La Cour suprême de la province argentine de Mendoza a entamé, mercredi 7 juillet 2026, l’examen de la demande d’annulation du non-lieu prononcé en faveur d’Oscar Jegou et Hugo Auradou, deux joueurs du XV de France accusés de viol aggravé en 2024. Selon RMC Sport, cette procédure pourrait relancer une affaire judiciaire qui semblait close depuis février 2025, date à laquelle la chambre d’appel du tribunal de Mendoza avait confirmé le non-lieu en première instance.
Les deux internationaux français, alors en déplacement avec leur sélection pour affronter les Pumas, avaient été mis en cause par une Argentine de 39 ans, qui dénonçait des relations sexuelles non consenties et violentes dans leur chambre d’hôtel. Leurs avocats plaidaient quant à eux en faveur d’un consentement de la plaignante. Dans ce contexte tendu, l’avocate de la victime, Me Natacha Romano, a exposé devant la plus haute juridiction régionale les arguments en faveur de la réouverture du dossier, qualifiant l’enquête de « défaillante » et les procédures d’expertise d’irrégulières.
Ce qu'il faut retenir
- La Cour suprême de Mendoza examine depuis le 7 juillet 2026 la demande d’annulation du non-lieu prononcé en faveur d’Oscar Jegou et Hugo Auradou, accusés de viol aggravé en 2024.
- En février 2025, la chambre d’appel de Mendoza avait confirmé ce non-lieu, estimant qu’il n’y avait « pas d’éléments permettant de soutenir une accusation sérieuse ».
- La plaignante, une Argentine de 39 ans, dénonce des relations non consenties et violentes, tandis que les joueurs invoquent un consentement mutuel.
- L’avocate de la victime, Me Natacha Romano, a demandé l’annulation du non-lieu, la réouverture de l’enquête et la révocation des procureurs ayant traité l’affaire.
- Les deux joueurs, toujours intégrés au groupe du XV de France pour le Championnat des nations, ont participé à une visioconférence lors de l’audience.
Une procédure rouverte sous la pression de la partie civile
L’étude de cette demande par la Cour suprême de Mendoza intervient après des mois de mobilisation de la partie civile. Me Natacha Romano, avocate de la plaignante, a défendu devant les juges la nécessité de rouvrir l’enquête, arguant que les investigations initiales avaient été bâclées. Dans un entretien accordé à l’AFP à l’issue de l’audience, elle a réclamé « l’annulation du non-lieu, la réouverture de l’enquête et la révocation des procureurs qui sont intervenus », insistant sur le fait que sa cliente souhaite « épuiser tous les recours judiciaires ».
Côté défense, l’avocat des joueurs, Me Rafael Cuneo Libarona, a estimé que la Cour prendrait « une vingtaine de jours pour analyser le dossier, les réquisitions du parquet, les arguments de la partie civile et ceux de la défense ». Il n’a pas caché sa conviction quant à un maintien du non-lieu, tout en évoquant la possibilité de poursuivre la plaignante pour dénonciation mensongère, une menace qui ajoute une dimension supplémentaire à ce dossier déjà complexe.
Un non-lieu confirmé en 2025, mais des zones d’ombre persistantes
L’affaire remonte à 2024, lorsque la plaignante argentine avait porté plainte contre les deux joueurs pour viol aggravé, affirmant avoir subi des rapports sexuels non consentis et d’une grande violence dans une chambre d’hôtel à Mendoza. Les deux Français, alors en tournée avec le XV de France, avaient toujours nié les faits, déclarant que la relation avait été consentie. En première instance, puis en appel, les tribunaux argentins avaient donné raison aux joueurs, concluant à un « manque d’éléments permettant de soutenir une accusation sérieuse ».
Pour autant, les zones d’ombre autour de cette affaire n’ont cessé de nourrir les débats. L’avocate de la victime a pointé du doigt des irrégularités dans les procédures d’expertise et une enquête qu’elle juge « défaillante ». Ces arguments ont fini par convaincre la Cour suprême régionale d’examiner à nouveau la possibilité d’annuler le non-lieu, malgré l’absence d’obligation légale pour les juges de rouvrir le dossier.
Quelles suites judiciaires possibles ?
Si la Cour suprême de Mendoza n’est tenue par aucun délai pour rendre sa décision, les observateurs s’attendent à une analyse minutieuse du dossier, qui pourrait durer une vingtaine de jours selon les estimations de Me Libarona. Plusieurs scénarios sont envisageables : le maintien du non-lieu, l’annulation pure et simple de cette décision, ou encore une demande d’actes complémentaires avant toute conclusion.
Quelle que soit la décision des juges, la partie civile a déjà annoncé son intention de poursuivre le combat judiciaire. Me Romano a précisé que, sur instruction de sa cliente, elle « épuisera tous les recours », en commençant par une éventuelle saisine de la Cour suprême de la nation à Buenos Aires. À plus long terme, la Cour interaméricaine des droits de l’Homme pourrait être saisie, une issue qui soulèverait des questions sur l’application des normes judiciaires en Argentine et les recours disponibles pour les victimes de violences sexuelles.
Cette procédure rappelle que les affaires judiciaires liées à des faits présumés de violences sexuelles à l’étranger peuvent avoir des répercussions durables, bien au-delà des frontières où elles se sont produites. Elle interroge aussi sur la capacité des systèmes judiciaires nationaux à traiter équitablement des dossiers sensibles, surtout lorsqu’ils impliquent des personnalités publiques ou des sportifs de haut niveau.