation et non de peur ». Le risque ? Se couper du monde par crainte de l’échec ou par manque de moyens, plutôt que par conviction profonde. Comme le résume The Next Web : « Qu’arrive-t-il quand l’amitié devient sans frictions, quand l’affection devient disponible à la demande et que l’autre n’a plus à rester autre chose qu’un consommable ? »
En attendant, les réseaux sociaux continueront de jouer un rôle clé dans la diffusion de cette tendance. Les algorithmes favorisent les contenus qui génèrent de l’engagement, et le « solo-maxxing », avec ses images de voyages en solo et de routines bien-être, est particulièrement adapté à ce format. Reste à savoir si cette mode est durable ou si elle cédera la place à une nouvelle norme dans quelques années.
Si la pratique est principalement associée à la génération Z, elle touche aussi les jeunes adultes de la génération Y (millennials), notamment ceux qui remettent en question les normes traditionnelles du couple et de la famille. Certains observateurs notent que cette tendance reflète une évolution plus large des attentes en matière de relations.
Oui. Selon une enquête de la Banque de Montréal citée par The Guardian, le coût moyen d’un rendez-vous galant pour la Gen Z aux États-Unis s’élève à 205 dollars (180 euros) en 2026. En Grande-Bretagne, la Fondation Joseph-Rowntree estime qu’un célibataire a besoin de 30 500 livres sterling brut (35 600 euros) par an pour un niveau de vie minimal, contre 43 000 livres pour un couple.