Depuis plusieurs années, des familles tunisiennes se battent pour obtenir des réponses après la mort suspecte de leurs proches en détention. Selon Ouest France, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a recensé 36 décès survenus de manière suspecte alors que ces personnes se trouvaient sous la responsabilité des autorités tunisiennes. Ces familles dénoncent l’absence de transparence et l’impunité dont bénéficieraient les responsables, malgré les signalements répétés.
Ce qu'il faut retenir
- L’OMCT recense 36 morts suspectes en détention en Tunisie sous la responsabilité de l’État.
- Les familles dénoncent des difficultés persistantes pour obtenir justice et des enquêtes jugées insuffisantes.
- L’organisation internationale dénonce une culture de l’impunité autour de ces cas.
- Les décès surviennent dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires accrues en Tunisie.
Des décès qui restent sans explication claire
Les 36 cas documentés par l’OMCT concernent des détenus dont les morts n’ont pas été élucidées de manière satisfaisante. Selon les rapports, les causes officielles avancées – souvent des « suicides » ou des « problèmes de santé » – sont contestées par les familles, qui évoquent des traces de violences ou des conditions de détention incompatibles avec la survie. « Les explications fournies par les autorités sont souvent contradictoires et ne résistent pas à l’analyse », a déclaré un porte-parole de l’OMCT sous couvert d’anonymat.
Les familles, pour la plupart issues de milieux modestes, peinent à obtenir l’accès aux rapports d’autopsie ou aux vidéosurveillances des centres de détention. Quand elles parviennent à porter plainte, les procédures s’enlisent ou aboutissent à des classements sans suite. « On nous répond que les enquêtes sont en cours, mais cela fait des années que nous attendons », témoigne une mère dont le fils est décédé en 2023 dans un commissariat de Tunis.
Une organisation internationale qui alerte depuis des années
L’OMCT, basée à Genève, suit de près la situation en Tunisie depuis le début des années 2010, mais les signalements se sont multipliés depuis 2021, date à laquelle le pays a connu un durcissement politique. L’organisation a documenté des cas où des détenus présentaient des fractures, des brûlures ou des signes de torture avant leur mort. « Ces décès ne sont pas des accidents, mais le résultat d’un système qui tolère les mauvais traitements », a affirmé un responsable de l’OMCT lors d’une conférence de presse en mars 2026.
Les autorités tunisiennes, contactées à plusieurs reprises par Ouest France, n’ont pas répondu aux demandes d’entretien. Pourtant, en 2024, le gouvernement avait annoncé la création d’une commission indépendante pour examiner ces cas. À ce jour, aucun rapport public n’a été publié, et aucune sanction n’a été prononcée contre les responsables présumés.
Un contexte politique qui aggrave les tensions
Ces décès surviennent dans un pays où les arrestations arbitraires se sont intensifiées depuis le retour au pouvoir de Kais Saied en 2021. Selon des ONG locales, plus de 2 000 personnes seraient détenues pour des motifs politiques ou liés à la sécurité. Les conditions de détention dans les prisons tunisiennes, déjà critiquées par les Nations unies, se sont encore dégradées ces dernières années. Les familles des victimes dénoncent aussi l’absence de soutien psychologique ou juridique pour faire face à ces drames.
« Notre combat est devenu une lutte contre l’oubli », confie un père dont la fille est morte en 2022 après trois mois de détention préventive. « Chaque fois que nous réclamons des comptes, on nous répond que nous nuisons à l’image du pays. Mais qui parle pour nos enfants ? » Les associations de défense des droits humains estiment que ces morts sont le symptôme d’une justice à deux vitesses, où les victimes issues de milieux défavorisés sont les premières sacrifiées.
Reste à savoir si la pression internationale suffira à briser l’impunité. Pour l’heure, les familles continuent de se réunir chaque mois devant le ministère de la Justice à Tunis, brandissant les photos de leurs proches disparus. Sans réponse, leur combat risque de s’éterniser.
L’OMCT évoque principalement des signes de torture, des conditions de détention inhumaines et des causes officielles non vérifiées, comme des « suicides » ou des « problèmes de santé ». Les familles contestent ces versions et demandent des autopsies indépendantes.