Un collectif militant, baptisé EducNat contre Bolloré, lance une campagne de boycott ciblant les manuels scolaires publiés par Hachette Livre, filiale du groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré. Selon Le Monde – Education, cette initiative vise à dénoncer ce que le collectif qualifie de « mainmise » du milliardaire sur l’édition scolaire, tout en mettant en lumière les risques présumés de « financement d’un empire médiatique engagé dans une croisade pour favoriser l’extrême droite ».

Ce qu'il faut retenir

  • EducNat contre Bolloré est un collectif militant qui milite contre l’influence de Vincent Bolloré dans l’édition scolaire.
  • Le groupe appelle au boycott des manuels de Hachette Livre, filiale du groupe Vivendi, contrôlé par Bolloré.
  • L’objectif affiché est de ne plus « financer un empire médiatique en croisade pour faire gagner l’extrême droite ».
  • Le collectif propose des motions à soumettre en conseil d’administration des établissements scolaires.
  • Des alternatives aux manuels Hachette sont mises en avant pour remplacer ces ouvrages.

Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour du rôle des grands groupes médiatiques dans l’éducation. Vincent Bolloré, figure emblématique de l’industrie des médias, est régulièrement critiqué pour son engagement politique présumé, notamment auprès de personnalités d’extrême droite. Hachette Livre, leader historique de l’édition en France, détient une part significative du marché des manuels scolaires, un secteur évalué à plusieurs centaines de millions d’euros par an. EducNat contre Bolloré accuse ainsi indirectement les établissements scolaires de contribuer, via leurs achats, à financer des médias et des positions politiques jugées contraires aux valeurs républicaines.

Pour contrecarrer cette influence, le collectif propose aux enseignants et aux parents d’élèves des outils alternatifs. Parmi eux figurent des manuels édités par des structures indépendantes, ainsi que des ressources numériques libres de droits. « Nous ne voulons plus que nos enfants soient les complices involontaires d’une stratégie politique », a déclaré un porte-parole du collectif, cité par Le Monde – Education. Les motions proposées par EducNat seront soumises lors des prochains conseils d’administration des établissements, une démarche qui pourrait prendre de l’ampleur à la rentrée scolaire 2026-2027.

Une stratégie de boycott déjà en cours dans certains établissements

Plusieurs établissements, notamment en Île-de-France et en Nouvelle-Aquitaine, ont déjà annoncé leur intention de rejoindre le mouvement. Des enseignants motivés par cette cause ont commencé à remplacer les manuels Hachette par des ouvrages édités par des associations ou des maisons d’édition indépendantes, comme L’Atelier des Feuilles ou Éditions du Sureau. D’autres établissements envisagent de ne plus commander de manuels Hachette à la rentrée prochaine, ce qui pourrait représenter une perte financière significative pour le groupe.

« Ce n’est pas une décision facile à prendre », confie une professeure d’histoire-géographie en lycée à Bordeaux. « Mais quand on voit que certains manuels adoptent un discours qui nous semble biaisé, on se dit que boycotter ces éditeurs est le seul moyen de faire entendre notre voix. » Cette enseignante, qui souhaite garder l’anonymat, précise qu’elle a déjà remplacé trois manuels Hachette par des ressources qu’elle a elle-même compilées à partir de sources variées. Une démarche saluée par le collectif, qui y voit un exemple à suivre.

Hachette Livre réagit : un déni des accusations

Contacté par Le Monde – Education, le service de presse de Hachette Livre a rejeté en bloc les accusations portées par EducNat contre Bolloré. « Hachette Livre est une maison d’édition indépendante, engagée dans la diffusion du savoir et de la culture, sans aucune arrière-pensée politique », a affirmé un porte-parole. Le groupe rappelle que ses manuels sont soumis à des appels d’offres publics et que leur contenu est validé par des comités scientifiques indépendants. « Notre mission est de fournir des outils pédagogiques de qualité, en totale neutralité », a-t-il ajouté.

Malgré cette réponse, le collectif maintient sa critique, soulignant que l’indépendance éditoriale est difficile à garantir lorsque l’actionnaire majoritaire du groupe, Vincent Bolloré, est aussi une figure médiatique dont les prises de position politiques sont régulièrement médiatisées. « On ne peut pas dissocier le contenu des manuels de l’environnement dans lequel ils sont produits », rétorque un membre d’EducNat contre Bolloré. Le débat sur l’influence des grands groupes sur l’éducation, déjà vif, risque donc de s’amplifier dans les mois à venir.

Et maintenant ?

Le mouvement pourrait s’étendre à d’autres régions françaises d’ici la rentrée 2026, avec une montée en puissance des alternatives proposées par le collectif. Une réunion nationale est prévue le 15 septembre 2026 pour coordonner les actions et évaluer l’impact du boycott. Par ailleurs, des associations de parents d’élèves, comme la FCPE, devraient se prononcer sur la question lors de leur congrès annuel en octobre 2026. Reste à voir si cette mobilisation gagnera en ampleur ou si elle restera cantonnée à des cercles militants.

Cette initiative rappelle celle menée contre les manuels scolaires édités par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) dans les années 2010, où des enseignants avaient dénoncé des biais idéologiques dans certains ouvrages. Comme alors, le débat oppose ici neutralité pédagogique et engagement militant, un équilibre toujours délicat à trouver dans l’espace éducatif.

Le boycott cible principalement les manuels scolaires édités par Hachette Livre, filiale du groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré. Il s’agit notamment des collections phares comme Histoire Géographie 2020, Français Méthodes & Pratiques ou encore Sciences Économiques et Sociales, utilisées dans de nombreux collèges et lycées.

Le collectif prévoit de suivre les commandes de manuels Hachette par les établissements scolaires via des enquêtes auprès des rectorats et des associations de parents d’élèves. Une baisse significative des achats serait considérée comme un succès de la campagne. Une réunion de bilan est prévue pour décembre 2026.