Le directeur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Alexander De Croo, a plaidé ce jeudi dans l’émission Europe Today sur Euronews FR pour un équilibre entre dépenses militaires et aide au développement dans le budget pluriannuel de l’Union européenne. Selon lui, ces deux postes ne doivent pas être opposés mais considérés comme « deux faces d’une même médaille ».

Ce qu'il faut retenir

  • Alexander De Croo, directeur du PNUD et ex-Premier ministre belge, a insisté sur la nécessité d’un budget européen 2028-2034 équilibré entre défense et aide au développement
  • La Commission européenne a proposé un cadre financier de 2 000 milliards d’euros pour 2028-2034, actuellement en discussion entre les États membres
  • Le budget de la défense est fixé à 131 milliards d’euros, tandis que l’Instrument pour l’Europe dans le monde, dédié à l’action extérieure, dispose de 200 milliards d’euros
  • De Croo a souligné que la stabilité des voisins de l’UE favorise croissance économique, démocratie et paix
  • Le PNUD intervient en Ukraine pour soutenir civils et anciens combattants, tout en appelant à un accès humanitaire accru à Gaza

Un budget européen à 2 000 milliards d’euros pour 2028-2034

En juin 2026, la Commission européenne a présenté un projet de budget pluriannuel de 2 000 milliards d’euros pour la période 2028-2034. Ce cadre financier, actuellement en négociation entre les chefs d’État et de gouvernement, doit encore être soumis au Parlement européen pour ratification d’ici décembre 2026. Les priorités affichées par l’exécutif européen sont la compétitivité et la défense, cette dernière se voyant attribuer 131 milliards d’euros pour répondre aux besoins de sécurité du continent.

Contrairement à une ligne budgétaire unique dédiée à l’aide au développement, plusieurs instruments financiers prévoient des crédits pour l’action extérieure. C’est le cas de l’Instrument pour l’Europe dans le monde, doté de 200 milliards d’euros sur sept ans. Alexander De Croo a souligné qu’aucune catégorie ne devait être sacrifiée au profit d’une autre, affirmant qu’il n’y a « ni gagnant ni perdant clair » dans ce budget.

Défense et développement : une relation de cause à effet

Pour le patron du PNUD, les dépenses militaires et l’aide au développement sont indissociables. « Nous constatons une hausse des dépenses militaires, et nous le comprenons parfaitement dans les circonstances actuelles », a-t-il déclaré. « Mais si vous voulez que ces dépenses militaires soient aussi efficaces que possible, il faut aussi investir pour empêcher que les conflits n’éclatent ».

Un voisinage stable, selon lui, garantit « croissance économique, démocratie et paix ». Il a illustré son propos par l’exemple de l’Ukraine, où la future reconstruction, une fois le conflit terminé, pourrait créer des opportunités économiques. « Plus la reconstruction intervient rapidement après une guerre, mieux c’est pour tout le monde », a-t-il précisé. « Cela évite que le conflit ne s’enlise et cela crée aussi des opportunités économiques ».

L’Ukraine et Gaza : deux fronts humanitaires sous tension

Alexander De Croo s’est rendu à Gdańsk, en Pologne, ce mois-ci pour participer à la Conférence sur la reprise de l’Ukraine. Cet événement visait à mobiliser des soutiens et des financements pour ce pays dévasté par l’invasion russe. Le PNUD intervient sur place en apportant un appui aux anciens combattants, en participant aux opérations de déminage et en fournissant de l’électricité à plus de 6,6 millions de personnes, malgré les attaques russes contre les infrastructures énergétiques.

Sur un ton grave, De Croo a résumé la situation : « La guerre, c’est le développement à l’envers ». Il a déploré « la misère humaine et l’ampleur des destructions en Ukraine », ajoutant que « plus la guerre s’arrêtera tôt, plus vite nous pourrons renouer avec le progrès humain ».

Le directeur du PNUD s’est également rendu à Gaza en février 2026. Ce mois-ci, un rapport de l’ONU a accusé les forces israéliennes de cibler délibérément des enfants palestiniens, qualifiant ces actes de « génocide ». Interrogé sur ce document, De Croo a confirmé : « La situation sur le terrain est dramatique et je n’ai pas vu beaucoup d’endroits pires dans le monde que la Gaza d’aujourd’hui ». Il a détaillé l’ampleur de la crise : « Plus de 80 % de la population a perdu son logement et vit dans des abris qu’on hésiterait même à appeler des tentes. Le niveau de pauvreté est gigantesque ».

Un accès humanitaire à Gaza toujours limité

De Croo a appelé à un meilleur accès humanitaire pour les organisations comme le PNUD dans la bande de Gaza, afin de « apporter davantage de solutions » aux zones les plus touchées. Il a reconnu les préoccupations israéliennes concernant la détournement de matériel par le Hamas, mais a assuré que « nous pensons disposer de systèmes assez efficaces pour éviter cela ».

« Toute la discussion porte sur la question de savoir si une partie du matériel que nous acheminons peut être détournée », a-t-il expliqué. « Nous discutons avec les autorités israéliennes de la manière de le garantir ». Il a conclu en insistant sur l’urgence : « Notre message, c’est qu’il est vraiment essentiel d’ouvrir davantage l’accès et de permettre aux gens de reconstruire leur vie ».

Et maintenant ?

Le cadre financier pluriannuel de l’UE pour 2028-2034 doit encore faire l’objet d’intenses négociations entre les États membres avant d’être soumis au Parlement européen d’ici fin 2026. Les prochaines étapes incluront des arbitrages sur la répartition des crédits entre défense, compétitivité et action extérieure, alors que le contexte géopolitique reste marqué par les conflits en Ukraine et à Gaza.

Dans ce cadre, les propositions de De Croo pourraient peser dans les débats, notamment sur la nécessité d’une approche intégrée de la sécurité européenne, combinant hard power et soft power.

Le budget européen de 2 000 milliards d’euros et les enjeux qu’il soulève révèlent une question plus large : comment concilier impératifs de sécurité immédiats et investissements à long terme pour stabiliser le continent et ses voisins ? La réponse pourrait redéfinir la place de l’Europe dans un monde en crise.

Le budget proposé par la Commission européenne s’élève à 2 000 milliards d’euros pour sept ans. Les priorités incluent la défense, avec 131 milliards d’euros alloués, et l’Instrument pour l’Europe dans le monde, doté de 200 milliards d’euros pour l’action extérieure. D’autres postes, comme la compétitivité ou la transition écologique, complètent ce cadre.

En Ukraine, le PNUD soutient les civils en leur fournissant de l’électricité à plus de 6,6 millions de personnes, tout en participant au déminage et à l’aide aux anciens combattants. À Gaza, l’organisation intervient malgré les contraintes, en appelant à un accès humanitaire accru pour répondre à la crise humanitaire.