Le secteur de l’intelligence artificielle continue de se structurer malgré les incertitudes entourant certaines introductions en bourse emblématiques. D’après Cryptoast, la plateforme décentralisée Venice.AI vient de rejoindre le cercle très fermé des « licornes » de l’IA, grâce à une levée de fonds de 65 millions de dollars en equity, portant sa valorisation à plus d’un milliard de dollars. Une performance réalisée moins de deux ans après son lancement officiel en mai 2024.

Ce qu'il faut retenir

  • Venice.AI, plateforme d’IA décentralisée et axée sur la confidentialité, lève 65 millions de dollars en equity, devenant une licorne valorisée à plus d’un milliard de dollars.
  • L’opération, menée par Dragonfly, a été soutenue par des investisseurs majeurs comme Coinbase Ventures, F-Prime, North Island Ventures et Morgan Creek.
  • La plateforme revendique 3,5 millions d’utilisateurs enregistrés et traite 1 300 milliards de tokens VVV par mois, avec une émission de tokens désormais réduite à 3 millions par an.
  • Contrairement aux détenteurs du token VVV, les nouveaux actionnaires investissent dans le capital de Venice.AI, et non dans le token, ce qui pose la question de la convergence des intérêts.
  • Le protocole Morpho avait déjà anticipé cette problématique en adoptant une stratégie « actif unique » autour de son token MORPHO dès juin 2025.

Ce tour de table intervient dans un contexte où le marché de l’IA, malgré des ajustements, affiche une croissance soutenue. Si OpenAI a récemment reporté son introduction en bourse à 2027 — une décision motivée par l’attente d’une valorisation estimée à 1 000 milliards de dollars — les levées de fonds dans le secteur restent dynamiques. Venice.AI se distingue par son approche axée sur la décentralisation et la protection des données, un positionnement qui séduit les investisseurs malgré les défis réglementaires persistants dans l’écosystème crypto.

Une levée de fonds stratégique portée par des acteurs majeurs

L’opération, menée par le fonds Dragonfly, a rassemblé un consortium d’investisseurs incluant Coinbase Ventures, filiale du géant des cryptomonnaies, ainsi que F-Prime, North Island Ventures et Morgan Creek. Selon les informations rapportées par Cryptoast, cette levée de fonds de série A vise à accélérer le déploiement mondial de l’application grand public et de l’API de Venice.AI, afin de démocratiser l’accès à une intelligence artificielle privée et décentralisée.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique d’expansion rapide, avec un objectif affiché : permettre à un maximum d’utilisateurs et d’agents autonomes d’accéder à des services d’IA sans restrictions géographiques ni limitations techniques. La plateforme mise ainsi sur sa capacité à traiter des volumes massifs de données tout en garantissant la confidentialité, un argument de poids dans un secteur où les questions de souveraineté numérique prennent une importance croissante.

Des performances opérationnelles en forte croissance

Venice.AI affiche des chiffres impressionnants depuis son lancement : 3,5 millions d’utilisateurs enregistrés, soit une base déjà significative pour une jeune entreprise. La plateforme traite également 1 300 milliards de tokens VVV chaque mois, un volume qui illustre son activité soutenue. Pour répondre aux attentes de ses investisseurs et utilisateurs, Venice.AI a d’ailleurs réduit son émission annuelle de tokens VVV, passant de 4 millions à 3 millions par an depuis le 1er juillet 2026.

Cette politique de rachat et de destruction de tokens, déjà mise en œuvre avec la destruction de 33,7 millions d’unités (soit 42 % de l’offre totale), vise à soutenir la valeur du VVV. Pourtant, cette démarche soulève une question centrale : les détenteurs de tokens bénéficient-ils vraiment des retombées économiques de la plateforme ? La réponse est loin d’être évidente, comme en témoignent les mécanismes de redistribution actuellement en place.

Token VVV vs. actionnariat : une divergence d’intérêts à surveiller

Un élément clé à noter est la nature même de la levée de fonds : les investisseurs ayant participé à l’opération de juin 2026 ont acquis des parts dans le capital de Venice.AI, et non des tokens VVV. Cette distinction est cruciale, car elle place les actionnaires dans une position privilégiée par rapport aux détenteurs de tokens. En effet, les premiers captent la valeur créée par l’entreprise — revenus, rentabilité, développement des data centers — tandis que les seconds dépendent des mécanismes de redistribution, actuellement limités.

Cette situation n’est pas sans rappeler le cas du protocole Morpho, qui avait annoncé en juin 2025 une stratégie « actif unique » centrée sur son token MORPHO pour aligner les intérêts de ses parties prenantes. Une approche que Venice.AI pourrait être amenée à étudier, surtout si l’écart entre la valorisation de l’entreprise et celle de son token s’élargit. La question de la gouvernance et de la répartition de la valeur reste donc un enjeu majeur pour les plateformes décentralisées.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour Venice.AI, qui devra concrétiser ses ambitions de croissance tout en clarifiant le rôle du token VVV. Une communication transparente sur la redistribution des revenus et la gouvernance pourrait rassurer les détenteurs de tokens. Par ailleurs, la plateforme devra surveiller l’évolution des régulations dans le domaine de l’IA décentralisée, un secteur encore en construction. Enfin, si son modèle économique se confirme, Venice.AI pourrait servir de référence pour d’autres acteurs souhaitant allier performance financière et décentralisation.

Avec cette levée de fonds, Venice.AI s’impose comme un nouvel acteur incontournable de l’écosystème IA, mais son succès futur dépendra de sa capacité à concilier les attentes de ses investisseurs, de ses utilisateurs et de sa communauté de détenteurs de tokens. Une équation complexe, mais pas impossible à résoudre pour une entreprise qui mise sur l’innovation et la décentralisation.

Les détenteurs du token VVV ne bénéficient pas directement des revenus de l’entreprise, contrairement aux actionnaires. Leur valeur dépend principalement des mécanismes de redistribution et de la rareté du token, qui sont actuellement limités. De plus, l’émission réduite à 3 millions de VVV par an ne garantit pas une appréciation automatique de sa valeur.

Les investisseurs en equity détiennent des parts dans le capital de Venice.AI, ce qui leur donne accès aux revenus, à la rentabilité et à la valorisation globale de l’entreprise. En revanche, les détenteurs de tokens VVV ne participent pas à ces bénéfices et dépendent des politiques de redistribution, actuellement marginales.