Avec une enveloppe proposée à 2 000 milliards d’euros pour la période 2028-2034, le prochain budget de l’Union européenne suscite de vives tensions entre États membres. Selon BFM Business, le chancelier allemand Friedrich Merz a réitéré ce vendredi 19 juin, lors d’un sommet à Bruxelles dédié aux questions budgétaires, son opposition catégorique à tout recours à l’endettement commun. « Je vais une fois de plus répéter ma demande de ne recourir à aucun endettement de l’UE. Nous ne devons pas le faire », a-t-il déclaré, réaffirmant une position déjà maintes fois exprimée face à la proposition française.
Ce qu'il faut retenir
- Le chancelier allemand Friedrich Merz s’oppose à l’endettement de l’UE pour financer le budget 2028-2034, jugeant cette option « inacceptable »
- L’enveloppe proposée par la Commission européenne s’élève à 2 000 milliards d’euros, en forte hausse par rapport au budget actuel
- La France, portée par Emmanuel Macron, défend au contraire le recours à l’emprunt pour soutenir les dépenses européennes
- Une contre-proposition, soutenue par Chypre, suggère une baisse de seulement 2 % par rapport au projet initial
- Plusieurs capitales, dont Berlin, jugent cette réduction insuffisante et réclament des économies plus substantielles
Friedrich Merz n’a pas seulement critiqué le principe même de l’endettement européen. Il a également estimé que le montant global des dépenses discutées était « beaucoup trop élevé ». Lors de cette réunion à Bruxelles, le chef du gouvernement allemand a rappelé que l’Allemagne restait ferme sur sa ligne : pas de dette commune pour financer les dépenses courantes de l’UE. Une position qui contraste avec la volonté affichée par Paris de doter l’Europe de nouveaux outils financiers, y compris des emprunts mutualisés.
Pour rappel, la Commission européenne a proposé l’an dernier un budget en forte augmentation, passant d’environ 1 200 milliards d’euros pour la période 2021-2027 à 2 000 milliards pour le prochain exercice. Ce montant inclut des dépenses accrues dans des domaines comme la défense, la transition écologique ou encore la cohésion sociale. Cependant, cette hausse soulève des interrogations chez plusieurs États, à commencer par l’Allemagne, premier contributeur net au budget européen.
Le mois dernier, Chypre, qui assure actuellement la présidence tournante de l’UE, a présenté une première contre-proposition au nom des 27 États membres. Celle-ci prévoit une « baisse modeste de 2 % » par rapport au projet initial de la Commission. Mais cette suggestion a été jugée insuffisante par Berlin, qui milite pour des coupes budgétaires plus marquées. « La proposition actuelle, compte tenu de son ampleur, est beaucoup trop élevée », a insisté Friedrich Merz, sans préciser quelles dépenses spécifiques devraient être réduites.
Un désaccord franco-allemand persistant sur le financement de l’UE
L’opposition entre Paris et Berlin sur la question de l’endettement n’est pas nouvelle. Emmanuel Macron défend depuis plusieurs années l’idée d’une capacité budgétaire européenne renforcée, incluant la possibilité de recourir à des emprunts communs pour financer des investissements stratégiques. Cette approche s’inscrit dans sa volonté de doter l’UE d’une autonomie financière accrue, notamment face aux crises économiques ou géopolitiques.
Or, l’Allemagne, traditionnellement réticente à toute mutualisation des dettes, y voit un risque de fragilisation de la discipline budgétaire. Berlin préfère privilégier une gestion rigoureuse des dépenses existantes et un recours limité aux leviers d’endettement. Cette divergence de vues a déjà marqué les négociations sur le fonds de relance post-Covid, où l’accord final avait nécessité de longs compromis. Pour le budget 2028-2034, la tension entre les deux principales économies de l’UE promet donc d’être forte.
Les négociations s’annoncent complexes
L’Union européenne espère boucler les discussions sur son prochain cadre financier d’ici la fin de l’année 2026. Pour y parvenir, les 27 États membres devront trouver un terrain d’entente sur plusieurs points clés : le niveau global des dépenses, la répartition des fonds entre les États, mais aussi les modalités de financement. Le recours à l’endettement reste l’un des sujets les plus clivants, au même titre que les questions liées à la souveraineté budgétaire des États ou à la conditionnalité des aides.
Outre l’Allemagne, d’autres pays comme les Pays-Bas ou les pays nordiques partagent des réserves similaires sur l’augmentation des dépenses et l’endettement. À l’inverse, des États du Sud de l’Europe, souvent plus dépendants des fonds européens, pourraient soutenir une approche plus ambitieuse en matière de dépenses. Le rapport de force s’annonce donc serré, d’autant que le contexte économique reste marqué par des incertitudes : inflation persistante, ralentissement de la croissance et tensions géopolitiques.
Enfin, la question des droits de douane européens, que la France souhaite instaurer à l’image de la politique commerciale américaine, pourrait également s’inviter dans les débats. Berlin, qui avait initialement freiné ce projet, semble désormais plus ouvert à une réflexion sur de nouvelles ressources propres pour l’UE. Une évolution qui pourrait, à terme, modifier l’équilibre des négociations.
Une chose est sûre : le prochain budget européen ne sera adopté que dans un compromis, où chaque euro dépensé ou emprunté fera l’objet de tractations intenses. Pour l’heure, la balle est dans le camp des États membres, sommés de concilier leurs divergences dans un contexte économique et politique particulièrement exigeant.
L’Allemagne craint que le recours à l’endettement commun ne fragilise la stabilité financière de l’UE et ne conduise à une mutualisation des dettes, un principe qu’elle rejette au nom de la discipline budgétaire. Berlin privilégie une gestion rigoureuse des dépenses existantes plutôt que de nouvelles obligations financières pour les États membres.