Alors que l’Allemagne durcit ses règles sur les arrêts maladie, Euronews FR fait le point sur les disparités européennes en matière de certificats médicaux et d’indemnisation. Une réforme annoncée par Berlin s’inscrit dans une tendance plus large de lutte contre l’absentéisme perçu comme excessif, tout en interrogeant la place de la protection sociale sur le continent.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne impose désormais un certificat médical dès le premier jour d’arrêt, contre trois jours auparavant
- La Pologne instaure un contrôle médical obligatoire après 14 jours d’arrêt, malgré une indemnisation généreuse (80 % à 100 % du salaire)
- Au Royaume-Uni, aucun certificat n’est exigé avant sept jours, mais l’indemnité légale minimale reste faible (144 € par semaine)
- En France, le délai est de 48 heures pour remettre un arrêt, avec une indemnisation à 50 % du salaire journalier
- L’Espagne propose un régime généreux à partir du 20ᵉ jour (75 %), mais sans indemnité pendant les trois premiers jours
L’Allemagne resserre l’étau sur les arrêts maladie
À compter de cette semaine, les salariés allemands ne pourront plus s’absenter pour maladie sans fournir un certificat médical dès le premier jour d’arrêt. Cette mesure, annoncée par le chancelier Friedrich Merz la semaine dernière, s’inscrit dans un ensemble de réformes visant à relancer l’économie allemande, jugée ralentie par un taux d’absentéisme jugé trop élevé. Jusqu’ici, les employés pouvaient rester chez eux jusqu’à trois jours sans justificatif, et obtenir un arrêt sans consultation médicale. Autre particularité du système actuel : le salaire est intégralement maintenu pendant six semaines maximum en cas d’arrêt maladie.
Friedrich Merz a multiplié les critiques sur ce qu’il qualifie de « détournement du système », estimant que l’absentéisme pèse sur la productivité des entreprises. Reste à savoir comment cette réforme s’articulera avec les pratiques des autres pays européens, où les règles varient considérablement.
La Pologne et la Hongrie emboîtent le pas
L’Allemagne n’est pas isolée dans sa volonté de limiter les abus présumés. En Pologne, les salariés perçoivent déjà 80 % de leur salaire dès le premier jour d’arrêt, voire 100 % si la maladie est liée au travail. Varsovie renforce désormais son dispositif en instaurant un contrôle médical obligatoire après 14 jours d’arrêt, afin de vérifier la légitimité des prolongations. Cette approche reflète une tendance à l’augmentation des exigences administratives, même dans des pays où les indemnités sont déjà élevées.
En Hongrie, les règles sont encore plus strictes : les employeurs exigent un certificat médical dès le premier jour d’absence. Les salariés perçoivent en moyenne 70 % de leur salaire pendant les 15 premiers jours, puis entre 50 % et 60 % au-delà. Budapest illustre ainsi une philosophie différente, où l’accès rapide à un justificatif prime sur la flexibilité.
Royaume-Uni : souplesse mais faible indemnisation
Côté britannique, le système se distingue par sa grande souplesse. Les salariés n’ont besoin d’un certificat médical qu’après sept jours d’absence consécutifs. Cette règle, souvent défendue pour éviter les consultations inutiles pour des affections bénignes, permet aussi de limiter la surcharge des services de santé. Cependant, le revers de la médaille est une indemnité légale minimale de 144 € par semaine — un montant bien inférieur à ceux observés dans d’autres pays européens. Certains employeurs peuvent compléter cette somme, mais cela dépend des clauses contractuelles.
Cette approche reflète un équilibre différent entre protection sociale et incitation au travail, même en cas de maladie légère. Pour les salariés britanniques, la facilité administrative s’accompagne donc d’une sécurité financière réduite.
France, Italie, Espagne : des modèles contrastés
En France, le délai pour remettre un arrêt maladie est fixé à 48 heures. L’indemnité légale couvre 50 % du salaire journalier de base, dans la limite d’un plafond, mais les employeurs ont la possibilité de compléter cette somme pour les salariés éligibles. Cette formule illustre un compromis entre rapidité d’accès aux soins et maîtrise des coûts pour les entreprises.
L’Espagne propose l’un des régimes les plus avantageux à moyen terme : aucune indemnité n’est versée pendant les trois premiers jours, puis le montant passe à 60 % du salaire pendant un mois, et à 75 % à partir du 20ᵉ jour. Cette structure incite à un retour rapide au travail, tout en offrant une protection financière accrue pour les arrêts prolongés. En Italie, la situation est plus nuancée. Les salariés disposent de 48 heures pour transmettre leur arrêt, mais leur rémunération dépend de leur contrat pendant les trois premiers jours. Du quatrième jour au premier mois, ils ne perçoivent que la moitié de leur salaire, puis environ 67 % pour les cinq mois suivants — sauf pour les travailleurs de l’hôtellerie-restauration, qui bénéficient de 80 % de leur salaire pendant toute la durée de l’arrêt.
La Suède mise sur la confiance initiale
En Suède, le système repose sur un principe de confiance. Les salariés peuvent rester huit jours sans certificat médical, et celui-ci n’a même pas besoin de préciser la nature de la maladie. Les travailleurs perçoivent 80 % de leur rémunération dès le premier jour, et ce jusqu’au 14ᵉ jour. Au-delà, ils doivent s’adresser à l’agence d’assurance sociale Försäkringskassan pour obtenir des indemnités complémentaires. Cette approche, basée sur la responsabilité individuelle, contraste avec les systèmes plus bureaucratiques d’autres pays européens.
Un filet de sécurité plus solide qu’aux États-Unis
Si les pays européens affichent des différences marquées, un constat s’impose : leur filet de sécurité reste globalement bien plus solide que celui des États-Unis. Selon les données disponibles, moins de la moitié des États américains disposent en effet d’une législation sur les congés maladie rémunérés. Cette disparité souligne l’importance des modèles sociaux européens, où la protection contre la perte de revenus en cas de maladie est davantage intégrée aux politiques publiques.
Pourtant, ces réformes récentes en Allemagne, Pologne ou Hongrie interrogent : dans quelle mesure un durcissement des règles permet-il de lutter contre les abus sans pénaliser les salariés légitimement malades ? La question dépasse le cadre national et pose celle de l’équilibre entre efficacité économique et justice sociale en Europe.
Cette diversité des systèmes en Europe reflète des visions différentes du travail et de la santé. Entre protection sociale et incitation à la productivité, chaque pays tente de trouver sa propre voie — un équilibre que les réformes récentes pourraient bien faire évoluer dans les années à venir.
Le chancelier Friedrich Merz a justifié cette réforme par un taux d’absentéisme jugé trop élevé, qu’il estime nuire à la productivité des entreprises. Selon lui, un durcissement des règles permettrait de lutter contre les abus présumés tout en relançant l’économie.