Paris, le 7 juillet 2026 — Selon Le Monde, un eurodéputé grec impliqué dans une commission d’enquête sur le logiciel espion Pegasus aurait été lui-même ciblé par ce même outil. Des analyses techniques menées sur son téléphone portable révèlent des traces d’infection par le spyware développé par le groupe NSO, alors qu’il participait précisément à des travaux visant à évaluer l’usage de cet instrument controversé.

Ce qu'il faut retenir

  • Stelios Kouloglou, ancien député européen grec, a vu son téléphone infecté par Pegasus alors qu’il siégeait dans une commission d’enquête sur ce logiciel.
  • Les analyses techniques ont confirmé la présence de traces d’infection, comme le rapporte Le Monde.
  • Pegasus, développé par le groupe israélien NSO, est un spyware capable d’espionner les communications d’un appareil à distance.
  • Cette commission européenne avait pour mission d’examiner l’utilisation de ce type d’outils par certains États.

Une enquête européenne sous haute tension

Stelios Kouloglou, figure politique grecque connue pour ses positions critiques envers les pratiques d’espionnage, participait activement aux travaux de la commission spéciale du Parlement européen sur Pegasus. Créée en 2023, cette instance avait pour objectif d’évaluer l’impact et les dérives liées à l’utilisation de ce logiciel par des gouvernements ou des acteurs privés. Pourtant, alors que les débats s’intensifiaient, son propre appareil a été compromis, révélant une ironie tragique — et potentiellement une tentative d’intimidation.

Les investigations menées par des experts en cybersécurité ont permis de détecter des signatures numériques caractéristiques de Pegasus. Ces traces, analysées par plusieurs laboratoires indépendants, confirment une intrusion qui coïncide avec la période où Kouloglou travaillait sur ce dossier sensible. Le Monde précise que ces éléments ont été partagés avec les autorités européennes, qui n’ont pas encore réagi publiquement.

Pegasus, un outil au cœur des controverses

Développé par NSO Group, une entreprise israélienne spécialisée dans les technologies de surveillance, Pegasus est un spyware capable d’infecter un smartphone à distance, permettant à son utilisateur d’accéder à l’ensemble des données contenues dans l’appareil. Depuis sa révélation en 2016, ce logiciel a été utilisé dans plusieurs affaires d’espionnage contre des journalistes, des opposants politiques ou des défenseurs des droits humains.

En 2021, une enquête du consortium international Forbidden Stories avait déjà mis en lumière l’ampleur de son utilisation par des États, dont certains membres de l’Union européenne. Ces révélations avaient conduit à des sanctions contre NSO Group, notamment l’inscription de l’entreprise sur une liste noire américaine. Pourtant, malgré ces mesures, le logiciel continue d’être déployé, comme en témoigne ce nouveau cas.

Les réactions en suspens

Contactée par Le Monde, la direction de NSO Group n’a pas réagi à ces accusations. De son côté, Stelios Kouloglou a indiqué à plusieurs médias européens que « cette attaque est une tentative claire d’entraver le travail de la commission ». Il a ajouté : « Si des gouvernements ou des acteurs malveillants cherchent à me faire taire, ils échoueront. Nous poursuivrons nos investigations avec encore plus de détermination. »

Pour l’instant, aucune autorité judiciaire ou administrative européenne n’a ouvert d’enquête officielle concernant cette affaire. Cependant, plusieurs eurodéputés ont exigé une réponse urgente de la part de la Commission européenne, tandis que des associations de défense des droits numériques appellent à un renforcement des mécanismes de protection des lanceurs d’alerte et des élus impliqués dans des dossiers sensibles.

Et maintenant ?

La commission d’enquête sur Pegasus doit rendre son rapport final d’ici la fin de l’année 2026. Dans ce contexte, la découverte de cette infection pourrait accélérer les débats sur la nécessité de réguler plus strictement l’exportation et l’utilisation des technologies de surveillance. Une proposition de règlement visant à interdire les logiciels espions comme Pegasus dans l’UE est déjà en discussion au Parlement européen. Son adoption dépendra en grande partie des preuves supplémentaires que pourraient apporter les nouvelles investigations.

En attendant, la question reste entière : qui se cache derrière cette tentative d’intrusion ? Les pistes pointent vers des acteurs étatiques ou des groupes privés liés à des régimes autoritaires, mais aucune preuve formelle n’a encore été établie. Une chose est sûre : ce nouvel épisode rappelle une fois de plus les dangers liés à l’opacité des technologies de surveillance et à l’impunité de leurs utilisateurs.

Pegasus utilise généralement des méthodes sophistiquées comme des liens ou des messages piégés (SMS, emails, applications malveillantes) pour tromper l’utilisateur et installer un logiciel espion sur l’appareil. Une fois infecté, le spyware peut accéder aux appels, messages, contacts, localisations et même activer à distance le microphone ou la caméra du smartphone.