Selon RFI, le président burundais Évariste Ndayishimiye a reçu, le 6 juillet 2026 à Bujumbura, deux délégations distinctes venues de République démocratique du Congo (RDC) : d’un côté l’opposition congolaise, de l’autre les chefs religieux congolais. L’objectif ? Exposer leurs analyses et revendications respectives face à la crise institutionnelle qui secoue actuellement la RDC, centrée sur le projet de révision constitutionnelle. Autant dire que les divergences entre les deux groupes se sont avérées aussi profondes que les enjeux politiques qui les sous-tendent.
Ce qu'il faut retenir
- Le 6 juillet 2026, l’opposition congolaise et les chefs religieux congolais ont été reçus séparément par le président burundais Évariste Ndayishimiye à Bujumbura.
- Les deux délégations ont exposé des positions divergentes sur la crise en RDC, principalement autour du projet de révision constitutionnelle.
- L’opposition congolaise et les chefs religieux congolais ont chacun présenté leurs exigences et analyses au chef de l’État burundais.
Une crise institutionnelle qui s’enlise
La RDC traverse une période de tensions politiques depuis plusieurs mois, alimentées par des projets de réformes constitutionnelles contestées. Ces réformes, portées par le camp présidentiel, sont perçues par une partie de la classe politique et de la société civile comme une tentative de contourner les limites du mandat présidentiel. Dans ce contexte, les acteurs congolais cherchent des appuis régionaux pour faire entendre leurs revendications. C’est ainsi que l’opposition et les chefs religieux se sont tournés vers le Burundi, pays voisin et membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), où ils ont été reçus par le président Ndayishimiye.
L’opposition congolaise : une opposition unie contre le projet de révision
Du côté de l’opposition congolaise, les représentants ont réaffirmé leur opposition frontale au projet de révision constitutionnelle. Pour eux, ce texte vise à permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, en contradiction avec les engagements pris lors des accords de 2018. « Ce projet est une violation flagrante de l’esprit et de la lettre de la Constitution », a déclaré un porte-parole de la coalition d’opposition, selon RFI. Les opposants ont également exigé un retour à l’ordre constitutionnel, ainsi qu’un dialogue inclusif avec la majorité présidentielle pour éviter une escalade des tensions.
Les chefs religieux : une approche plus nuancée, mais tout aussi ferme
Les chefs religieux congolais, quant à eux, ont adopté une posture différente, bien que tout aussi critique envers le projet de révision. Dans leur déclaration, ils ont souligné l’urgence de préserver la stabilité du pays, tout en appelant à une réflexion éthique sur les limites du pouvoir. « Nous ne sommes pas contre les réformes en soi, mais celles-ci doivent respecter les principes démocratiques et la volonté du peuple », a expliqué Mgr Marcel Utembi, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Ils ont également mis en garde contre les risques de déstabilisation que ferait peser une révision constitutionnelle perçue comme un coup de force.
Le rôle du Burundi dans la médiation régionale
Le président Évariste Ndayishimiye, qui a déjà joué un rôle de médiateur dans plusieurs crises régionales, semble déterminé à faciliter un dialogue entre les parties congolaises. Bujumbura, capitale du Burundi, est devenue ces derniers mois un lieu de rencontres diplomatiques pour les acteurs de la région. « Le Burundi reste ouvert à toute initiative visant à apaiser les tensions en RDC », a indiqué un conseiller du président burundais. Cependant, l’efficacité de cette médiation dépendra largement de la capacité des acteurs congolais à trouver un terrain d’entente, ce qui s’annonce complexe au regard des positions affichées.
La situation en RDC continuera d’être suivie de près par les pays de la région, notamment ceux de l’EAC, qui pourraient être amenés à jouer un rôle plus actif dans les prochains mois. Pour l’heure, la balle est dans le camp des autorités congolaises, dont les décisions détermineront l’issue de cette crise institutionnelle.
Le projet de révision constitutionnelle est perçu par une partie de l’opposition et de la société civile comme une manœuvre visant à permettre au président Félix Tshisekedi de se représenter pour un troisième mandat, en violation des accords politiques de 2018 qui limitaient le nombre de mandats. Les détracteurs y voient une atteinte aux principes démocratiques et une menace pour la stabilité du pays.