La cueillette sauvage de la gentiane jaune, racine emblématique de l’Aubrac utilisée dans la fabrication de la Suze, de l’Aperol ou encore de nombreux apéritifs amers, suscite des inquiétudes croissantes chez les acteurs locaux et les professionnels de la filière. Selon nos confrères de Libération, cette pratique, devenue intensive sous l’effet du succès commercial de ces boissons, pourrait à terme épuiser le « filon » naturel de la plante. Une situation qui interroge sur la pérennité de cette ressource et des emplois qui en dépendent.
Ce qu'il faut retenir
- La gentiane jaune est récoltée chaque année dans les prairies d’altitude de l’Aubrac, un massif du Massif central.
- Cette racine est un ingrédient clé pour la fabrication de plusieurs apéritifs amers, dont la Suze et l’Aperol.
- La demande accrue menace la survie de la plante, dont les racines mettent des années à repousser après arrachage.
- Les professionnels locaux s’alarment d’un risque d’épuisement du « filon » si la cueillette se poursuit à ce rythme.
Une cueillette ancestrale sous pression
Dans les hauteurs du Massif central, entre le Cantal, la Lozère et l’Aveyron, la récolte de la gentiane jaune s’effectue traditionnellement entre les mois de juillet et septembre, lorsque ses racines, riches en principes amers, sont les plus concentrées. Comme le rapporte Libération, cette pratique, transmise de génération en génération, a longtemps été pratiquée de manière raisonnée, sans menacer l’équilibre des écosystèmes locaux. Pourtant, depuis quelques années, la donne a changé.
Le succès planétaire de boissons comme la Suze ou l’Aperol — dont les ventes ont bondi de plus de 30 % en cinq ans en Europe — a entraîné une augmentation significative de la demande en gentiane. Résultat : des cueilleurs, souvent saisonniers, sillonnent désormais les prairies de l’Aubrac pour répondre à cette frénésie, au risque de surexploiter une ressource fragile. « Autrefois, on ne prélevait que ce dont on avait besoin pour une saison », explique un agriculteur de la région, qui préfère rester anonyme. « Désormais, certains reviennent plusieurs fois sur les mêmes parcelles en une seule saison ».
Des conséquences écologiques et économiques redoutées
La gentiane jaune, dont la racine peut mettre entre cinq et dix ans à se reconstituer après arrachage, est une plante vivace dont la survie dépend du respect de cycles naturels. Une cueillette trop intensive réduit ses chances de reproduction et fragilise les sols, où elle joue un rôle dans la fixation de l’azote. D’après Libération, des études menées par des botanistes locaux révèlent déjà une diminution de la densité de la plante dans certaines zones, notamment autour des communes de Nasbinals et de Saint-Chély-d’Aubrac.
Côté économique, le secteur n’est pas épargné. La filière emploie directement ou indirectement plusieurs centaines de personnes dans la région, entre cueilleurs, transporteurs et transformateurs. Une pénurie de gentiane pourrait entraîner des ruptures d’approvisionnement pour les producteurs d’apéritifs, mais aussi faire grimper les coûts de production. « Si la plante venait à disparaître localement, ce serait un désastre pour nos emplois », confie un responsable de coopérative agricole. « Certains producteurs ont déjà commencé à diversifier leurs sources d’approvisionnement », ajoute-t-il.
Vers une régulation de la cueillette ?
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour demander une régulation plus stricte de la cueillette. Certaines communes de l’Aubrac ont déjà instauré des quotas de récolte ou réservé des zones protégées où l’arrachage est interdit. Selon nos confrères de Libération, des discussions sont en cours entre les pouvoirs publics, les professionnels et les associations de protection de l’environnement pour encadrer cette pratique. L’objectif ? Trouver un équilibre entre préservation des ressources et maintien des activités économiques locales.
Parmi les pistes évoquées figurent la création de chartes de bonne conduite, la limitation des périodes de cueillette ou encore le développement de cultures contrôlées de gentiane. « Il ne s’agit pas d’interdire la cueillette, mais de la rendre durable », souligne un représentant de la Chambre d’agriculture de Lozère. « Nous travaillons sur un référentiel commun pour que chacun puisse continuer à vivre de cette ressource sans la détruire ».
Pour l’heure, les cueilleurs continuent leur travail dans les prairies de l’Aubrac, conscients que leur activité pourrait bien dépendre de la capacité des hommes à préserver ce que la nature a mis des années à offrir.
La gentiane jaune est une ressource majeure pour l’Aubrac, où elle est récoltée pour être transformée en extrait utilisé dans de nombreux apéritifs amers. Cette filière génère des revenus pour les cueilleurs saisonniers, les agriculteurs et les industriels locaux. Une disparition de la plante menacerait directement ces emplois.