Selon Le Monde, la colonisation en Cisjordanie a connu une accélération sans précédent depuis le début de la guerre à Gaza, il y a trois ans et demi. Deux organisations israéliennes, Peace Now et Kerem Navot, révèlent dans un rapport détaillé que 18 % des territoires occupés sont désormais sous contrôle israélien, contre seulement 7 % avant octobre 2023.

Ce qu'il faut retenir

  • 18 % des territoires occupés sont désormais contrôlés par Israël, soit une progression de 11 points en trois ans et demi.
  • Ce contrôle s'exerce notamment par l'accaparement des terres, la construction de routes réservées aux colons et les expulsions de communautés locales.
  • Le rapport est publié par deux ONG israéliennes reconnues pour leur suivi de la colonisation : Peace Now et Kerem Navot.
  • Cette expansion intervient dans un contexte de guerre à Gaza, débutée en octobre 2023, qui a redéfini les priorités et les stratégies israéliennes en Cisjordanie.

Une colonisation accélérée depuis octobre 2023

Le rapport des deux ONG israéliennes met en lumière une stratégie d'expansion territoriale qui s'est intensifiée depuis le début du conflit à Gaza. Avant la guerre, Israël contrôlait déjà une partie des territoires palestiniens, mais l'ampleur de cette occupation a presque triplé en moins de quatre ans. Selon les données compilées par Peace Now et Kerem Navot, l'équivalent de 11 % des terres supplémentaires ont été placées sous administration ou influence israélienne, principalement via des mécanismes juridiques et administratifs.

Cette progression s'accompagne d'une multiplication des infrastructures réservées aux colons. Les auteurs du rapport soulignent la construction de nouvelles routes, souvent interdites aux Palestiniens, ainsi que l'expansion des colonies existantes, parfois au mépris des ordonnances judiciaires israéliennes.

Des méthodes documentées et des conséquences humaines

Parmi les méthodes utilisées pour étendre le contrôle israélien, les ONG citent l'annexion de fait par le biais de déclarations administratives, la restriction de l'accès aux terres agricoles pour les Palestiniens, et les démolitions de structures palestiniennes sous prétexte d'illégalité. Ces pratiques ont entraîné le déplacement forcé de plusieurs communautés locales, notamment dans les zones de Hébron et de Jérusalem-Est.

« Ce que nous observons n'est pas une colonisation classique, mais une annexion de facto », a déclaré Shlomo Lecker, chercheur pour Kerem Navot. « Les outils utilisés ne relèvent plus seulement de la colonisation, mais d'une volonté d'intégrer ces territoires à Israël, sans même passer par une annexion formelle. » Le rapport précise que ces méthodes s'appuient sur des lois israéliennes récentes, adoptées après le début de la guerre à Gaza, qui facilitent l'expropriation des terres palestiniennes au profit des colons.

Un contexte régional et international sous tension

Cette accélération de la colonisation intervient dans un contexte où les tensions entre Israël et les Palestiniens se sont dramatiquement aggravées. Depuis octobre 2023, les violences entre colons israéliens et Palestiniens en Cisjordanie se sont multipliées, avec une hausse des attaques de colons contre des villages palestiniens et des interventions militaires israéliennes dans des zones jusqu'alors relativement stables. La communauté internationale, notamment l'Union européenne et les États-Unis, a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude face à cette expansion, sans pour autant prendre de mesures concrètes pour l'enrayer.

Selon les observateurs, cette dynamique pourrait s'aggraver dans les mois à venir, notamment si le gouvernement israélien actuel maintient sa politique de renforcement des colonies comme levier de négociation dans un hypothétique processus de paix. Pour les ONG, cette situation risque d'entériner une réalité sur le terrain qui rendrait toute solution à deux États encore plus difficile à envisager.

Et maintenant ?

Le rapport de Peace Now et Kerem Navot devrait alimenter les débats au sein de la communauté internationale, mais aucune réaction officielle n'a encore été enregistrée de la part des grandes puissances. Une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, prévue pour le 15 juillet 2026, pourrait aborder la question de la colonisation en Cisjordanie, dans un contexte où la France et l'Allemagne ont déjà annoncé leur intention de renforcer les sanctions contre les colonies illégales. Pour les ONG, la situation pourrait encore s'aggraver si aucune pression n'est exercée sur Israël pour stopper cette expansion.

Reste à voir si cette prise de conscience tardive se traduira par des actes concrets, ou si la Cisjordanie continuera de subir une annexion silencieuse, sans que la communauté internationale ne parvienne à enrayer le processus.

Une annexion formelle implique une reconnaissance légale et internationale, comme ce fut le cas avec l'annexion de Jérusalem-Est en 1980 ou du Golan en 1981. L'annexion de facto, en revanche, se caractérise par des mesures administratives, juridiques et territoriales qui intègrent progressivement un territoire à un autre État sans reconnaissance officielle. Cela passe souvent par l'expansion des colonies, la restriction des droits des habitants locaux et la création d'infrastructures réservées aux nouveaux arrivants, comme le détaille le rapport de Peace Now et Kerem Navot.