La 57e édition des Rencontres de la photographie d’Arles, ouverte depuis le 7 juillet et qui se poursuivra jusqu’au 4 octobre 2026, place cette année l’Afrique et la Méditerranée au cœur de sa programmation. Selon Franceinfo - Culture, le festival propose près de quarante expositions dans sa sélection officielle, baptisée « In », tandis que le « Off off » en compte au moins autant. Des photographes documentaristes aux artistes contemporains, en passant par des reporters engagés, les quelque 47 expositions du In offrent un panorama éclectique et vivant des images du monde, mêlant noir et blanc, couleurs, grands noms et talents émergents. Sous le soleil souvent caniculaire de la vieille ville provençale, Arles devient, pour trois mois, un véritable laboratoire visuel où chaque recoin se pare d’une image, d’une histoire, d’une émotion.
Ce qu'il faut retenir
- Cette édition des Rencontres d’Arles, qui se tient jusqu’au 4 octobre 2026, met l’Afrique et la Méditerranée à l’honneur avec 47 expositions dans le In et autant dans le Off off.
- Parmi les neuf expositions incontournables mises en avant par Franceinfo - Culture, figurent des travaux de Martine Barrat, Ming Smith, Paul Kodjo ou encore Park Chan-wook.
- Les Rencontres d’Arles attirent chaque année des milliers de visiteurs, amateurs éclairés et professionnels du monde entier, transformant la cité arlésienne en un lieu de dialogue et de découverte photographique.
Un festival sous le signe de l’Afrique et de la Méditerranée
Pour sa 57e édition, le festival arlésien tourne son regard vers le sud, en direction du continent africain et de ses rives méditerranéennes. Comme le souligne Franceinfo - Culture, cette programmation reflète une volonté de donner la parole à des photographes africains et diasporiques, tout en explorant les liens historiques et culturels qui unissent ces territoires. Entre documentaires sociaux, récits poétiques et témoignages engagés, les expositions du In dessinent un portrait multiple et contrasté de ces régions, où se mêlent modernité et héritages ancestraux. Une orientation saluée par les organisateurs, qui y voient une opportunité de repenser le dialogue entre les continents.
Neuf expositions à ne pas manquer
Parmi les quarante-sept expositions du In, Franceinfo - Culture a sélectionné neuf propositions jugées incontournables. La première, « Soul of the City [L’âme de la ville] » de Martine Barrat, plonge le visiteur à Harlem et dans le South Bronx des années 1970. L’artiste y documente, avec respect et immersion, la vie des gangs, la misère et la joie des quartiers noirs américains, capturant des instants de fraternité et de résilience à travers des portraits et des scènes de rue. Une œuvre qui témoigne de son engagement à « photographier l’autre sans le réduire au spectacle », comme elle l’explique dans le catalogue de l’exposition.
Autre figure majeure de la photographie contemporaine, Ming Smith, première femme noire à intégrer les collections du Museum of Modern Art (MoMA) de New York, présente « Lueur nomade » à l’église Sainte-Anne. Son travail, souvent qualifié de « blues visuel », joue avec le mouvement, la lumière et l’émotion, comme en témoignent ses portraits de musiciens de jazz, dont Sun Ra, saisi entre transe et improvisation. « L’image est toujours en mouvement, même si vous restez immobile », déclare-t-elle sur le site du MoMA. Une approche qui séduit autant qu’elle intrigue.
Des récits visuels et des témoignages engagés
L’exposition « Photoromance » de Paul Kodjo propose une plongée dans l’Abidjan des années 1970, où l’artiste ivoirien utilise le roman-photo pour raconter le développement de son pays après l’indépendance. À travers des intrigues kitsch et des mises en scène cinématographiques, Kodjo capture une société en pleine mutation, où l’architecture moderne et les fêtes nocturnes symbolisent l’optimisme d’une nation en construction. Un travail qui, selon Christoph Wiesner, directeur des Rencontres, « montre une Côte d’Ivoire à la fois ambitieuse et aujourd’hui partiellement oubliée ».
Plus politique, « La terre amoureuse (se dit de la terre qui colle aux bottes) » de Rebekka Deubner documente la résistance des militants écologistes, éleveurs et maraîchers face aux mégabassines. Cette jeune photographe allemande, présente lors des manifestations de Sainte-Soline en 2023, a sillonné la région entre 2023 et 2025 pour saisir l’intimité de ceux qui défendent leur terre. « Sa photographie, sobre mais intense, entre dans l’intime avec des images de mains abîmées par le travail ou des regards emplis de préoccupations », explique Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres. Une œuvre qui interroge la fragilité des écosystèmes face à la brutalité des décisions politiques.
Une plongée dans l’histoire et les cultures du monde
L’exposition « Modèle animal, 200 ans de photographie » à La Mécanique générale rassemble un bestiaire éclectique, des chats de Sophie Calle aux chiens stylisés de William Wegman, en passant par une hyène au Nigeria capturée dans une pose presque sensuelle par Pieter Hugo. Une réflexion sur la relation millénaire entre l’homme et l’animal, où chaque cliché raconte une histoire, une émotion, une symbolique.
Autre voyage, cette fois-ci à travers le temps et l’espace, « Le Corps vitré » de Lara Tabet et Yasmine Chemali transforme le cloître Saint-Trophime en laboratoire scientifique. À partir d’échantillons d’eau prélevés dans des zones portuaires polluées, les deux artistes développent une série de « bactériographies » qui révèlent l’impact des activités humaines sur les écosystèmes. « Ces images, faites d’émulsions rongées par les bactéries, sont comme notre propre peau exposée aux poisons », explique Lara Tabet. Une œuvre qui fusionne art et science pour alerter sur l’urgence environnementale.
Le Ghana et le Japon, deux focales singulières
« Ghana ! Rêver l’indépendance 1957-1976 », présentée au palais de l’Archevêché, retrace la construction visuelle d’une nation après sa libération du joug colonial. À travers les images de Paul Strand, photographe américain proche du Parti communiste et exilé pour ses idées, et celles de photographes ghanéens, l’exposition célèbre la vitalité du panafricanisme et l’émancipation culturelle. Une génération plus tard, Carlos Idun-Tawiah poursuit ce travail de mémoire en reconstituant des scènes de son enfance, offrant une perspective générationnelle sur l’héritage de l’indépendance.
Enfin, « From Our Windows » à la galerie Vague propose un dialogue entre deux générations de photographes japonaises : Rinko Kawauchi, star de la photographie contemporaine, et Tokuko Ushioda, qui a redécouvert ses négatifs sur le tard. La première, avec des images tendres et silencieuses de son enfance, transforme ses clichés en drapeaux flottants, créant une atmosphère contemplative. La seconde, à travers sa série « Ice Box », explore l’évolution du Japon à travers les réfrigérateurs de sa famille, révélant les transformations d’une société et d’un mode de vie. Une exposition qui célèbre l’ordinaire comme miroir du temps qui passe.
Un cinéaste derrière l’objectif : Park Chan-wook
Reste en Asie la découverte du travail photographique de Park Chan-wook, réalisateur coréen mondialement connu pour des films comme Old Boy. Présentée à la fondation Lee Ufan, son exposition « Par un matin calme » révèle une facette plus poétique et délicate de son art. Valérie Duponchelle, qui a curaté cette première exposition européenne du photographe, souligne : « Ses photos montrent un imaginaire bien plus tendre et poétique que ne le suggèrent ses films, souvent violents et sans pitié. » Entre natures mortes, paysages sereins et portraits de femmes, l’exposition offre un aperçu inédit de la sensibilité du cinéaste.
Les Rencontres de la photographie d’Arles restent, comme chaque année, un rendez-vous incontournable pour les amateurs d’images, où se croisent mémoire, création et prospective. Jusqu’au 4 octobre 2026, la cité provençale continue de prouver que la photographie est bien plus qu’un art : une fenêtre ouverte sur le monde et ses contradictions.
Le In désigne les expositions sélectionnées et organisées directement par les Rencontres d’Arles, tandis que le Off off regroupe des propositions indépendantes, souvent proposées par des artistes ou des collectifs hors cadre institutionnel. Le In bénéficie d’une visibilité accrue et d’un parcours officiel, tandis que le Off off permet de découvrir des travaux plus expérimentaux ou émergents.
Non, les Rencontres de la photographie d’Arles sont un festival annuel qui se tient chaque été, généralement de juillet à octobre. En dehors de cette période, la plupart des expositions ne sont pas accessibles. Certaines œuvres peuvent néanmoins être visibles dans des galeries partenaires ou lors d’événements ponctuels organisés par le festival.