Pour la première fois, des chercheurs ont identifié des traces de cannabis dans des ossements humains vieux de près de quatre siècles. Cette découverte, réalisée dans une crypte milanaise du XVIIe siècle, ouvre une nouvelle page sur les usages historiques de cette substance. Selon Futura Sciences, l'analyse de restes exhumés de la crypte Ca' Granda de l'Ospedale Maggiore, à Milan, a révélé la présence de molécules psychoactives du cannabis dans le tissu osseux de deux individus sur neuf.

Ce qu'il faut retenir

  • Une première mondiale : des chercheurs ont détecté du THC et du CBD, molécules psychoactives du cannabis, dans des fémurs de squelettes du XVIIe siècle.
  • 22 % des échantillons positifs : sur neuf individus analysés, deux présentaient ces traces, inhumés entre 1638 et 1697.
  • Usage récréatif plutôt que médical : le cannabis ne figurait pas dans la pharmacopée officielle de l'hôpital Ca' Granda, suggérant une consommation non thérapeutique.
  • Une persistance exceptionnelle : les molécules restent piégées dans les os pendant des siècles, offrant un témoignage unique des habitudes de vie passées.
  • Publié dans une revue scientifique : l'étude est parue dans le Journal of Archaeological Science.

Une découverte archéologique inédite

L'histoire de cette découverte commence dans les entrailles de Milan, plus précisément dans la crypte de l'Ospedale Maggiore. Cet hôpital, fondé au XVe siècle, était l'un des plus avancés de son époque. En 2026, des archéologues ont exhumé des restes humains inhumés entre 1638 et 1697. Parmi eux, neuf échantillons de fémurs ont été analysés à l'aide de techniques d'archéotoxicologie. Résultat : deux d'entre eux contenaient du tétrahydrocannabinol (THC) et du cannabidiol (CBD), des composés caractéristiques du cannabis. « C'est la première fois que des molécules psychoactives de cette plante sont identifiées dans des os aussi anciens », précise l'équipe de chercheurs.

Cette découverte s'inscrit dans la continuité d'une précédente étude menée sur les mêmes ossements. En 2024, des analyses avaient déjà révélé la présence d'opium dans des crânes de la même crypte, ce qui avait suscité l'intérêt des scientifiques. Cette fois, c'est le cannabis qui a été mis en lumière, confirmant que les os peuvent conserver, pendant des siècles, la trace chimique de consommations passées.

Un usage qui interroge

L'une des questions centrales de cette étude porte sur la nature de la consommation de cannabis à Milan au XVIIe siècle. Les chercheurs se sont penchés sur la pharmacopée officielle de l'hôpital Ca' Granda pour tenter d'y répondre. Résultat : le cannabis n'apparaissait pas dans les traitements prescrits par l'établissement. Cette absence suggère que son usage relevait davantage du récréatif que du médical. « Autant dire que les individus dont les os ont été analysés n'ont pas reçu ce produit dans le cadre d'un traitement hospitalier », souligne l'un des auteurs de l'étude.

Plusieurs hypothèses restent toutefois envisageables. Les chercheurs n'excluent pas une automédication, une prescription par un médecin extérieur à l'hôpital, ou encore une exposition professionnelle ou involontaire. « Nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que ces personnes consommaient du cannabis à des fins récréatives, mais c'est l'hypothèse la plus plausible », ajoute-t-il. Les archives de l'époque, fragmentaires, ne permettent pas de trancher définitivement.

Le cannabis dans l'histoire : une plante aux multiples usages

Le cannabis n'est pas une plante récente dans l'histoire de l'humanité. Utilisée depuis l'Antiquité, elle servait aussi bien de fibre textile que de remède analgésique. À l'époque gréco-romaine, le chanvre était largement cultivé pour ses propriétés. En Europe occidentale, son usage médicinal a décliné au Moyen Âge, bien qu'il n'ait jamais totalement disparu. Cette découverte milanaise apporte un éclairage nouveau sur sa consommation à l'époque moderne, alors que son usage récréatif commençait à se répandre en Europe.

Les techniques d'analyse utilisées pour cette étude reposent sur la détection de traces chimiques dans le tissu osseux. « Le cannabis, une fois consommé, est absorbé par la circulation sanguine avant d'être partiellement stocké dans les os », explique un expert en archéotoxicologie. « Ces molécules restent stables pendant des siècles, ce qui permet de retracer les habitudes de consommation des individus, même bien après leur mort. » Une avancée majeure pour comprendre les modes de vie des populations anciennes.

Une étude publiée dans une revue scientifique

Les résultats de cette recherche ont été publiés dans le Journal of Archaeological Science, une revue de référence dans le domaine de l'archéologie. L'article, intitulé « Des analyses toxicologiques médico-légales révèlent l'usage du cannabis à Milan (Italie) dans les années 1600 », détaille la méthodologie employée et les conclusions des chercheurs. Cette publication marque une étape importante pour l'archéologie et l'archéotoxicologie, deux disciplines qui gagnent en précision grâce aux avancées technologiques.

« Cette étude confirme que les os peuvent servir de véritables archives chimiques », déclare un chercheur impliqué dans le projet. « En analysant les tissus osseux, nous pouvons désormais reconstituer une partie des habitudes de vie des populations passées, y compris leurs consommations de substances psychoactives. » Une perspective qui ouvre la voie à de nouvelles découvertes dans les années à venir.

Et maintenant ?

Cette découverte milanaise pourrait inciter d'autres équipes à réexaminer des collections d'ossements anciens à la lumière de ces nouvelles techniques. Les chercheurs soulignent que des analyses similaires pourraient être menées sur des sites archéologiques du monde entier, afin de mieux comprendre l'évolution des usages du cannabis à travers les siècles. Une étude plus large, incluant des échantillons d'autres régions d'Europe, pourrait notamment permettre de dresser une carte des consommations historiques de cette plante.

Pour l'heure, cette publication marque une avancée significative dans le domaine de l'archéologie. Elle rappelle également que les os, souvent perçus comme de simples vestiges anatomiques, peuvent révéler des histoires bien plus complexes et riches en enseignements.

Les scientifiques ont utilisé des techniques d'archéotoxicologie, qui permettent de détecter des traces de molécules psychoactives dans les tissus osseux. Le THC et le CBD, une fois absorbés par la circulation sanguine, restent piégés dans les os pendant des siècles, ce qui permet de les identifier même après plusieurs centaines d'années.

Les résultats suggèrent une consommation récréative, car le cannabis ne figurait pas dans la pharmacopée officielle de l'hôpital Ca' Granda. Cependant, les chercheurs n'excluent pas d'autres hypothèses, comme une automédication ou une exposition professionnelle. Les archives de l'époque ne permettent pas de trancher définitivement.